Vers un bastion de Daesh en Bosnie ?

Nous assistons, dans un silence médiatique étourdissant, à la très inquiétante réislamisation des Balkans.

Par Florent Ly-Machabert.

Vers un bastion de Daesh en Bosnie ?
By: thierry ehrmannCC BY 2.0

On sait des services secrets et de la police anti-terroriste bosniaques que l’État Islamique a procédé dès 2012 à l’acquisition de terres en Bosnie-Herzégovine, à Gornja Maoča, dans le hameau d’Ošve (à environ 100 km au nord de Sarajevo) et à Dubnica, en raison de leur position géographique très privilégiée, comme points de passage stratégiques vers l’Europe de l’Ouest (depuis la Turquie ou la Syrie), mais également comme boucles d’une ceinture autour de la Srpska ennemie, la République serbe de Bosnie (à ne pas confondre avec la Serbie, indépendante), comme le rappelle le centre d’analyses politico-économiques, Stratpol.

Introduction de l’Islam rigoriste en Bosnie

Mais se souvient-on que l’introduction d’un islam rigoriste dans un pays qui compte aujourd’hui 45% de musulmans, un tiers d’orthodoxes (des Serbes pour la plupart) et 15% de catholiques remonte en réalité à la guerre de 1992 à 1995 durant laquelle des pays du Golfe mais aussi l’Iran ont apporté leur soutien aux Bosniaques au nom du djihad « entre frères » ? Se souvient-on des anciens combattants de la Légion arabe d’Oussama Ben Laden qui ont lutté aux côtés des Bosniaques ?

Se rappelle-t-on que c’est Ben Laden qui, au même titre que Bernard-Henri Lévy d’ailleurs, a servi de conseiller (militaire) à Alija Izetbegovic, fondateur du SDA, le parti national des musulmans de Bosnie, affilié aux Frères musulmans et président de la République jusqu’en 1996 ? Que c’est Izetbegovic, mort en 2003, qui a transformé la religion musulmane de son pays en idéologie, islamisé l’armée et abandonné l’idée d’une République multiethnique et séculière pour la Bosnie-Herzégovine, Mustafa Ceric, chef de la communauté islamique, prenant le relais de ce nationalisme clérical, ce qui permet de comprendre son appel d’août 2009 à « inclure la Charia dans la constitution bosniaque » ? Se souvient-on encore, avec Enver Kazaz, professeur à la faculté de philosophie de Sarajevo, que ce sont ces hommes que nos diplomates occidentaux ont adoubés contre les Yougoslaves ?

Le futur califat bosniaque de l’EI

Aussi n’est-ce pas un hasard si, en plus d’être une plaque tournante pour le trafic illégal d’armes depuis la guerre des Balkans (certaines des kalachnikovs ayant servi à perpétrer les massacres du 13 novembre ont ainsi été fabriquées en 1987 et 1988 à Kragujevac en Serbie, comme le confirme l’actuelle direction de Zavasta Arms), ce territoire intéresse l’EI qui a la volonté de faire de la Bosnie-Herzégovine un califat en Europe. Selon le rapport The Lure of the Syrian War: The Foreign Fighters’ Bosnian Contingent de l’ONG bosniaque Atlantic Initiative, près de 400 personnes alimenteraient cette filière terroriste bosniaque et seraient ainsi parties combattre en Irak ou en Syrie aux côtés de Daesh, ce qui représente une proportion importante de la petite population bosniaque (moins de 4 millions).

La loi bosniaque offrant la nationalité aux individus s’étant battus durant la guerre, venus pour une bonne part d’Arabie Saoudite, Sarajevo accueille aujourd’hui la grande mosquée salafiste du roi Fahd Abdul Aziz (seconde plus grande mosquée des Balkans) et, d’après Nikola Mirkovic, spécialiste des Balkans, le pays accueille d’ores et déjà trois centres de formation, d’entraînement et de repos de Daesh sous le commandement de Nusret Imamović, d’abord affilié à al-Qaïda, puis à al-Nosra et enfin à l’EI.

Cette information a d’ailleurs été confirmée le 1er septembre dernier par La Croix, KTO, Radio Notre-Dame et RCF, qui se sont entretenus avec Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines et actuel candidat à la primaire de la droite et du centre pour l’élection présidentielle, qui en revient.

Nous assistons donc, encore et toujours impuissants semble-t-il et dans un silence médiatique étourdissant, à la très inquiétante réislamisation des Balkans, puisqu’en dehors de la Bosnie, il faut penser aux musulmans Albanais de Macédoine, du Kosovo et bien sûr d’Albanie, dont une fraction minoritaire mais croissante, constituée d’anciens moudjahidines et de nouveaux trentenaires convertis au djihad, s’érige aisément contre « l’agresseur » slave et orthodoxe devenant ainsi la proie putative des réseaux terroristes de Daesh.