Sondage : les impôts sont injustes et inefficaces selon les Français

Taxes impôts (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Un récent sondage confirme le désamour des Français pour leur système fiscal et l’impression que les efforts demandés par le gouvernement se concentrent sur les impôts des classes moyennes.

Par la rédaction de Contrepoints.

Impôts-Stéphane DEMOLOMBE(CC BY-SA 2.0)
Impôts-Stéphane DEMOLOMBE(CC BY-SA 2.0)

Un sondage BVA pour Orange et iTELE1 d’avril 2016 confirme le désamour des Français pour leur système fiscal et l’impression que les efforts demandés par le gouvernement se concentrent sur les impôts des classes moyennes.

Les impôts ? Un système injuste, inefficace et incompréhensible

C’est un jugement sans appel que portent les Français sur leur système fiscal. 83% d’entre eux le trouvent incompréhensible, 83% injuste et 82% inefficace. Signe que les interviewés en ont vraiment une image négative, quatre personnes sur dix indiquent même que ce système n’est « pas du tout » compréhensible (45%), « pas du tout » juste (41%) et « pas du tout » efficace (36%). Cette perception négative est partagée par l’ensemble des catégories de population, qu’elles soient jeunes ou moins jeunes, aisées ou moins aisées.

Même si toutes orientations politiques confondues, la perception des Français reste très négative, un clivage entre la droite et la gauche du spectre politique reste visible puisque sur les trois points questionnés, c’est surtout à gauche que l’on trouve le plus de réponses positives.

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Des impôts injustes, inefficaces et incompréhensibles

 

Un effort fiscal mal vécu

71% des Français estiment que l’effort fiscal repose surtout sur l’impôt des classes moyennes alors que seuls 11% pensent qu’il s’applique à tous les Français, 9% aux moins aisés et 6% aux plus aisés, en contradiction avec les promesses de campagne de François Hollande.

Malgré les aspects négatifs mis en valeur par ce sondage, 60% des Français estiment que les services dont ils bénéficient (hôpitaux, écoles, police,…) justifient les taxes et impôts. Ces services semblent avoir plus de succès à gauche qu’à droite puisque 83% des sympathisants de gauche trouvent les impôts justifiés alors qu’ils ne sont que 60% parmi les sympathisants de droite (56% chez les Républicains et 21% au Front National).

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Des impôts plus justifiés pour les sympathisants de gauche

 

L’actualité de la fiscalité en débat

Seuls 34% des Français se déclarent favorables à la suppression de l’Impôt Sur la Fortune (ISF) alors que 62% d’entre eux se prononcent en faveur du prélèvement à la source. L’obligation pour les foyers dont les revenus dépassent 40 000€ de déclarer sur internet ne rassemble quant à elle que 43% des Français.

La droite, traditionnellement opposée à l’ISF le reste à 58% contre 10% à gauche. Pour les autres questions, il est difficile de dire si ce clivage est purement politicien ou s’il s’agit d’un clivage de fond. Les mesures proposées par un gouvernement de gauche rencontrent moins d’adhésion à droite alors que les interrogés ne seraient pas fondamentalement contre. Ainsi pour le prélèvement à la source, déjà avancé à droite par le passé, on trouve 59% d’adhésion à droite contre 73% à gauche. L’obligation de déclaration de revenus en ligne pour les foyers déclarant plus de 40 000€ rassemble quant à elle 53% de partisans à gauche contre seulement 37% à droite.

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Des clivages de fond et des clivages politiciens sur les impôts

Quelle culture économique pour juger les impôts ?

Il est toujours difficile d’évaluer la sincérité des réponses lorsque l’on interroge une population sur les impôts. D’une manière générale, on voit bien que presque personne ne considère que le système fiscal français est compréhensible. Sa complexité n’est donc pas seulement légendaire.

Peu de Français trouvent le système fiscal juste mais qu’entend-on par justice ? Si je trouve que je paie trop d’impôts, je ne considérerai pas le système comme juste. Si je trouve que les impôts financent des services qui ne relèvent pas, selon moi, de l’État, je ne considérerais pas le système comme juste. Il semble que la première hypothèse soit prédominante puisque 60% des Français trouvent que les services publics justifient le niveau d’imposition.

Peu de Français trouvent le système fiscal efficace mais qu’est-ce qui fait un système fiscal efficace ? Est-ce que le système fiscal a pour mission de remplir au mieux les caisses d’un État dépensier ou bien est-il un simple outil qui doit avoir un niveau de frais engagé pour la collecte minimal ? Si la seconde proposition est évidemment celle qui a le plus de sens dans un monde économique rationnel, il n’est pas certain que ce sujet ne soit pas plus propice à une certaine forme d’émotion qu’à des jugements rationnels. Par exemple, l’ISF, impôt inefficace (2.13% de frais de gestion contre 1.2% pour les autres impôts) dont sont commodément exemptées certaines parties du patrimoine des contribuables (les œuvres d’art) recueille une étonnante mais habituelle adhésion auprès des Français.

Ces résultats sont peut-être tout simplement le signe d’un manque de culture économique dans le pays. À force de répéter à tort que l’État est plus efficace et impartial que le privé pour gérer certains des services dont la population a besoin, à force de répéter à tort que les plus riches doivent payer l’addition (on trouve presque toujours un plus riche que soi), à force de faire preuve d’électoralisme pour le calcul et la création des impôts, peut-être a-t-on perdu de vue que l’État a pour mission d’assurer des services publics si et seulement si la population n’est pas capable de les assurer par elle-même.

En tout cas, il n’a certainement pas pour mission de dépenser plus de la moitié de la richesse produite par le pays alors qu’il n’a aucune autre source de revenus que celle des impôts.

  1. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français recrutés par téléphone puis interrogés par Internet les 21 et 22 avril 2016. Échantillon de 1160 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, profession du chef de famille et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération.