Terrorisme islamique : Du 11 septembre à Charlie Hebdo

Par Guy Sorman

Manifestation 11 janvier 2015 Charlie Hebdo Credit Olivier Ortelpa

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, des milliers d’Américains se précipitèrent sur des versions anglaises du Coran avec l’espoir de comprendre ce qui, dans l’Islam, avait pu motiver les agresseurs. En vain évidemment, car le Coran est d’une lecture difficile, qu’il n’en existe pas d’interprétation unique et que chaque musulman – selon l’Islam – entretient une relation personnelle avec Dieu, par l’intermédiaire de ce livre cryptique. La complexité même du texte explique la prolifération de docteurs de la loi et imams souvent autoproclamés : eux révèlent aux fidèles le sens « véritable » du Coran et prescrivent les comportements que ces croyants sont supposés adopter. Une illustration connue de cette ambiguïté coranique est le terme de djihad qui apparaît deux fois dans le livre, une première signifiant la lutte personnelle que le musulman doit livrer contre la tentation du Mal en lui, ce qu’un chrétien peut comprendre et partager. Mais lors d’une seconde apparition, le terme décrit la « Guerre sainte », le combat contre l’Autre qui incarnerait le Mal. Cette interprétation-là, belliqueuse, sous l’influence de quelques maîtres à penser, aura guidé l’action d’Oussama Ben Laden, celle des bombes humaines du 11 septembre et des assassins de journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier à Paris. La terreur qui, chaque jour, ravage le Proche-Orient et l’Afrique de l’Ouest et qui, par rebond, a atteint New York, Boston (le marathon d’avril 2013), Londres et Paris a bien un lien avec l’Islam, mais l’Islam ne l’explique pas, ne la justifie pas, ne la détermine pas. Le terme de terreur islamique me semble donc infondé car il donne satisfaction aux intégristes et nie la liberté de choix de chaque musulman. Mieux vaut chercher ailleurs, une autre explication de cette Terreur.

Si l’on s’en tient aux meurtriers « djihadistes » de New York, Paris ou Boston, on constate d’emblée qu’ils n’ont pas en commun seulement une interprétation médiévale de l’Islam : leurs itinéraires personnels et profils psychologiques sont étrangement similaires et pas particulièrement islamiques. Dans tous les cas, il s’agit d’hommes d’une trentaine d’années, peu ou pas éduqués, qui n’ont trouvé ni dans leur vie personnelle, familiale, professionnelle, l’épanouissement qu’ils en espéraient. À peu près tous ont vécu de crimes et larcins et sont passés par la case prison. Sans doute, ces hommes étaient-ils tous tiraillés entre la civilisation occidentale avec les libertés qu’elle offre et la civilisation arabe, plutôt caractérisée par la contrainte sociale. Ces « djihadistes » de circonstances, à leur aise nulle part et nulle part chez eux, reflétaient la difficulté dominante qu’éprouve le monde arabo-musulman à entrer dans la modernité et la globalisation telles que l’Occident les façonne.

Sans aucun doute, pour échapper à leurs échecs et conférer un sens à leur vie, ces « djihadistes » se sont inventés une cause noble qui les dépasse : venger Mahomet, abattre l’Occident. Ce qu’Allah pense de ses mercenaires, nul ne le saura jamais, mais on imagine Dieu occupé à de plus hautes tâches que d’amorcer des bombes et manier des Kalachnikovs. À poursuivre la comparaison entre le 11 septembre et Charlie Hebdo, on observera aussi que les djihadistes avec un sens du spectacle et une certaine logique, s’en prennent à des symboles de nos deux sociétés : tours à Wall Street et Pentagone, représentations de la puissance financière et militaire des États-Unis ; Charlie Hebdo, symbolique aussi, une institution culturelle dans la société française, libertine, impertinente, anticléricale. Un même mauvais génie, le Diable probablement, se cache derrière ces attentats  similaires.

Allah dans la Terreur est un alibi : les revendications des « djihadistes » relèvent plus de la psychanalyse, de l’autosuggestion que de la religion ou même de la géopolitique. La preuve en est que l’immense masse des musulmans, un milliard dans le monde, quelque dix millions en Occident, ne sont pas des djihadistes : en nombre, les musulmans sont de très loin les principales victimes du prétendu terrorisme islamique (il vaudrait, quitte à qualifier, parler de nihilisme islamique) manipulé par quelques pseudo imams pervers et leurs disciples faibles d’esprit comme de caractère.

Au-delà de ces constats indéniables, toute autre interprétation nous paraît aventureuse : l’immigration, par exemple. Elle obéit aux règles les plus variées, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Belgique, au Canada, en Australie ou en France, tous pays qui ont subi des attentats « islamiques ». Quelles que soient les procédures d’admission et les exigences d’intégration dans la société d’accueil, il se trouvera toujours une poignée de désaxés en quête d’identité, à la recherche d’une cause. Et si les djihadistes ne se recrutaient pas chez les immigrés, il se trouve assez de « convertis » pour les rejoindre. Réformer l’Islam ? On entend cela en Occident, mais cela ne signifie rien puisque nul, en Islam, n’a d’autorité pour imposer telle ou telle interprétation. Se retirer du Proche-Orient ? Mais il ne serait pas conforme à la conscience occidentale de détourner le regard des massacres de civils qui s’y perpétuent.

Il reste à admettre que nous ne disposons pas d’explication ni de solution clés en main pour éliminer tout risque d’attentat terroriste, qualifié d’islamiste. Il reste à s’en remettre à la police, à la coopération entre les services anti-terroristes pour infiltrer et extirper des criminels qui se posent en soldats de Dieu. Il me semble aussi important de ne pas céder, de perpétuer nos valeurs, de ne pas renoncer à exporter la démocratie, de ne pas nous autocensurer, de rester accueillants envers la diversité. Sacrifier notre âme dans ce combat concéderait la victoire à un quarteron de psychotiques. Enfin et cela ne dépend pas de nous, nous souhaiterions entendre avec plus de netteté, la voix des musulmans modérés : c’est à eux, avant nous, qu’il convient de dénoncer tout détournement de l’Islam. Nous ne pouvons pas nous substituer à eux qui sont, plus que nous, les victimes et les otages de cette folie meurtrière.


Sur le web.

  1. On ne parle pas de psychanalyse à propos du même comportement de millions de personnes !

    Quant à l’expression « musulman modéré », je préviens qu’elle va devenir non grata dans nos média puisqu’elle implique une partie minoritaire d’un ensemble…

    1. Meme comportement de millions de personne ??quel est ce comportement ?? Et que voulez vous dire par nos medias ??

      1. 1/ Hors du contexte de ce billet, je ne pense pas qu’on peut psychanalyser plus d’une personne à la fois.

        2/ Nos média politiquement correctes.

        Mais que pensez vous du terme « modéré » ?

  2. Il s’agit aussi d’argent et de pouvoir, le wahabisme qui reste la meilleur porte d’entrée au radicalisme est disponible à la sortie de chaque mosquée à un prix dérisoire en Afrique du nord et en France aussi. Allez savoir pourquoi. Le whabisme n’appelle pas au terrorisme directement mais il rend ses adeptes des cons en leur interdisant de réfléchir. Il est difficile de connaître ses auteurs et ses méthodes mais ce sont les premiers même sur Internet et sur wikipedia. Dans les années 70 les wahabites représentaient peut être 1 % des musulmans et se trouvaient exclusivement en Arabie Saoudite. Aujourd’hui ils devraient représenter 5% mais sont présents partout au monde et ont beaucoup de pouvoir et d’argent.

    1. D’accord avec vous.

      Allez savoir pourquoi.

      Pas de volonté des différentes parties. Pas de prise de conscience ?

      1. Il paraît que les saoudiens dépensent beaucoup d’argent la dessus. Le débat est ouvert il y 7 siècles dans le monde musulman et la majorité des écoles de pensé ont combattu leurs vision radical et passionnée des textes sacrés. Les états combattent cette doctrine mais plus ils la combattent plus les wahabites ont du succès. Leurs idées sont dangeureuses et j’ai remarqué qu’elles pénètrent facilement les personnes qui n’ont pas eu une éducation religieuse à la maison et qui ont des problèmes avec leurs famille

        1. En tout cas, puisque vous mettez le doigt dessus, une solution libérale ( 🙂 ) serait que les pratiquants financent de leur poche le culte. Valable pour tous. A la rigueur, que l’état mette des terrains à disposition.

          Cela éviterait ce genre de dérive. Quand on paye de sa poche, on est toujours plus attentif, on contrôle plus, et je suis certain que les parents ne sont pas mauvais avec leurs enfants et qu’ils feront attention à ce qu’on leur apprend. En Suisse, on paye ou pas pour le culte. Le religieux est payé par les fidèles.

          Dans ce cadre, l’imam autoproclamé n’aurait pas sa place, sauf pour les barjots, et serait plus rare.

          1. Au Maroc, par exemple, des mécanismes très sophistiqués existait avant qu’ils ne soient la cible de l’état. Il y avait ce qu’on appelle le WAKF aujourd’hui géré par l’état. Une personne possédant une terre par exemple choisissait de le condamner à rester un lieu de culte, une école ( hôpital, asile pour femme divorcé … ) , les revenus de cette terre finançant les gens qui y travaillent. Cela marchait à merveille dans la ville de Fès, où un des premiers asiles de fou gratuit et ouvert à tous dans le monde était géré de cette façon. Pour les cultes cela a donné de qui s’appelle ZAOUIA, il en existe des centaines au Maroc et des milliers par le monde. C’est la première cible des wahabites, en Libye ou en Syrie c’est les premiers bâtiments qui se font bruler par ces monstres.

            1. Merci pour l’information 😉
              Il existait donc des mécanismes sociaux indépendants au Maroc, et cela disparaît.
              C’est bien dommage.

              1. C’était à une époque où tout le monde suivait la règle sans que personne ne la définisse. Pour chaque chose il y avait une règle bien connue, non écrite et accepté de tous. Cela réglait tout les problèmes des affaires sociales à l’urbanisme et aux affaires criminelles. Aujourd’hui c’est l’Etat qui fait tout. Sur le plan urbanistique si on compare l’ancienne medina de Fes à la nouvelle ville gérée par les décrets de l’agence nationale urbaine, cela explique tout sur l’histoire de cette ville. Malheureusement les gens ont très peur, et personne n’ose parler politique serieusement

                1. Hamid, vos interventions sont d’un grand intérêt. Merci.

                2. Hamid, j’ai bien aimé, moi aussi, vos commentaires.

  3. « En vain évidemment, car le Coran est d’une lecture difficile, qu’il n’en existe pas d’interprétation unique et que chaque musulman(…) »

    Le coran difficile ? Vous plaisantez? Les multiples lectures possible sont soit le résultats d’un flou volontaire soit la conséquence justement de lacunes dans l’expression.

    « Le terme de terreur islamique me semble donc infondé car il donne satisfaction aux intégristes et nie la liberté de choix de chaque musulman.  »

    Et bien les terroristes quoique vous dites se revendiquent de l’islam. Si un terro fait péter une bombe pour libérer le Jura, il sera un extrémiste bien sur, néanmoins il restera un Jurassien … Ce qui bien sur ne veut pas dire que tout les jurassiens sont des terro…

    Vous justifiez le fait que ces frères ne représentent pas les musulmans par leur profil psy. Cependant quelque soit leur profil psy des terroristes ne prétendent pas représenter quoique ce soit mais plutôt cherchent à faire la guerre.
    Même si ces individus avait le profil type du musulman ( ce qui reste à définir) et avaient un bilan psy parfaitement « normal » cela ne changerai rien. Il est peu probable en l’état actuel que des musulmans médecins par exemple aillent se faire sauter quelque part. C’est tout ce que l’on peut dire.

    « La preuve en est que l’immense masse des musulmans, un milliard dans le monde, quelque dix millions en Occident, ne sont pas des djihadistes : en nombre, les musulmans sont de très loin les principales victimes du prétendu terrorisme islamique (il vaudrait, quitte à qualifier, parler de nihilisme islamique) manipulé par quelques pseudo imams pervers et leurs disciples faibles d’esprit comme de caractère. »

    Dans aucunes société les guerriers représentent ne serait-ce que 50% de la population. Il y à des femmes et des enfants, moins les vieux etc…
    Ces trois jeunes gens étaient des soldats de dieux. Et les musulmans peuvent les désapprouver tout comme moi je désapprouve certaines interventions militaires.
    Cela n’enlèvent rien à l’appartenance de ces jeunes.

    « Réformer l’Islam ? On entend cela en Occident, mais cela ne signifie rien puisque nul, en Islam, n’a d’autorité pour imposer telle ou telle interprétation. »

    Les gens qui se prononcent ainsi ne sont pas naïfs. Malheureusement tant qu’il restera des versets violents, l’islam constituera un refuge. Peu de gens vont tuer des autres au nom de Mickey….

    En somme, votre article est démonstratif d’un courant de pensée. Vous ne vous positionnez pas clairement sur la nature de dieu. Existe-t-il ? On dirai que pour vous oui.
    Vous faites preuve d’une grande modération qui pourrait être interprété comme une forme de lâcheté. Pire, en essayant de comprendre ce qui s’est passé on en vient à trouver des excuses, des cicrconstances attenuante.

    Les faits sont là, ces gens croyaient dans une idole aux mœurs et prescription archaïques. Ils se sont suicider pour cela et ils étaient normaux. Au regard du texte ils étaient des bons musulmans.

  4. Selon certaines sources, sur les 1.2 milliard de musulmans, 15 à 25 % seraient prêts à avoir recours à la violence pour défendre leur religion. Le problème de ce recours à la violence (contre les athées, les juifs ou les chrétiens), c’est qu’il est inscrit, à plus de 30 reprises dans le Coran. Comment un musulman un peu convaincu, pratiquant les textes, peut-il l’ignorer ? c’est la parole de Dieu. Rien de comparable ni dans la BiBle, ni dans le Torah …

    1. Alors je ne suis pas expert hin !
      Mais il me semble que le coran n’autorise le musulman qu’à se défendre… ce que les libéraux réclament ! 😀

      1. 15 à 25 % des musulmans sont des extrémistes. ils ne veulent pas se défendre mais imposer leur vision du monde à tout le monde. pratiquement tous les pays majoritairement musulman (oci) persécutent les minorités religieuses (même des pays considérés comme modérés comme la turquie)

        1. C’est plus facile de diaboliser l’autre que de le connaître

  5. Curieusement les USA n’ont jamais fourni aucune preuve que le 11 septembre était un attentat islamiste… et la VO n’est pas une preuve et puis tout un boeing qui disparait complétement dans un trou de quelques mètres comme cela ce serait produit au Pentagone… me laisse perplexe. Il y a 75 ans c’était les populations de religion juive qui étaient responsable de tous les crimes, attentats etc…et l’histoire non a prouvé que c’étaient des crimes commis sous fausse bannière. Méfions nous donc des analyses basées sur des affirmations que nous ne pouvons pas vérifier.

    1. Oh un complotiste… :mrgreen:
      Le top de ce qui se fait dans l’inculture et l’ignorance triomphante.

      1. Voila qui est argumenté….

        1. Impossible d’argumenter avec un type qui déclare joyeusement que des dizaines de milliers de pièces à convictions n’existent pas. A ce stade vous croyez absolument ce que vous voulez, c’est de l’ordre du religieux. Les conspirationnistes américains ont au moins l’excuse du déni, eux qui se croyaient invincibles.

          Le moon fake est mort et reopen911 est aussi en train de crever, étouffé sous les centaines d’hypothèses ridicules émises par ces clowns.

          http://www.conspiracywatch.info

  6. « peu et pas éduqués » vous dites ? Je vous rappelle, pour ce qui est des attentats de New-york, un des terroristes, était étudiant à la Hochtechnischeschule de Hamburg. Et ces avions n’ ont pas été pilotés par de s abrutis que je sache. Cessons de sous-estimer ces gens, et arrêtons, de nous prendre pour des érudits, sinon, vous croyez que ce simple de commettre ce genre d’ abominations ?

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