Primaire républicaine : qui est Ted Cruz ?

Cruz greets the crowd crédits Jamelle Bouie (CC BY 2.0)

Ce qui caractérise Ted Cruz, ce n’est pas sa loyauté envers le parti républicain, mais envers ses principes ultraconservateurs.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Cruz greets the crowd crédits Jamelle Bouie (CC BY 2.0)
Cruz greets the crowd crédits Jamelle Bouie (CC BY 2.0)

Il a fait ses études d’undergrad à Princetown. Il a un doctorat de droit de Harvard. Son ancien professeur, Alan Dershowitz, une sommité, se souvient de lui parmi dix mille élèves : j’ai rarement eu un étudiant aussi brillant. Ted Cruz a été désigné par The American Lawyer comme l’un des 50 meilleurs avocats plaidants de moins de 45 ans. Élu au Sénat en 2012 il ne manque jamais une occasion d’attirer les feux de la rampe. En septembre 2013, il a fait, au Congrès, un discours de 21 heures contre la réforme de santé du président Obama. Un mois plus tard, associé au Tea Party, il a été au cœur du Shutdown qui visait à empêcher l’augmentation du plafond de la dette publique.

Et voilà qu’en 2016, alors que s’amorcent les primaires républicaines, Ted Cruz crée à nouveau l’événement. Il défait son rival, le milliardaire Donald Trump au scrutin de l’Iowa. Trump avait pourtant le vent dans les voiles… Mais les batailles électorales se remportent sur le terrain. Les talents d’organisation de Ted Cruz lui ont permis de prévaloir dans un État où les chrétiens évangéliques sont nombreux : il a été le candidat le plus présent dans l’État en plus de cultiver des alliés religieux locaux.

En Iowa, Ted Cruz était surtout connu pour sa pureté idéologique. Ce n’est qu’au cours des dernières années qu’il s’est doté d’un vernis évangélique. Le succès dans la primaire de son adversaire Marco Rubio de la Floride, aimé de l’establishment, a montré qu’il faudra plus que de la ferveur évangélique pour séduire les républicains des autres États. La capacité de nouer des liens politiques est aussi importante. Ce, même si on se définit comme anti-establishment…

Un politicien détesté

Car ce qui caractérise Ted Cruz, ce n’est pas sa loyauté envers ses collègues républicains ou ses alliés, mais envers ses principes. Ultra-conservateur, ce ne sont pas les choix idéologiques du texan qui irritent, mais l’absence de pragmatisme et le refus de tout compromis. Il est décrit par ceux qui l’ont côtoyé, tant à l’Université qu’en politique, comme arrogant et agressif. Il n’a aucun ami au Congrès, où il est détesté, et même profondément haï par certains piliers comme l’ex-candidat à la présidence John McCain.

Craig Mazin, qui a déjà été colocataire de Cruz à l’Université, a bien décrit ce sentiment général dans ce Tweet :

Le rival de Ted Cruz, Donald Trump, était donc bien informé lorsqu’il a fait ce commentaire sur Cruz sur Twitter : Personne ne l’aime, nulle part, dès le moment où ils apprennent à le connaître.
L’establishment républicain n’aime pas Ted Cruz. Il est perçu comme un extrémiste imprévisible qui rendrait la tâche de gouverner plus difficile au moment où l’Amérique n’a jamais été aussi divisée. Les gros canons républicains ont aussi des doutes sur Donald Trump. Mais il est vu comme pragmatique. Ces ténors croient que malgré ses positions excessives, Donald Trump saurait faire preuve du réalisme qui lui a permis de devenir milliardaire. The Art of the Deal…

Ted Cruz doit craindre Marco Rubio

Pour beaucoup de républicains, décider entre Cruz ou Trump c’est comme choisir entre la peste et le choléra. Et c’est à travers ce prisme que doit être vue la percée imprévue de Marco Rubio. Le sénateur de la Floride a recueilli 23% des votes à la primaire de l’Iowa, soit seulement 1% de moins que Donald Trump.

Donald Trump a reconnu avoir fait une erreur coûteuse en boudant le dernier débat des candidats aux primaires républicaines. C’est un fait. Ce débat, présenté sur la chaîne de télévision conservatrice Fox News a permis au sénateur Cruz de tenir tête avec succès à son rival Marco Rubio et marquer des points.

Les deux hommes sont très conservateurs. Ils ont tous deux un père qui a quitté Cuba dans la foulée de la révolution castriste. Ils prônent la ligne dure dans le dossier de la légalisation des onze millions de sans-papiers. Mais malgré cette fermeté les deux sénateurs offrent une candidature attrayante pour les latinos dont le nombre croissant les rend incontournables dans la prochaine élection présidentielle.

La différence entre Cruz et Rubio était visible lors des discours suivant la victoire du sénateur texan à la primaire. Le discours de Ted Cruz était interminable – 30 minutes – alors que Marco Rubio a souligné avec grâce et brièveté qu’il était le candidat dont le Parti républicain avait besoin pour s’unifier. Il pourrait effectivement séduire les ailes conservatrices et centristes de son parti.

Tous les yeux seront tournés vers Marco Rubio lors des primaires du New Hampshire le 9 février.

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