La droite américaine divisée devant Trump

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

La révolte de l’establishment contre Donald Trump s’intensifie.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Il a promis de bâtir un mur avec le Mexique ; de bloquer l’entrée en Amérique aux Musulmans ; il s’est disputé avec le pape ; il a paru hésiter à condamner le Ku Klux Klan lors d’une entrevue à CNN. Mais Donald Trump poursuit son chemin sans égratignure, au désespoir de l’establishment du GOP dont l’hostilité envers le milliardaire est croissante. Il va falloir que le partisan de Trump arrête de blâmer les élites et se regarde dans un miroir écrit un chroniqueur du Wall Street Journal, Holman Jenkins. L’électeur de Trump est comme un enfant qui pleure devant ses parents parce que le monde est imparfait, écrit-il.

Ce genre de texte est contre-productif. Il est perçu par les Républicains écœurés des politiciens traditionnels comme une fin de non-recevoir à leurs récriminations, qui tournent autour de la déprime économique et l’insécurité face au terrorisme. Bien sûr, les Républicains en colère ne lisent pas tous le Wall Street Journal, mais le ton de la chronique reflète l’État d’esprit de l’establishment républicain, qui a peine à masquer son mépris de ceux qui appuient Donald Trump. Pipi au lit Mais ce n’est pas tous les Républicains qui partagent l’analyse de Holman Jenkins. L’ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee reproche à l’establishment républicain de faire pipi au lit en pensant à Donald Trump, alors qu’il serait plutôt temps, croit-il, de démontrer de la maturité et d’accepter que Donald Trump va peut-être remporter l’investiture.

Irrité par l’hostilité de l’establishment, Donald Trump s’est demandé, sur son compte Twitter, pourquoi les barons du GOP ne lui donnaient pas du crédit pour avoir accru le membership du GOP.

Loin de se préparer à accepter l’éventualité d’une victoire du milliardaire, des politiciens républicains sortent même de leur mutisme pour le critiquer. Mitt Romney, qui a a perdu contre Barack Obama en 2012, fera le point sur la course à l’investiture républicaine jeudi. Un gouverneur républicain du Massachusetts Charlie Baker précise qu’il ne votera pas pour le milliardaire.

Une ex-gouverneur républicaine, Christine Todd Whitman, menace de voter pour Hillary Clinton si celle-ci affronte Donald Trump.

Mais le temps file pour bloquer la route au magnat de l’immobilier, qui a fait le plein de délégués lors du Super mardi. Donald Trump se prépare déjà pour les primaires du 15 mars, qui permettront aux candidats de récolter tous les délégués des États qu’ils remportent (le gagnant rafle tout). Jusqu’à maintenant, le vainqueur d’un État devait céder des délégués aux adversaires qui ont eu au moins 20% de suffrages dans l’État.

Le 15 mars, Donald Trump pourrait donner le coup de grâce au candidat favori de l’establishment, Marco Rubio. 99 délégués sont en jeu en Floride et, selon le site RealClearPolitics, le milliardaire dispose déjà d’une confortable avance de 19.5 pointsdans cet État. Le mode du gagnant rafle tout préoccupe l’animateur de radio conservateur Glenn Beck qui craint des victoires répétées de Donald Trump qui lui permettraient de se sauver avec l’investiture. Glenn Beck estime qu’il est urgent que le sénateur Marco Rubio renonce à l’investiture pour faire équipe avec Ted Cruz en échange d’une promesse formelle d’obtenir le poste de vice-président si le sénateur texan remporte les présidentielles.

Un tel scénario est improbable. Ted Druz est convaincu d’être le candidat sur mesure pour défaire Donald Trump. Quant à Marco Rubio, candidat de l’establishment, il mettra tout en oeuvre pour remporter la Floride. Il a déjà dit qu’il n’était pas question, pour lui, de jeter l’éponge. Pendant ce temps, le GOP continue d’agir en coulisse pour restreindre le bassin de candidats. Le neurochirurgien Ben Carson qui terminait souvent au dernier rang dans les votes, s’apprête à suspendre sa campagne.

Le gouverneur John Kasich fait aussi l’objet de pressions, mais il compte sur une victoire dans son État de l’Ohio pour se donner de l’élan.

Pendant que des barons du GOP multiplient les scénarios pour tenter de bloquer Donald Trump, Hillary Clinton, elle, se prépare déjà à affronter le milliardaire aux présidentielles et elle s’attend à une lutte épique.

Les stratèges de Hillary Clinton s’attendent à ce que les couteaux volent bas avec le milliardaire. Donald Trump a déjà fait allusion à Monica Lewinsky et accusé l’ex-secrétaire d’État d’avoir agi criminellement en utilisant une messagerie électronique personnelle alors qu’elle était secrétaire d’État. L’équipe de la candidate démocrate souligne qu’elle se défendra en soulignant le style abrasif de Donald Trump qui cible la Chine, le Mexique, les Musulmans, ce qui n’est pas le comportement attendu d’un chef d’État.

Il s’agit d’un combat qui promet… si ce sont bien ces deux candidats qui remportent respectivement leur investiture.