4 ans de Hollande : un bilan sociétal équivoque

Bien engagé, le bilan sociétal du quinquennat Hollande restera lourdement terni par la dérive sécuritaire post-attentats de Paris.

Par la rédaction de Contrepoints.

Le bilan sociétal de la présidence Hollande restera fortement mitigé
By: Rémi NoyonCC BY 2.0

Un bilan sociétal commencé par quelques mesures intéressantes

Dans une certaine mesure, les espoirs qu’exprimait dans ces colonnes Fabrice Copeau en mai 2012 ont été justifiés : ainsi tout d’abord de la remise en cause de mesures Sarkozy : après un quinquennat de droite marqué par l’obsession sécuritaire et une crispation forte sur l’immigration (Circulaire Guéant, etc.), le quinquennat de François Hollande commença avec la fin de la Circulaire Guéant, la suppression des peines planchers ou encore la remise en cause du traitement judiciaire des mineurs comme des adultes dans certains cas.

Soulignons aussi quelques mesures positives sur le plan sociétal, au premier plan desquelles le mariage gay. Portée par Christiane Taubira, cette mesure restera comme l’un des marqueurs sociétaux forts du mandat de François Hollande. Cette mesure aura eu l’immense mérite de distinguer conservateurs et libéraux : elle fut adoptée malgré le soulèvement d’une opposition vive, venue des conservateurs de la droite et des milieux religieux. Elle ne fut en réalité que le rétablissement bienvenu d’une règle éminemment libérale : la même loi pour tous.

C’est une des raisons pour lesquelles Michel Faure soulignait que, « en tant que libéral, [il] regretterait Christiane Taubira ».

Une démarche insuffisante

Malheureusement, ces avancées appréciables n’ont guère été suivies sur des sujets où l’on aurait pu espérer mieux de François Hollande. Ainsi, malgré des poissons-pilotes réguliers, la dépénalisation des drogues n’a jamais été un sujet pendant ces quatre années de François Hollande à l’Élysée ; et ce alors que l’opinion publique évolue, elle, en faveur de la dépénalisation.

De même, la gauche sous François Hollande a poursuivi, voire amplifié la logique d’État-nounou, qui explique aux Français ce qu’ils doivent boire, manger, fumer ou avec qui ils doivent coucher. Avec les résultats que l’on connaît. Citons ainsi l’interdiction des machines à soda, la pénalisation de l’incitation à la maigreur, la répression de la prostitution ou la pénalisation des clients dans une perspective abolitionniste, ainsi que la restriction du vapotage au motif que le geste pourrait être incitateur.

La dérive sécuritaire

Le départ de Christiane Taubira du gouvernement illustre bien la rupture dans le quinquennat, entre une partie, relative au sociétal, acceptable pour les libéraux, et une autre partie, réel cauchemar étatiste et conservateur : c’est dans la polémique de la déchéance de nationalité pour les terroristes que l’ancienne garde des sceaux choisit de démissionner, alors que les mesures adoptées par le gouvernement Valls se rapprochent dangereusement de la ligne jaune.

Cette deuxième phase se caractérise par une remise en cause grave des libertés publiques et individuelles en usant de l’excuse du terrorisme. Comme nous le craignions dès les attentats de Charlie Hebdo, François Hollande et le gouvernement ont profité du terrorisme pour asseoir plus encore le contrôle de l’État sur nos vies ; après l’émotion, Big Brother, pour reprendre les termes de notre éditorialiste H16.

Citons aussi pêle-mêle la loi renseignement, l’état d’urgence et son prolongement sans fin visible, comme les débats sur la déchéance de nationalité, comme si cette menace allait stopper d’éventuels terroristes ! La gauche a largement viré sécuritaire rappelait ainsi Frédéric Mas. C’est non sans raison que Gaspard Koenig dans ces colonnes parlait aussi de 2015 comme d’une « année noire pour les libertés publiques ».

Une dérive sécuritaire absurde car inefficace et à l’opposé des valeurs de gauche. Il a été abondamment montré que l’état d’urgence n’avait débouché sur rien qui n’aurait pu être accompli sans lui, et que l’enquête belge suite aux attentats de Bruxelles a été plus rapide, là encore sans état d’urgence.

Autant d’éléments qui viennent noircir le bilan sociétal de quatre ans de présidence Hollande, dont on peut espérer sans conviction qu’elle sera légèrement meilleure pour sa dernière année…