Pour 60% des Français, la CGT abuse du droit de grève

Un sondage IFOP s’est intéressé à l’opinion des Français sur le conflit social touchant à la loi travail. Sans surprise, il témoigne du mécontentement face à l’inaction du gouvernement.

Par la rédaction de Contrepoints.

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CGT By: patrick janicekCC BY 2.0

Un sondage IFOP pour Le Figaro Magazine de Mai 20161 s’intéresse au ressenti des Français à propos du conflit social sur la loi Travail.

Le droit de grève en question

Les Français sont 55% à être défavorables à l’interdiction du droit de grève pour les salariés qui travaillent dans des sites stratégiques, comme les raffineries ou les centrales nucléaires.

Seuls les sympathisants Les Républicains sont majoritairement favorables à cette interdiction (62%). Le Front de Gauche (28%), le Parti Socialiste (31%) et le Front National (43%) n’atteignent pas la majorité.

loi Travail Part des Français défavorables à l'interdiction du droit de grève dans les sites stratégiques par orientation

Si les Français semblent dans leur majorité attachés au droit de grève, y compris pour les sites stratégiques, ils sont 60% à estimer que la CGT abuse de ce droit et cherche à bloquer le fonctionnement du pays de manière illégitime. En octobre 2010, lors du conflit sur la réforme des retraites, un précédent sondage IFOP nous apprenait déjà que 59% des Français considéraient que faire grève était un droit, mais que les blocages d’entreprises, d’axes de circulation ou de dépôts de carburants étaient inacceptables. Il y a donc assez peu d’évolution sur ce plan.

Évidemment, comme en 2010, ce sentiment d’abus de la part du syndicat n’est pas partagé par le Front de Gauche, qui représente une partie du pendant politique de la CGT. En revanche, il est suivi par le Parti Socialiste (64%), contrairement à 2010 (35%). De même, l’UMP semblait trouver l’abus bien plus insupportable en 2010 (95%) qu’aujourd’hui (80%). Selon que vous serez au pouvoir ou dans l’opposition, certains d’entre vous percevront l’acceptabilité des grèves et des blocages de façon différente. Indépendamment du bien-fondé de la réforme des retraites de 2010 ou de la loi Travail d’aujourd’hui, c’est à croire que le soutien à un gouvernement l’emporte sur les principes de la population. On laissera au lecteur éclairé le soin d’interpréter cet état de fait comme un bon ou un mauvais signe quant à l’esprit critique d’une partie de la population…

Part des Français estimant que les blocages sont inacceptables (retraites, 2010) ou constituent un abus (loi travail, 2016).
Part des Français estimant que les blocages sont inacceptables (retraites, 2010) ou constituent un abus (loi travail, 2016).

Un gouvernement mal-aimé

Dans le conflit social sur la loi Travail, 40% des Français estiment que le gouvernement aurait dû adopter une attitude plus ferme, alors que 42% estiment qu’il aurait dû adopter une attitude moins ferme. Seuls 18% pensent que le gouvernement a adopté une bonne attitude. Au final, ce conflit social fait beaucoup de bruit mais à trop vouloir satisfaire les intérêts contraires, ce gouvernement ne parvient à réellement contenter qu’une très petite partie de la population. Il ne récolte pas, à juste titre, les fruits d’une fermeté bienvenue face aux pressions, ni les fruits d’une image d’ouverture et de dialogue face aux revendications.

Loi Travail, avis des français sur la fermeté du gouvernement mai 2016

Loi travail : un calcul politique ?

cgt rené le honzecOn savait François Hollande impopulaire et on savait qu’il entraînait Manuel Valls dans sa chute. Mais ce dernier, flanqué de sa ministre du Travail, semble être tout aussi talentueux pour s’attirer les foudres des Français. La séquence politique de la loi Travail cristallise tout ce qui est reproché à François Hollande depuis le début de son mandat : annonces non suivies d’effets, retournements, réformes insuffisantes pour les uns, inacceptables pour les autres, fermeté à l’égard des faibles, laxisme à l’égard des forts.

L’opposition de style entre Manuel Valls, souvent comparé à Nicolas Sarkozy, et François Hollande, incomparable par la combinaison d’un jeu politique pointu mais masqué et d’une apparente propension à la synthèse, n’était peut-être pas pertinente. Au fond, ils se suivent et se ressemblent. D’abord populaires, ils cherchent à le rester en essayant de ne fâcher personne. Puis au fil du temps, ils finissent par tout faire soit à moitié, soit trop tard, soit les deux, qu’il s’agisse de réformes ou de fermeté envers les troubles à l’ordre public et les abus des grévistes. À la fin, personne n’est satisfait, et cela se ressent dans les sondages.

Jusque dans les urnes ? Rien n’est moins sûr. Au final, avoir porté une loi insuffisante, la vider de son contenu puis résister aux grèves peut, avec le temps et à force de matraquage, devenir une marque de capacité de dialogue alliée à une certaine fermeté. Macron, loi Travail, « ça va mieux« , état d’urgence… Et si tout cela n’était qu’un immense calcul politique de plus pour la présidentielle ? Ce serait très dommageable compte tenu de l’état du pays. Mais serait-ce surprenant ?

  1.  L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 012 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 27 au 30 mai 2016.