Pourquoi la France est-elle la 1ère cible des terroristes islamistes ?

By: James Lumb - CC BY 2.0

Attentat de Nice, Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Bataclan, etc., la France est la cible la plus régulière du terrorisme islamiste hors zones de guerre. Comment faire face ?

Par Charles Boyer.

La France, 1ère cible des terroristes islamistes
By: James LumbCC BY 2.0

L’attentat de Nice du 14 juillet 2016 fait suite à une série d’autres attaques, sur le site du marché de Noël de Nantes en 2014, puis contre la rédaction de Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher, le Bataclan, les terrasses parisiennes. Jeudi soir, ce fut l’abomination de l’attaque au camion sur la Promenade des Anglais. Ce n’est pas tout. Rappelons que les terroristes de Bruxelles préparaient en fait des attentats à Paris et ont soudain changé de plan devant la vitesse de progression de l’enquête qui les visait.

La France, 1ère cible des terroristes islamistes car c’est une cible facile

Terrible conclusion qui s’impose à nous : hormis la Syrie et l’Irak, pays en guerre, la France est désormais le pays le plus frappé au monde par le terrorisme islamiste. Ceci soulève inévitablement la question de savoir si la France est devenue une « soft target », c’est-à-dire une cible que l’on frappe préférentiellement parce que c’est relativement facile. Plus facile qu’ailleurs.

Ne nous méprenons pas : il reste vrai que ces attaques peuvent frapper partout, et les exemples, tristement, ne manquent pas et le confirment. Cependant la répétition régulière d’attentats qui frappent notre pays est notable et exige une réflexion et des réponses.

Sans nous aventurer trop loin sur ce nécessaire chemin, voici quelques pistes qui paraissent évidentes.

Pourquoi tant d’attentats et comment les éviter ?

L’une des pistes est celle de la stratégie OpEx / OpIn. C’est-à-dire la combinaison d’attaques françaises loin de son sol, comme au Sahel, en Syrie et en Irak, et de présence militaire sur son sol, de type Sentinelle, combinaison qui serait la plus efficace pour lutter contre l’EI. Le bilan chiffré de nos morts ne le confirme pas.

Une autre réside dans le profil, semble-t-il étroit, des coupables. Dans presque tous les cas, nous avons à faire à de petits délinquants beurs (c’est un fait, qu’on me jette la pierre — pour être clair, cette description ne vise pas les beurs, il s’agit d’un sous-ensemble qui ne les représente en rien), violents, minables récidivistes pris d’envies de gloire. Il y a comme un lugubre côté Star Ac’ dans leur désir d’être célèbres et craints (une fois morts, ce qui leur fait un belle jambe). Leurs attentats sont revendiqués islamistes alors que, paradoxalement, ils ne sont guère calés en religion ni adeptes d’une vie pieuse.

La criminologie au secours de la sécurité ?

Ne sommes-nous pas là devant une opportunité en criminologie, sachant que ce profil, tout de même étroit, permettrait de mieux les identifier ? Mais est-ce réalisable, compte tenu de l’existence de nombreux minables petits délinquants beurs récidivistes ? Là encore cependant, quelles pourraient être les pistes d’actions à suggérer aux professionnels face à l’existence d’une si vaste population ? Bien que je m’autorise à soulever la question, il convient d’admettre que ce sujet délicat ne se prête pas aisément à un débat sur la place publique. Ce qui ne signifie pas qu’il ne relève pas de la sphère régalienne (police, justice, défense), qui aurait des réponses à y apporter s’il lui était permis de s’y consacrer professionnellement, avec pour seul souci l’efficacité et le résultat.

Ensuite, une question naïve se pose en ces termes : dans un pays devenu la cible d’une série d’attentats très meurtriers, parfois à l’aide de véhicules, comment est-il possible qu’une route, large, potentiellement à grande vitesse, où sont regroupées des centaines de milliers de personnes, ne puisse être effectivement fermée aux véhicules, inclus les poids lourds ? Combattre les terroristes doit signifier « penser comme un terroriste », et dans les cas de rassemblements géants, d’établir une pré-évaluation débutant par la question : « quel serait le pire qui pourrait se produire ? ». Ceci semble un préalable fondamental. Qu’une telle catastrophe ait été rendue possible interpelle fortement sur l’effort réel d’anticipation, de prévention et de préparation fourni en France en ces temps d’état d’urgence. Précisons aussi que la date du 14 juillet est tout de même emblématique pour frapper la France, ce qui devait logiquement alerter plus fortement.

La solution face aux terroristes est-elle individuelle ?

Enfin, il semble que le terroriste de Nice a été freiné par un héros anonyme ayant réussi à s’introduire dans la cabine, armé de son seul courage. Imaginons un instant cet homme dans la foule, en possession d’un outil adapté, de l’entraînement suffisant, et de l’autorisation nécessaire pour neutraliser l’adversaire ? L’attaque n’aurait bien sûr pas pu être évitée mais aurait-elle pu être écourtée ? Combien de vies auraient pu être sauvées ? Pour chacune de ces attaques, deux questions peuvent se poser : comment les éviter entièrement ? Mais aussi, deuxièmement, comment les écourter pour en diminuer au maximum les tragiques conséquences ?

Dans un tel contexte, il est lourd de conséquence de proférer des accusations à l’encontre de qui que ce soit, et il convient d’en mesurer la justesse. En l’état actuel de la situation, il semble tout de même que l’atroce série noire, non clôturée jusqu’à preuve du contraire, appelle immédiatement à abandonner toute approche désordonnée pour un effort concerté procédant avec méthode, sans éluder en aucun cas les questions essentielles qui doivent être posées, quand bien même elles n’auraient pas l’heur d’être plaisantes. Il ne s’agit pas ici de satisfaire au politiquement correct, mais de sauver des vies.

Par contraste, l’approche actuellement adoptée de surveillance massive de la population ne va-t-elle pas nuire par dilution inefficace de moyens ?

Les expressions d’horreur et de compassion ont un temps. Tristement, nous devons dépasser cela et nous tourner désormais résolument vers l’État pour qu’il mette tout en œuvre rationnellement, afin que le pays cesse rapidement d’être la soft target qu’il semble être devenu. Nous sommes en droit d’attendre que l’État assume ses missions régaliennes, loin de tout débat politique.