20 raisons de ne pas consommer bio (1ère partie)

Les produits bio sont-ils vraiment au-dessus de tout soupçon ?

Par Wackes Seppi.

imgscan contrepoints bo439 BioRécemment, les mamans blogueuses de Mamavation ont tapé fort sur la communauté scientifique et les entreprises avec des campagnes de peur et des sermons de culpabilisation du style : « Si vous aimez vos enfants… ».

L’argent afflue de partout et même les stars de Hollywood sont en train de lire leurs scripts tout préparés : « Pesticides et OGM = mal », ou « les bonnes mères achètent bio ». Comme bien d’autres dans le monde de la gestion des risques, j’ai toléré leur alarmisme aussi insensé que dénué de fondement, leur gloubiboulga éco-religieux confortant des classes privilégiées bien-pensantes qu’il valait mieux ignorer… et puis j’ai commencé à voir les grands médias le prendre à leur compte et les directeurs du marketing de nombreuses grandes entreprises alimentaires et de restauration se coucher lâchement devant chaque petit courriel de l’Armée des pétroleuses de l’alimentation. Les ignorer a été une erreur car leur utilisation d’anecdotes dans le grand Tribunal des médias sociaux semble avoir remplacé avec succès le rôle des preuves académiques.

Quand j’ai lu l’article faiblard, au ras des pâquerettes, que Mamavation (dont le slogan est : « Changing Lives One Mom at a Time » (changer la vie, une maman à la fois ») a intitulé : « Les 10 raisons de nourrir votre famille avec des produits bio », je me suis dit : c’est du délire (quoique, c’est fait pour que les gens se sentent bien).

Il m’a mis au défi de produire 10 raisons de ne pas nourrir votre famille avec des produits bio et, en quelques minutes, je me suis retrouvé avec 15 raisons et, peu de temps après, jusqu’à 25. Je les ai regroupées pour arriver à un chiffre rond, 20 ; cet article présente les 10 premières. Si cela a été si facile pour moi, pourquoi la communauté scientifique n’a-t-elle pas pris le temps de faire taire ces idiots jusque-là ?

1.  Trop cher et de mauvaise qualité

Il y a en fait deux raisons ici, et chacune se fonde davantage sur la spéculation que sur la science. Pourquoi les produits biologiques sont-ils plus chers ? Certains font valoir que les entreprises comme Whole Foods ont repéré un marché de niche juteux et facilement abordable, composé de baby-boomers vieillissants, ayant peur de mourir et prêts à se délester de leurs revenus auprès de profiteurs qui contribuent au financement de l’alarmisme. Les prix ont en fait tendance à être plus élevés du fait de la baisse des rendements moyens lors du passage à l’agriculture biologique et du risque plus élevé d’échec des cultures. D’autres disent que « bio » est devenu une marque de luxe verte, mais cela semble contradictoire avec le deuxième élément de ce point, qui est que le bio est d’une qualité inférieure.

Bien des pesticides sont utilisés pour que les produits soient présentables et comestibles, et pour les empêcher de pourrir sur les branches. Beaucoup de gens ont une approche affective de la nourriture, sa présentation est donc importante. Les acheteurs de bio ont d’autres stimuli affectifs qui leur permettent de regarder au-delà de la qualité inférieure. Moi-même, je n’utilise pas de pesticides sur les pommes que je cultive dans mon jardin, et quand je les mange, je les coupe pour enlever les parties véreuses. J’accepte cela comme conséquence de ma production, mais je refuserais de payer pour une telle piètre qualité dans un magasin.

Whole Foods Market est une entreprise de distribution alimentaire de produits bio, fondée en 1980. Elle est présente aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Il y a des entreprises similaires en France. Aux États-Unis d’Amérique, les mœurs commerciales et médiatiques sont rudes.

2. Favorise le travail des enfants en Afrique

C’est là un problème endémique dans de nombreuses communautés agricoles de subsistance en Afrique. Voir un rapport du BIT qui ventile le travail des enfants en Afrique en fonction du sexe et du type d’agriculture. La logique est très claire. Seules 5,4% des terres agricoles sont cultivées en mode biologique en Europe, tandis que le marché des produits biologiques est en croissance beaucoup plus rapide. Les exploitations familiales africaines sont biologiques par défaut (en raison du coût élevé des pesticides et des engrais ainsi que des pressions des régulateurs des importations et des exportations de l’UE, qui dénient à l’agriculture africaine les avantages de l’utilisation des technologies modernes comme les OGM). Alors que l’accent a surtout été mis sur le travail des enfants dans la production de cacao de l’Afrique de l’Ouest, l’incapacité de l’Europe à se nourrir (en raison d’une dépendance absurde de technologies agricoles moyenâgeuses) a conduit à une augmentation des exportations africaines de produits agricoles bio. Les gourous du bio semblent se satisfaire du refus d’admettre cette corrélation, quand ils choisissent le bio, en prétendant qu’ils ne soutiennent pas du tout cette pratique qui consiste à confier la tâche d’arracher manuellement les mauvaises herbes, ou les feuilles atteintes par des ravageurs, à des petites mains plutôt que de les envoyer à l’école.

3. Le bio utilise plus de terre avec des rendements inférieurs, réduisant la biodiversité

La perte d’habitats naturels est, selon les Nations Unies, une des plus grandes menaces pour la biodiversité.

Selon la culture et la région, l’agriculture biologique tend à rendre de 19 à 60% de moins que l’agriculture conventionnelle (voir la liste de récentes études universitaires). Je sais que de nombreuses organisations de lobbying bio comme l’IFOAM tentent de gonfler les chiffres avec leurs propres études (ou d’utiliser cet argument fort mignon que plus de mauvaises herbes, c’est mieux pour la biodiversité), mais le fait est que les rendements du bio sont significativement inférieurs dans le meilleur des cas, et catastrophiques les années de forte pression des ravageurs.

Si nous devions convertir toutes les exploitations à l’agriculture biologique, nous aurions à faire deux choses : nous préparer à des pénuries alimentaires (le lobby du bio tente de répondre avec le truc du gâchis alimentaire) ; retourner plus de prairies et défricher plus de forêts. Avec une population mondiale en croissance, il serait souhaitable de miser sur la technologie plutôt que l’éco-religion. Des rendements plus élevés sur moins de terres, ce qui permet de restaurer davantage d’habitats, me semble une meilleure solution.

4. Le secteur du bio utilise des tactiques de lobbying contraire à l’éthique

Dans certains articles du site The risk monger, j’ai catalogué une longue litanie de financements de la science activiste douteuse par le secteur du bio, de financements opaques des gourous de l’alimentation et de leur alarmisme, ainsi qu’une véritable chasse aux sorcières que je ne pourrais décrire que comme du néo-maccarthysme. S’il y a des lobbyistes qui devraient avoir honte de leurs pratiques et des violations de la déontologie, ce sont bien ceux qui agissent au nom de l’industrie, au sens large, des produits biologiques.

5. Les pesticides naturels sont toxiques pour les abeilles

Une perception erronée très commune est que les produits biologiques ne contiennent pas de pesticides. Bien sûr qu’ils en contiennent, sinon les agriculteurs bio ne produiraient que de la nourriture pour nourrir les insectes et améliorer le sol. Dans la plupart des pays, les pesticides sont autorisés dans l’agriculture biologique s’ils proviennent d’une source naturelle (et ne sont donc pas d’origine synthétique). Dans certains cas, ces substances naturelles peuvent être produites par synthèse, mais cela dépend des normes qui varient d’un pays à l’autre. Afin de lutter contre les infestations de ravageurs, de champignons et de moisissures, les pesticides bio doivent être toxiques (un autre point sur lequel le lobby du bio n’a pas été très franc). S’ils sont moins toxiques, alors il faut utiliser des volumes plus élevés car, pour le dire simplement, c’est dans la nature de l’agriculture.

L’éco-version du sophisme naturaliste suppose que tout ce qui est naturel est bénin et acceptable, mais de nombreux pesticides autorisés en bio sont bien pires pour l’environnement que les substances synthétiques, elles bien testées. Les pyréthrines, les sulfates, la nicotine… sont tous destinés à tuer, et qu’ils proviennent d’une source naturelle ne signifie pas qu’ils sont sans danger pour l’environnement. Je l’ai déjà écrit cette année, quand j’ai examiné comment deux pesticides bio (à base de roténone et d’azadirachtine) étaient extrêmement toxiques pour les abeilles et comment le lobby du bio s’est battu pour les garder sur le marché (voir Raison 4).

6. Les pesticides naturels sont toxiques pour les humains

Il y a deux façons d’expliquer cela. Comme il est dit dans la Raison 5, les pesticides provenant d’une source naturelle sont également toxiques ; dans certains cas, ils sont beaucoup moins testés parce que nous testons rarement les produits chimiques naturels. La roténone, un méchant pesticide bio, a été clairement liée à la maladie de Parkinson. Et je ne peux que souligner ici tous les risques pour la santé de l’ingestion de pyréthrines.

Plus intéressant encore est peut-être le niveau de toxicité des pesticides, des toxines et des substances cancérigènes naturels que l’évolution a produits. Bruce Ames a mis en évidence la différence de risque pour la santé de l’exposition aux pesticides d’origine naturelle, par rapport à l’exposition – beaucoup plus bénigne et potentielle – aux pesticides de synthèse. Les adeptes de : « Vous n’êtes qu’un suppôt de Monsanto ! » ont tous cessé de lire cet article à ce stade, mais jetez un œil sur l’article d’Ames et demandez-vous pourquoi on s’agite tant.

« Environ 99,9 % des substances chimiques ingérées par l’être humain sont d’origine naturelle. Les résidus de pesticides de synthèse dans les plantes utilisées pour l’alimentation sont en quantité insignifiante en comparaison des pesticides naturels produits par les plantes elles-mêmes. De tous les pesticides que les humains ingèrent, 99,99 % sont d’origine naturelle : ce sont des substances chimiques produites par les plantes pour se défendre contre les champignons, les insectes et autres prédateurs. »

Je ne peux m’empêcher de rappeler qu’Ames était le chouchou du mouvement écologiste dans les années 1970…

7.  La recherche ne montre aucune différence de goût, ni pour la santé et la sécurité

Là, on touche davantage les gourous du bio, d’autant plus que le goût est un facteur affectif et donc purement anecdotique (en d’autres termes, un fait qui se prête à une étude scientifique). Mais maintes et maintes fois, les gens n’ont pas pu faire la différence dans des tests en aveugle. En ce qui concerne les questions de santé et de sécurité, voyez… les gens croient ce qu’ils veulent bien croire ; mais toutes les études qui ne sont pas effectuées par le lobby du bio ne peuvent tout simplement pas étayer les affirmations du lobby. C’est comme la religion : il est beau de croire, mais ne l’appelez pas science.

8. Le travail du sol libère davantage de CO2

La question de savoir si l’agriculture sans labour est meilleure fait débat parmi les agriculteurs conventionnels (j’ai grandi sur une ferme qui utilisait les disques !) ; mais comme ils n’utilisent pas d’herbicides, les agriculteurs bio doivent travailler davantage la terre pour contrôler les mauvaises herbes. Bien sûr, cela consomme plus de carburant (nous aimerions pourtant croire qu’ils utilisent des tracteurs fonctionnant à l’énergie solaire) ; mais les façons culturales détachent aussi les micro-organismes du sol et les libèrent dans l’atmosphère (voir une liste d’études sur les défis pour l’agriculture biologique en matière de carbone). J’aborderai la question des émissions du fumier de bovins dans un autre point, mais on ne me reprendra guère sur le point que davantage de CO2 est émis par unité de production issue des façons culturales du bio que de l’agriculture conventionnelle (et peu importe ici que le lobby du bio essaie de dépeindre les « fermes-usines » comme quelque chose d’effrayant).

9. La recherche anti-OGM/anti-pesticides est fondée sur une science indigente, militante

L’année dernière j’ai forgé le terme « science activiste » pour décrire une faute professionnelle en matière de recherche. Un scientifique traditionnel rassemble les preuves et en tire une conclusion. Un scientifique militant commence par la conclusion et cherche des preuves. Au cours de l’année écoulée, nous avons vu – et j’ai montré – qu’une certaine science activiste, très handicapée sur le plan de l’éthique, a été acceptée dans le courant dominant, y compris les scandales touchant la recherche sur les néonicotinoïdes et la santé des abeilles, la débâcle du CIRC sur le glyphosate et, bien sûr, l’illustre étude Séralini. Tous ont été financés ou influencés par des organisations liées au secteur du bio (voir Raison 4).

Source : http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/tag/verite%20ou%20intox/

10.  Un an de résidus de pesticides est moins toxique qu’une tasse de café

Une fois de plus, revenons à Bruce Ames (bien qu’il soit octogénaire, quelqu’un devrait le présenter à la FoodBabe !). Dans une interview il y a plus de 20 ans, il a déclaré :

« Une tasse de café est remplie de substances chimiques. On en a identifié un millier dans une tasse de café. Mais nous n’en avons trouvé, dans ce millier, que 22 qui ont été testées dans des tests de cancer sur des animaux. Parmi ceux-ci, 17 sont cancérigènes. Il y a 10 milligrammes de cancérogènes connus dans une tasse de café, et c’est plus de cancérogènes que vous n’êtes susceptibles d’ingérer à partir des résidus de pesticides pendant un an ! »

 

Mais j’aime le café ! Ce qu’il faut retenir ici, c’est que le risque issu des pesticides de synthèse présents dans l’alimentation aux niveaux maximaux d’exposition à leurs résidus est pratiquement nul. Ce n’est pas une surprise que la caféine soit dix fois plus toxique que le glyphosate – beaucoup d’autres substances chimiques naturelles sont encore plus toxiques, mais les gourous du bio ne peuvent pas nous l’expliquer, trop occupés qu’ils sont à nous faire peur. Tenez, encore un petit point pour montrer combien toute cette campagne anti-pesticides est ridicule : Ames a fait cette déclaration il y a 21 ans ; donc si l’on considère que les pesticides de synthèse étaient à l’époque beaucoup plus toxiques qu’ils ne le sont aujourd’hui, nous devrions réviser radicalement cette comparaison d’Ames à la baisse (peut-être en remplaçant la tasse par une gorgée de café aujourd’hui).

Suis-je là pour vous tromper ? Non. Je vous ai fourni une série de faits, de preuves et d’études ; les activistes qui font campagne pour le bio, eux, ont inventé une série d’histoires, lancé des campagnes de peur, transformé des célébrités en victimes et créé des Mamans gourous. J’ai publié mon graphique plus tôt dans la journée [9 septembre 2015] sur les réseaux sociaux [sur Facebook] et cela s’est traduit par une avalanche de boue, une campagne virale contre moi (les très habituels « t’es un abominable suppôt de l’industrie », « aucune idée de ce dont il parle », « Monsanto est le diable », et autre « le glyphosate provoque l’autisme » – des attaques qui réchauffent mon cœur mais terrifient mes enfants… qui prennent encore certaines gens au sérieux) ; mais je dois dire qu’il s’est produit quelque chose d’intéressant. Parmi les attaques, la plupart des commentateurs pro-bio ont aussi reconnu que j’avais raison sur deux ou trois de mes 10 points. Ajoutez les dix autres raisons que je vais produire prochainement, et nous nous trouvons dans une impasse logique.

Si vous pouvez accepter cinq raisons pour lesquelles vous ne devriez pas nourrir votre famille avec des produits bio, et que vous le faites encore, alors vous avez un sérieux problème à régler (en interne et avec les gens qui vous paient pour disséminer les absurdités).

C’est un problème qui mérite étude par les sociologues et les psychologues.