Cash Investigation ou Cash Désinformation ?

Cash Investigation(CC BY-SA 2.0)

L’émission Cash Investigation, ce parangon de déontologie journalistique.

Par Marcel Kuntz.

Cash Investigation(CC BY-SA 2.0)
Elise Lucet Cash Investigation(CC BY-SA 2.0)

 

Le 2 février 2016, France 2 diffusait à 20h55 dans l’émission « Cash Investigation » l’enquête « Produits chimiques, nos enfants en danger » stigmatisant « l’utilisation abondante des pesticides dans l’agriculture et dans la viticulture ». Le monde agricole ne put que déplorer une nouvelle fois « des traits grossis et aucune mention des efforts entrepris par les agriculteurs ».

Plus grave, ForumPhyto, un regroupement de professionnels de la filière fruits et légumes, évoque les sources partisanes de ce reportage et titre « Cash Investigation est en service commandé et ment par omission ».

L’émission a martelé que 97% des aliments contiendraient des résidus de pesticides, reprenant le titre (certes ambigu dans sa formulation) d’un rapport de l’EFSA : « Plus de 97 % des aliments contiennent des résidus de pesticides dans les limites légales ». Les journalistes n’ont pas cité l’élément suivant, nettement moins angoissant : « dont presque 55 % sans aucune trace détectable de ces produits chimiques ».

Une erreur de bonne foi ?

Les accusations de censure qui ont suivi le « chat » organisé sur le site de France TV, le lendemain à 14h, avec le réalisateur Martin Boudot ont été nombreuses. Comme le souligne l’un des auteurs de ces critiques, sa question de fond « n’a pas été mise en ligne ». Elle pointait des chiffres multipliés par 1,5, dans un sens alarmiste.

De même, l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) vient de publier un dossier sur les pesticides dans le dernier numéro de son magazine. L’AFIS diffuse le 9 février un communiqué dénonçant les chiffres de Cash Investigation, qui retient l’attention de la presse (par exemple, le 11 février Le Républicain titre sur un « message trompeur et alarmiste »).

L’ « ultime stratagème » de Cash Investigation

cash investigation rené le honzecLe réalisateur du reportage répond. En utilisant l’ ultime stratagème d’Arthur Schopenhauer (L’Art d’avoir toujours raison). C’est à dire essayer de discréditer ses contradicteurs personnellement.

En effet, en réponse à l’article critique de la rubrique Désintox de Libération (qui titre sur « le chiffre bidon de Cash Investigation »), M. Boudot attaque l’AFIS qui serait « une association controversée ». Le site de la société de production du reportage qui publie cette « réponse » l’ouvre aux commentaires, mais refuse les droits de réponse et ferme rapidement les commentaires ! (Note de Contrepoints : beaucoup d’autres articles de la même rubrique sont, eux, bien ouverts aux commentaires)

Le réalisateur a cru devoir me mettre en cause (sans même m’avoir contacté !) dans son opération de discrédit de l’AFIS. Je me dois donc de l’informer que la rumeur, vieille de 7 ans, tourne en rond sur internet telle la Jeep des Dupont et Dupond dans le désert ; quant à mes prétendus liens avec Monsanto, ils émanent d’une seule personne : une enquête d’Ariane Beldi a mis en lumière que cette personne a reconnu n’avoir aucune preuve. Et pour cause !

Monsieur Boudot, je n’ai pas de conseil journalistique à vous donner, mais je vous suggère de contacter les personnes, pour vérification, avant de les mettre en cause. De préférence, pas avec des méthodes agressives.

La lumière sur Cash Investigation ?

Une démocratie favorise l’expression de tous. La liberté d’expression ne doit pas être confondue avec le droit pour une faction politique d’embrigader les citoyens dans leur vision du monde.

Une démocratie permet aux journalistes de faire la lumière sur les scandales, et il y en a. La lumière doit aussi être faite en cas d’entorse grave à la déontologie journalistique. Une enquête sera-t-elle diligentée sur les autres points discutables de ce reportage de Cash Investigation ? De manière plus générale sur cette « fabrique de buzz pour servir une frénésie de l’audimat » ? On peut en douter.

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