Ce que devrait être le programme de Nicolas Sarkozy

Publié Par Philippe Robert, le dans Politique

Par Philippe Robert.

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence CC-BY-NC-SA 2.0)

Visiblement, Nicolas Sarkozy n’a toujours pas digéré sa défaite de 2012, à ses yeux certainement largement imméritée, et désire donc prendre sa revanche en 2017 sur un président socialiste ayant fait la preuve éclatante de son incompétence à gouverner le pays, y compris à le faire entrer la tête haute dans le siècle nouveau de toutes les métamorphoses.

“L’heure est très grave. La France ne cesse de s’enfoncer dans le marasme économique et social. Nous battons des records de taux de chômage et nos entrepreneurs fuient le pays. Le système éducatif s’effondre alors que les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires n’ont jamais été aussi élevés. Les socialistes ont clairement montré leur incapacité à réformer le pays”.

Voilà ce qu’écrivait déjà Nicolas Sarkozy en date du 17 septembre 2014 avec l’aide éclairée de Nicolas Lecaussin dans sa “Lettre ouverte aux Français qu’il a déçus. Ou ce que devrait dire l’ancien président”.

Depuis lors, l’ex-chef de l’Etat fait feu de tout bois en s’imposant d’abord à la tête des Républicains puis en se confessant publiquement noir sur blanc etc.

Je ne résiste pas au plaisir (qui est aussi pour moi un devoir moral) de retranscrire dans son intégralité le programme de gouvernement libéral – dont je ne vois d’ailleurs pas comment la France pourrait s’en passer en 2017 dernier délai-, issu de la fructueuse collaboration de Nicolas Sarkozy, intellectuellement et politiquement refait à neuf, avec Nicolas Lecaussin1 :

“Concrètement, une fois élu, je vais élaborer un contrat de baisse de la dépense publique de 150 milliards d’euros sur 3 ans – soit 50 milliards par an. L’effort collectif que cela représente nécessite d’atteindre le plus grand consensus possible, comme les Allemands ont su le faire.

“Je vais surtout privatiser pour alléger la dette. Les participations de l’Etat dans les entreprises publiques représentent encore plus de 100 milliards d’euros, c’est-à-dire un seizième de notre dette souveraine.

“Je vais supprimer la plupart des niches fiscales. Leur suppression est d’ailleurs avant tout affaire d’équité avant d’être un impératif financier. Car toute niche est un privilège accordé à quelques-uns au détriment de tous les autres. La perte de ce privilège sera largement compensée par la refonte de la fiscalité directe dont la progressivité sera fortement diminuée. Au total, les niches supprimées rapporteraient environ 100 milliards d’euros au budget de l’Etat.

“Parallèlement, je vais simplifier le système fiscal français au travers de trois principes. Moins de progressivité : pour l’impôt sur le revenu, le nombre des tranches de revenu sera réduit à deux, avec des taux respectifs de 15% au-dessus de 8.000€ et de 2% en deça (assorti d’exonérations de charges). La baisse des taux sera plus que compensée par la croissance des revenus induite. Et plus de double imposition : les impôts sur le patrimoine, sur les sociétés et sur l’épargne doivent être supprimés puisque les contribuables ont déjà payé l’impôt sur le revenu.

“Je donnerai la priorité absolue à la flexibilité du marché du travail, m’inspirant des lois Hartz mises en place par le chancelier Gerhard Schröder au début des années 2000 et restaurant la liberté des contrats de travail.

“Je vais réserver le statut de la fonction publique au personnel assurant des missions régaliennes de défense, police et justice. Les autres fonctionnaires seront soumis à des contrats de droit privé. Environ 1,6 million de postes de fonctionnaires doivent être supprimés pour être dans la moyenne des pays membres de l’OCDE.

“Je suis conscient que notre système de retraites et d’assurance maladie ne peuvent plus survivre. Les déficits se comptent en dizaines de milliards d’euros. J’ai donc décidé de passer à un système de retraites par capitalisation comme cela existe d’ailleurs dans de nombreux pays, et même en France (pour les fonctionnaires nationaux et territoriaux, les sénateurs…). Notre système de santé qui devient de plus en plus coûteux sera progressivement ouvert à la concurrence et les Français bénéficieront d’un Compte santé individuel pour pouvoir s’assurer à la Caisse de leur choix. Nous serons ainsi en conformité avec les directives européennes que nous avons ignorées soigneusement depuis 1992.

“Voilà quelques unes des mesures que je compte prendre dans les jours et les semaines qui suivront mon élection. Si je suis élu, d’autres réformes seront appliquées, concernant en particulier l’Education nationale, coûteuse et inefficace, qu’il faut soumettre à un régime de concurrence et d’autonomie.

“Il faut dire la vérité aux Français ! Je ferai ce qu’ont fait, à un moment très difficile pour leurs pays, Reagan et Thatcher, mais aussi Gerhard Schröder en Allemagne, Tony Blair, le candidat de la “gauche” britannique qui a même approfondi les réformes thatchériennes, Ruud Lubbers, le Premier ministre suédois, le socialiste Ingvar Carlsson. Ces quelques exemples démontrent qu’il ne suffit pas de faire semblant de réformer. Il faut aller jusqu’au bout et montrer une volonté politique sans faille en écoutant les électeurs. C’est la clef du succès aux élections. Croyez-moi, j’ai changé car j’ai beaucoup appris de ces exemples ! La rupture c’est maintenant ou jamais !”.

Le 20 septembre 2014 (voir ici), le site Contrepoints publiait mon article intitulé “Le retour de Sarkozy” dont je me permets de rappeler ici la conclusion : “M. Sarkozy, si vous voulez vraiment réussir dans la nouvelle mission que vous vous êtes apparemment assignée, faites donc votre propre aggiornamento libéral et soyez assuré qu’à moyen ou long terme les Français ne sauront jamais assez vous en remercier. Allons ! Avant de vous endormir, répétez après moi : LA RUPTURE C’EST MAINTENANT OU JAMAIS !”

  1. Lettre ouverte aux Français qu’il a déçus. Ou ce que devrait dire l’ancien président” par Nicolas Lecaussin directeur du développement de l’Institut européen de Recherches Economiques et Fiscales (IREF), texte intégral et hautement pédagogique ICI
  1. le seul programme qu’il doit faire est quitter la scène politique et créer des entreprises (pour faire ses preuves) : là il sera peut-être utile à la France.

    1. Vous vous répétez. Et on peut avoir pire : Hollande en 2012, triumvirat Juppé-Fillon-(?le clown de Chirac), et Juppé 2017.

      1. Ce ne sera pas pire, juste plus lent ou plus rapide, mais le résultat sera le même : plouf et facture aux français.

  2. Sarkozy 2017 c’est Sarkozy 2007 ou encore Hollande 2012, on fait semblant de faire. Pas question de heurter les lobbys corporatistes et tant pis pour l’intérêt général.

    Fillon le premier, même Juppé pourtant plus mesuré, ont aujourd’hui parfaitement compris qu’il fallait faire valider aux présidentielles un programme détaillé avec des mesures concrètes. Fort de cette approbation, ils mettront les mesures en œuvre immédiatement, sous 6 mois au plus tard. Impossible alors aux syndicats et lobbys de s’opposer frontalement au vote récent des Français.

    Sarkozy joue la montre, il présenterait les mesures concrètes bien après le vote des présidentielles, au terme d’un processus de concertation tarte à la crème car, je reprends ces propos : “Concrètement, une fois élu, je vais élaborer un contrat de baisse de la dépense publique de 150 milliards d’euros sur 3 ans – soit 50 milliards par an. L’effort collectif que cela représente nécessite d’atteindre le plus grand consensus possible … »
    On croirait du Hollande !

    Le consensus c’est le vote aux présidentielles, ensuite on fait.

  3. défaite imméritée ? Vous oubliez les dépassements financiers des comptes de campagne et cela également n’a pas été démenti.

  4. Ce Sarkozy n’existe et n’existera pas.

  5. C’est beaucoup plus proche de programme de Bayrou en 2012 qui annonçait cartes sur tables, que nous allions en baver. Après comme les autres, allait il suivre son programme de réduction de la dette et des dépenses publiques ?

  6. Merci d’ajouter à la liste des chefs d’état (ou de gouvernement) courageux, de pays qui ne le sont pas moins, le Canadien Jean Chrétien, qui a appliqué la même méthode que ses collègues.
    La France crève de s’accrocher à ce mantra suicidaire: COMPARAISON N’EST PAS RAISON

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