Avoir un enfant : un risque pour la santé de la femme ?

La présence d’ADN fœtal dans certains cancers révèle-t-elle un danger pour les femmes ?

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mother & child credits George Sharp via Flickr ( (CC BY-NC 2.0)

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Avoir un enfant : un risque pour la santé de la femme ?

Publié le 3 septembre 2015
- A +

Par Jacques Henry.

mother & child credits George Sharp via Flickr ( (CC BY-NC 2.0)
mother & child credits George Sharp via Flickr ( (CC BY-NC 2.0)

Les progrès analytiques dans le domaine de la biologie moléculaire ouvrent toutes sortes de perspectives qui, il y a encore à peine dix ans, étaient inenvisageables. L’une des dernières remises en question est ce qu’on appelle en termes savants le « microchimérisme » chez la femme enceinte. Il s’agit de l’invasion d’un certain nombres d’organes par des cellules fœtales qui traversent la barrière placentaire pour aller s’installer dans le cerveau, la thyroïde ou les glandes mammaires. Ce processus de transfert cellulaire existe dans l’autre sens, de la mère vers le fœtus, mais à un bien moindre degré. Durant la grossesse, comme le système immunitaire de la mère est affaibli afin de ne pas rejeter ce corps étranger qu’est le fœtus, ces cellules ne sont pas rejetées systématiquement. Ce n’est qu’après l’accouchement que l’organisme maternel se charge de se débarrasser du maximum de cellules fœtales, toutes en provenance du placenta.

Quel est l’intérêt de ces transferts cellulaires pour la mère et le fœtus ? Ce n’est pas très simple à comprendre mais on suspecte qu’il s’agit d’un phénomène évolutif ayant apparu lors de l’apparition des mammifères placentaires il y a environ 160 millions d’années. Les mammifères placentaires étant l’une des formes les plus sophistiquées de l’évolution il en est résulté une imbrication extraordinaire entre l’utérus et le placenta et d’ailleurs ce transfert de cellules débute au tout premier stade du développement du placenta. Malgré le fait que la mère est littéralement inondée d’hormones gonadotropes en provenance du placenta et dont le rôle est de maintenir un taux élevé de progestérone dans le sang et de diminuer la réponse immunitaire, cette invasion de cellules fœtales devrait en toute logique avoir une finalité dans le processus de la grossesse.

(Tug-of-war se traduit par conflit ou duel)
(Tug-of-war se traduit par conflit ou duel)

Pour le moment les avis divergent car les hypothèses sont pour le moins contradictoires. Ces cellules fœtales peuvent tout simplement être délétères pour la mère en entraînant des phénomènes d’inflammation. Elles peuvent aussi être considérées comme des cellules souches qui participent à des processus de réparation des tissus endommagés chez la mère et enfin l’hypothèse la plus plausible serait qu’il s’agit d’un accident de la nature, la barrière placentaire n’étant pas aussi hermétique qu’on le croit communément.

Pour ce qui concerne l’ « installation » de cellules fœtales au niveau de la thyroïde, l’explication la plus évidente serait que ces cellules participent à la régulation de la thermogenèse de la mère au cours de la grossesse. Au niveau du système immunitaire ces cellules « habitueraient » la mère à supporter le corps étranger que constitue le fœtus. Au sujet de l’invasion du cerveau, on peut spéculer sur un rôle éventuel de ces cellules au niveau de l’activité de l’hypothalamus et de l’hypophyse. Quant aux glandes mammaires il n’y a pas d’explications rationnelles puisque la prolactine se charge de stimuler la croissance de ces glandes pour assurer la lactation.

Ce que les techniques modernes d’analyse ont montré c’est la présence d’ADN fœtal étranger à la mère dans de nombreux tissus cancéreux bien après une grossesse. Ceci prouverait que quelques cellules fœtales survivent au nettoyage immunitaire qui a lieu après la naissance et non seulement elles survivent mais se multiplient pendant longtemps. Dans le cerveau des souris on a même montré qu’elles se différenciaient et s’intégraient aux circuits neuronaux car il ne faut pas oublier que les cellules fœtales provenant du placenta sont d’origine embryonnaire et peuvent donc parfaitement se différencier !

Dans une forme de cancer du sein dit HER-2, HER étant l’abréviation de « human epidermal growth factor receptor », cancer très agressif, on a retrouvé de l’ADN fœtal masculin dans de nombreux cas mais pas systématiquement, résultat qui laisse donc planer un doute quant à la participation des cellules fœtales dans l’apparition de ce type de cancer. En ce qui concerne la thyroïde, la situation paraît plus évidente car on a identifié la présence d’ADN d’origine fœtale dans des cas de thyroïdite (Hashimoto) et pour la maladie de Graves. La maladie d’Hashimoto est suspectée d’origine autoimmune mais il est étrange qu’on retrouve de l’ADN fœtal dans une incidence significative. Pour ce qui est de la maladie de Graves, un hyperthyroïdisme caractéristique, également considéré comme une maladie autoimmune, la présence d’ADN fœtal a aussi été notée… Enfin, pour conclure cette revue un peu inquiétante, dans certaines formes d’arthrite rhumatoïde la présence d’ADN fœtal d’origine masculine, donc de cellules fœtales d’enfants mâles, a été à de nombreuses reprises détectée en quantités significatives et dans certaines tumeurs pulmonaires c’est aussi le cas par rapport au tissu sain du même patient.

Si ce type de résultat semble effrayant, il faut tout de même modérer cette approche et ses conclusions. En effet l’organe le plus exposé aux cellules fœtales est le poumon puisque le sang revenant de l’utérus est immédiatement réoxygéné dans cet organe. Or l’incidence de cancers du poumon associés à la présence d’ADN fœtal ne permet pas d’établir une relation de cause à effet claire. De plus de nombreuses formes de cancer produisent des cellules qui présentent souvent toutes les caractéristiques de cellules embryonnaires ou fœtales. Il faut donc s’entourer de précautions quand on lit ce genre de revue alarmante en provenance de l’Université d’Arizona à Tempe mais qui a créé une petite salve d’articles soulevant l’émotion des lecteurs, c’est souvent le but que recherchent des journalistes totalement dénués de sens critique.

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  • désolé de ma question aussi basique après ce brillant exposé, mais :
    sur une population donnée, quelle est l’espérance de vie des femmes avec enfant(s) et des femmes sans enfant ?

    • Google est ton ami :

      « La vie familiale joue un rôle protecteur face au décès : la mortalité est toujours plus forte pour les femmes n’ayant jamais vécu en couple et celles n’ayant pas eu d’enfant. La mortalité diminue avec le nombre d’enfants mis au monde, sauf pour les femmes les plus fécondes.
      Les femmes ayant eu trois enfants ont un risque de décès de 10 % inférieur au risque moyen de décès de l’ensemble des femmes. En revanche, les femmes ayant eu au moins cinq enfants ont une mortalité proche de celle des femmes sans enfant. »

      http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP892.pdf
      _____
      Pas sûr qu’il y ait un lien de causalité avec le nombre d’enfants.

    • @Koriaendre
      pas certain que la réponse à votre question de bon sens apporte un éclairage important .

      Pour un lien de causalité, il faut pouvoir comparer 2 groupes le plus homogène possible, ce qui nécessite des études compliquées à faire et malgré tout souvent contestables en raison du nombre de facteurs connus ou non pouvant intervenir.
      Par exemple une femme célibataire qui fume, sort tous les soirs,boit, mange au resto,a plusieurs partenaires sexuels, etc…, n’a pas les mêmes risques qu’une mère de famille bien « rangée » qui prend soins de sa santé. Et on peut facilement penser que les groupes mère de famille et femme sans enfant, ne sont pas superposables

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