Primaires américaines : le suspense à son comble

Publié Par Trop Libre, le dans Amérique du Nord

Par Robin Maisonneuve
Un article de Trop Libre

Hillary Clinton credits Mike Mozart (CC BY 2.0)

Hillary Clinton credits Mike Mozart (CC BY 2.0)

Loin de clarifier la situation, les premiers épisodes des primaires américaines ont confirmé le tropisme des électeurs américains pour les candidats anti-système et l’hésitation des électeurs modérés, notamment chez les Républicains, rendant la future bataille pour les présidentielles américaines encore plus floue.

Démocrates : Clinton de plus en plus en difficulté

On peut remercier les électeurs démocrates de l’Iowa pour leur sens du spectacle. Alors que les États-Unis devaient endurer l’une des primaires les plus ennuyantes du camp démocrate depuis plusieurs décennies, la surprise Bernie Sanders est venue réveiller la campagne ! Le sénateur du Vermont, 78 ans, s’est attiré la sympathie d’une large partie des électeurs démocrates, notamment des jeunes, qui rejettent le système politique américain actuel, et des femmes ; pourfendeur de Wall Street, socialiste revendiqué, indépendant des milieux politiques traditionnels, Bernie Sanders a financé sa campagne grâce aux multiples dons de « petits » donateurs (10, 20 ou 50$ maximum), et il en a même fait un argument de campagne. Et en Iowa, la mauvaise nouvelle est tombée pour le camp Clinton : certes, Hillary avait gagné, mais d’un fil, et ce dans un État qui lui semblait acquis depuis des mois. Avec 49,9% des suffrages, contre 49,6% pour Bernie, Hillary Clinton n’a pas réellement gagné cette primaire de l’Iowa ; pire encore, elle doit sa victoire au hasard, puisque dans six comtés l’égalité parfaite entre les candidats a conduit les organisateurs à tirer à pile ou face : dans les six cas, Hillary a gagné !

La machine Sanders était donc lancée, tandis que la campagne d’Hillary commençait sérieusement à battre de l’aile. Dans chaque camp, la dynamique est restée identique dans le New Hampshire. En effet, avec plus de 60% des voix, c’est une victoire éclatante qu’a remportée le sénateur du Vermont, bien plus importante qu’espérée, tandis qu’Hillary a encore déçu. Grâce à ces deux bonnes performances, la candidature Sanders aux primaires de démocrates ne relève plus du rêve éveillé, mais devient une alternative de plus en plus crédible face au bulldozer Hillary. Les partisans de Bernie Sanders ne s’y sont pas trompés, puisque selon l’AFP le candidat a reçu plus de 5 millions de dollars dans les 18 heures qui ont suivi sa victoire dans le New Hampshire. Prochaines étapes, pour voir si la surprise Sanders arrive à confirmer : le Nevada le 20 février et la Caroline du Sud le 27 février, où Hillary est donnée pour l’instant largement en tête.

Républicains : une situation inquiétante et illisible

Chez les Républicains, le spectacle est déjà assuré depuis plusieurs mois grâce à Donald Trump, le milliardaire populiste, dont les propositions-phares (faire payer au Mexique le mur entre les deux pays, expulser les musulmans américains, arrêter la lutte contre le réchauffement climatique, qui est une invention des Chinois) et les tweets acerbes font vivre une campagne marquée par le populisme et la démagogie les plus ridicules. Mais, si elle est amusante, cette campagne ne représente pas moins le cauchemar de l’establishment Républicain, terriblement inquiet à l’idée de voir le populiste Donald Trump ou l’extrémiste Ted Cruz (soutenu par le Tea Party et les évangélistes) remporter la nomination et assurer du même coup la défaite du parti aux élections présidentielles.

Le caucus de l’Iowa est venu confirmer les pires craintes des pontes du Grand Old Party. Dans cet État très religieux, Ted Cruz est arrivé à la première place, suivi par Donald Trump qui a déjoué les pronostics en faisant un bien meilleur résultat qu’espéré. Lors de la primaire du New Hampshire, c’est Donald Trump qui est arrivé en tête, avec 35,34% des voix, tandis que Ted Cruz a terminé troisième. Il devient donc urgent pour l’establishment Républicain de rassembler ses ressources financières derrière un troisième candidat, modéré, qui a de véritables chances de battre Hillary Clinton ou Bernie Sanders aux élections présidentielles.

Mais qui soutenir ? Force est de constater qu’après plusieurs mois de campagne et deux primaires, aucune personnalité ne se dégage réellement : Jeb Bush, malgré des dépenses de campagne faramineuses, a fini 6ème en Iowa et 4ème dans le New Hampshire ; de leur côté, Chris Christie ainsi que Carly Fiorina ont renoncé après des résultats décevants. Finalement, les deux candidats modérés les plus crédibles sont Marco Rubio, qui a obtenu une très bonne troisième place dans l’Iowa mais seulement une cinquième place dans le New Hampshire, après une prestation très décevante lors d’un débat, et John Kasich, la surprise du New Hampshire qui reste néanmoins inconnue du grand public. On le voit, sans clair leader « modéré » dans cette campagne, les Républicains n’arrivent pas à s’accorder et laissent le champ libre à Donald Trump et Ted Cruz, au risque de laisser la Maison Blanche aux Démocrates pour quatre années supplémentaires.

Ainsi, les primaires américaines semblent aujourd’hui encore très indécises, du côté Démocrate comme chez les Républicains. Mais nous ne sommes encore qu’en février, et on peut espérer que la situation se décante rapidement, notamment après le Super Tuesday où treize États voteront ! En espérant que d’ici là, de nouveaux candidats ne décident d’entrer dans la danse !

  • Un article publié sur Trop libre en partenariat avec Hémisphère Droit

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Sur le web

  1. Curieux de voir les résultats des Républicains demain en Caroline du Sud.

    Selon un dernier sondage l’avantage de Trump est passé de 16 á 5 points, étant à 28% contre 23% à Cruz.
    Ça se réduit clairement.
    D’autres sondages pointent vers une montée impressionnante de Marco Rubio qui aurait la possibilité de battre Cruz pour la seconde place.

    J’espère juste que Trump va décevoir, le mec est un étatiste pur et dur, pire que Juppé en un sens. Il faut que Bush et Carson dégagent ils divisent le vote.

    Cruz est un peu extrême et ne peut pas gagner l’élection générale mais il est économiquement libéral donc ça irait dira-t-on, pas comme Trump.

    1. Il y a fort à parier que Cruz amorce un virage maintenant qu’il a siphoné Paul et Fiorina, reste à voir si il arrive a siphoner Bush rapidement avant le super Tuesday.

    2. Le message que je retire dès à présent de ces primaires est que les électeurs en ont par dessus la tête de ces tactiques de billard à trois bandes et des états-majors électoraux qui veulent choisir à leur place. Il ne faut pas qu’untel ou untel dégage, mais que celui qui arrivera au bout représente vraiment la volonté des électeurs.

  2. Bernie Sanders a 74 ans, pas 78.

  3. Si du côté républicain c’est l’éparpillement complet des délégués répartis sur tous les candidats sans du tout les départager, côté démocrate la messe semble dite et sans le concurrent de Clinton, aucun intérêt ni suspens même s’il est faux!
    Elle a gagné contre toutes les prévisions en Iowa emportant largement le plus de délégués devant son concurrent avec qui ensuite elle a fait jeu égale dans le petitt état du New-Hampshire voisin de celui de Sanders… 15 délégué chacun: elle en avait pris presque le double le coup d’avant!
    Et comme BS n’est pas au parti démocrate, c’est elle qui a environ 700 délégués nationaux soit 1/3 des délégués nécessaires pour emporter la primaire!!! Inutile de dire que même en perdant un peu ou pa smal ensuite, ça ne changerait pas grand chose.
    D’autant plus que les écarts sont relatifs et bien moindre qu’on pourrait le croire: 20 de différence c’est en réalité 10: ôtez 10 à BS dans le NH, ajoutez les à HC et ils sont à égalité!
    de toute façon ce n’est pas le score qui importe ni son amplitude surtout quand le gagnant emporte tout!!! mais les délégués: faudrait quand même relativiser et s’apercevoir que Sanders n’en a pas encore pris un seul contre ou sur Lucky Hillary, au contraire, elle a accru son avance!!!

    1. Plus précisément, Sanders a un petit avantage en nombre de délégués, 36 contre 32 après les deux premiers tours, mais en ajoutant les super délégués, on passe à 483 contre 55 pour…Clinton. Maintenant, un super délégué peut toujours changer d’avis mais c’est un scénario auquel je ne crois guère, sauf si Bernie devait empocher davantage de primaires/ caucus que prévus, ces gens ne peuvent pas aller contre la volonté des électeurs démocrates ou du moins, pas au-delà d’un certain point. Autre hypothèse à ne pas écarter, une inculpation d’Hillary pour ses histoires emails, là, tout le monde la lâcherait.

  4. Catalogué « ultra-conservateur » sinon « d’extrême-droite », le sénateur Ted Cruz est le seul qui propose une cure radicale pour le gros problème des Etats-Unis: la dette publique. Cruz a osé critiquer les subventions pour la transformation du maïs en diesel en Iowa, où beaucoup de fermiers profitent de ce système. C’est le plus cohérent des candidats républicains même si ce n’est pas vraiment le plus sympathique. Quant aux candidats démocrates, ils se fichent de la dette publique comme de leur première promesse électorale.

    1. La dette publique est un énorme problème tout autant que les dettes privées des citoyens mais la répartition de la richesse impacte sérieusement le pays dont la croissance dépend à 70% de la consommation. Des citoyens qui s’endettent de plus en plus pour faire des études, pour payer leur santé, qui ont un salaire qui ne progresse pas (depuis 50 ans pour le bottom50% donc rien à voir avec les démocrates) ne peuvent pas soutenir la consommation.

      Franchement quelqu’un croit encore que la dette publique sera payée?

      1. La dette publique sera payée un jour lointain, mais probablement en misère plutôt qu’en cash. Et d’autres que les USA sont en bien plus mauvaise posture à cet égard.

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