La dictature de Fidel Castro revue par Ségolène Royal

Ségolène Royal 2007 par Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

Ségolène Royal, représentant la France aux funérailles de Fidel Castro, vient de rendre un hommage sidérant au dictateur ! Le point ironique sur ce que notre ministre feint d’ignorer.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Ségolène Royal 2007 par Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)
Ségolène Royal 2007 par Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

Il était temps, enfin temps, qu’un représentant du gouvernement, s’exprime au nom de la France pour réhabiliter Fidel Castro, ce grand homme injustement calomnié.

Ségolène Royal, fidèle à Castro, se devait d’aligner quelques vérités incontestables :

« C’est un monument de l’histoire. (…) Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu’il y a eue pendant la Révolution française. » Rejetant les accusations de violations de droit de l’homme comme de la « désinformation », la ministre française a affirmé qu’il y avait sur l’île « une liberté religieuse » et « une liberté de conscience ». « Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l’homme alors qu’on sait qu’ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n’en a pas. » « Je sais que ça dérange parce que justement voilà un pays insulaire qui protège son patrimoine, qui interdit les prédateurs, qui a réussi aussi à faire en sorte qu’il y ait une propreté, une sécurité vraiment remarquables, que l’on n’atteint pas dans beaucoup de pays qui donnent aujourd’hui des leçons de droits de l’Homme », a-t-elle conclu.

Non Fidel Castro n’était pas l’abominable dictateur que Contrepoints a dénoncé ces derniers jours. D’ailleurs Cuba est devenue une île très propre et très sûre. Une sorte de Suisse latino-américaine en plus sympathique.

Reprenons l’argumentaire de Ségolène Royal en l’agrémentant du rappel de quelques faits historiques en appui.

Fidel Castro est un « monument de l’histoire »

Là j’avoue ne pas suivre notre distinguée ministre. Voilà une insulte à la mémoire de Mao, Staline et Lénine (l’inspirateur des deux précédents).

Ces trois grands hommes sont, à juste titre, considérés comme des monuments de l’histoire : ces trois monuments s’élèvent fort haut tant leurs victimes sont innombrables.

Mais Castro n’a jamais été que le sinistre dictateur d’une petite île tropicale. Il n’a pu se faire la main que sur un nombre réduit de victimes. Loin des dizaines de millions de victimes des tyrans soviétique et chinois, les victimes cubaines se comptent « seulement » en dizaines de milliers.

Pour reprendre l’expression d’un site pro-castriste, Castro a été un « joueur de billes » en comparaison de ces grandes figures.

La révolution cubaine n’a pas connu la terreur à la différence de la Révolution française

30 000 exécutés ou 5 000 morts en prison, cela pèse peu pour notre éminente ministre de la République. Elle a bien raison, cela ne constitue en rien un signe de terreur.

Et le fait que des exécutions sommaires aient marqué les débuts du régime pour mieux instiller la peur n’est pas davantage une marque de terreur, cela va de soi.

Que Raul Castro, le doux humaniste qui préside actuellement aux destinées de Cuba, ait pu déclarer :

« Pour que la révolution triomphe, il faut une « nuit des longs couteaux » qui coupe de nombreuses têtes parmi nos ennemis (…) une nuit de la Saint-Barthélémy »

montre clairement qu’aucune terreur n’a jamais frappé Cuba.

Une terreur supposerait des parodies de justice, des procès où tous les droits de la défense auraient été bafoués. Un procès comme celui d’Huber Matos par exemple.

Huber Matos, partisan de la révolution, gouverneur de Camagüey, avait démissionné pour protester contre l’évolution du régime. Castro le fit arrêter et intervint lui-même devant le tribunal, déclarant : « Je vous le dis. Choisissez : c’est Matos ou moi ! »

Une Terreur supposerait une petite guerre de Vendée. Tenez, les maquis de l’Escambray par exemple. Dans cette région montagneuse se battaient surtout des paysans qui refusaient la collectivisation forcée des terres et la dictature. La répression fut impitoyable et fit 5 000 morts.

Une Terreur aurait entrainé une forte émigration. Et finalement, seulement 300.000 Cubains sont partis pour les États-Unis entre 1959 et 1965, et 800 000 au total dans les vingt ans qui ont suivi la révolution, une paille.

Et après tout, est-ce la faute de Fidel Castro si des Cubains, sans doute victimes de désinformation, fuyant l’île, se sont noyés dans les eaux du détroit de Floride. On ne va pas faire un fromage pour 30 000 à 40 000 morts supplémentaires.

Et est-ce la faute de Fidel si des parents irresponsables se sont lancés sur les flots avec leurs enfants en bas âge ?

Bon parfois l’aviation cubaine a contribué à couler un bateau, ainsi en 1980, mais qui n’a pas fait d’erreur, comme dirait le camarade Mélenchon.

La liberté religieuse et la liberté de conscience existaient sous le règne de Fidel Castro

C’est sans doute pour cela que les nombreux établissements scolaires catholiques avaient tous été fermés par le dictateur. Et pour renforcer encore la liberté religieuse, à l’automne 1961, presque la moitié du clergé cubain était expulsé purement et simplement de l’île.

Et certes chaque Cubain était libre de pratiquer : mais un catholique pratiquant se voyait interdire l’accès à l’université et aux carrières administratives. Les Cubains étaient libres mais à leurs risques et périls.

C’est d’ailleurs sans doute pour renforcer la liberté religieuse qu’aucune construction d’église ne fut autorisée de 1959 à 2014.

La meilleure preuve de la liberté religieuse demeure cependant la constitution de 1976 :

« Opposer la foi religieuse à la Révolution, à l’éducation ou à l’exécution de ses devoirs de travailler, défendre la patrie par les armes, respecter ses symboles et aux autres devoirs établis par la Constitution est illégal et punissable. »

N’est-ce pas lumineux ?

À Cuba il n’y avait pas de prisonniers politiques

Effectivement, il n’y avait officiellement pas de prisonniers politiques à Cuba. Pas si bête. Cela permettait de les priver de tous droits. On estimait pourtant leur nombre de 30 à 40 000 dans les années 60. À l’époque de Batista, il y en avait 500. Un rapport d’Amnesty International dans les années 70 plaçait Cuba sur le podium pour la durée de l’internement politique.

Malheureusement, notre distinguée représentante de la République n’a jamais eu l’occasion de visiter les geôles castristes pour mieux appuyer ses dires.

Il y avait la prison Kilo 5,5 de Pinar del Rio avec ces cellules disciplinaires baptisées « grille-pain » (Tostadoras) tellement les Cubains ont le sens de l’humour. Mais aussi ses salles d’interrogatoire.

Il y avait le centre du GII de Santiago de Cuba où les prisonniers entièrement nus étaient réveillés toutes les 20 ou 30 minutes pour favoriser sans doute une bonne hygiène de vie.

Il y avait la Cabana avec ses fameux cachots dit « trous à rat » (Ratonaras).

Et tant d’autres prisons de haute sécurité où l’on mourait de faim à moins que l’on ne sombre complètement dans la folie.

Merci Ségolène Royal d’avoir ainsi rétabli la vérité. La France peut être fière de ses gouvernants.