Le féminisme à l’épreuve des sciences comportementales

Instrumentalisées politiquement par la droite identitaire, les sciences du comportement pourraient pourtant servir la cause féministe.

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Le féminisme à l’épreuve des sciences comportementales

Publié le 17 mai 2023
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Une polémique est née sur les réseaux sociaux et dans les médias. Thaïs d’Escufon, influenceuse de droite, a publié un fil Twitter dénonçant les méfaits du féminisme. Elle s’appuie pour ce faire sur des études scientifiques et sociologiques issues de la science officielle, c’est-à-dire celle qui utilise la méthode scientifique pour parvenir à ses conclusions. Chacun des tweets du fil atteint les 200 000 vues.

En réponse, L’Express, sous la plume d’Alix L’Hospital, a publié une analyse qui décrit l’instrumentalisation des neurosciences et de la génétique du comportement par l’extrême droite, dans des domaines aussi larges que le féminisme, l’immigration et la supériorité de la civilisation européenne.

« Thaïs d’Escufon, Julien Rochedy… Quand les influenceurs d’extrême droite instrumentalisent la biologie »

Si nous adhérons à ce postulat, il faut néanmoins insister sur l’importance des disciplines comme la biologie, la psychologie évolutionniste, etc. dans notre compréhension des rapports homme/femme. Pour le dire simplement, cette instrumentalisation politique ne doit pas condamner par association tout un ensemble de disciplines tout à fait sérieuses et intéressantes.

En effet, contrairement aux différences génétiques entre les groupes ethniques, une “génétique du genre” bien comprise possède un intérêt réel, à condition, à nouveau, de ne pas lui faire dire n’importe quoi…

 

Génétique du genre, génétique des groupes ethniques

Alors, bien conscients des tentatives d’instrumentalisation de la science par la droite identitaire, tentons d’aller plus loin et examinons ce que dit vraiment cette science sur les différences innées entre hommes et femmes.

De nombreuses expériences et études mettent en évidence ces différences en s’attachant, bien entendu, à s’affranchir du contexte culturel, c’est là toute la difficulté de leur mise en œuvre. Un chapitre entier de l’ouvrage de Steven Pinker Comprendre la nature humaine est consacré aux différences hommes, femmes (chapitre 18, p.399 : Hommes et femmes). De très nombreux chercheurs en neurosciences cognitives, sociobiologie, génétique du comportement, biologie et psychologie évolutionnistes, dont beaucoup sont des femmes, confirment que « contrairement à d’autres catégories humaines comme la race et l’appartenance ethnique, où les différences biologiques sont tout au plus mineures et scientifiquement sans intérêt, il est impossible d’ignorer le sexe dans la science de l’être humain ».

En effet, les variations génétiques entre les individus sont beaucoup plus importantes que la moyenne des variations entre deux groupes ethniques. S’intéresser aux différences génétiques moyennes entre deux groupes ethniques ne présentent que très peu d’intérêt tant les écarts sont minimes.

En revanche, les différences génétiques entre les hommes et les femmes sont avérées, constantes, et induisent des différences physiologiques et hormonales. Ainsi, par exemple, les hommes ont plus de neurones et les femmes plus de matière grise à égalité de masse corporelle. Il est de nombreux domaines où ces différences n’ont aucune conséquence : niveau moyen d’intelligence, maîtrise du langage, émotions de base, népotisme, sont des caractéristiques communes aux deux sexes.

Par contre, les hommes s’intéressent plus aux objets, les femmes aux relations humaines et leur sexualité ainsi que les manifestations de leur agressivité sont différentes. Ces constatations ne doivent pas nous faire oublier que la culture, le milieu social, l’éducation, ont également une influence importante sur la place occupée par les femmes dans la société. Dans le débat sur les influences respectives de la nature et de la culture, aucun des paramètres ne doit être écarté à priori.

Si la génétique contredit les positions de la droite identitaire sur l’immigration et sur les groupes ethniques, Thaïs d’Escufon croit y trouver une alliée pour son combat politique. Rien n’est plus faux.

 

Féminisme de l’équité, féminisme du genre

Car le principal reproche que l’on peut faire au pamphlet de Thaïs d’Escufon est le regroupement sous une même appellation des différentes composantes du féminisme. Elle critique et combat  « le féminisme » mais ne fait aucune distinction entre les deux grands courants du féminisme, à savoir le féminisme de l’équité et le féminisme du genre. (cf Who stole feminism ? de Christina Hoff Sommers)

Le féminisme de l’équité (ou féminisme de première et deuxième vague), héritier des Lumières, réclame l’égalité en droit et l’égalité des chances entre hommes et femmes sans nier leurs possibles différences.

Le féminisme des genres (féminisme de troisième vague, néoféminisme…), héritier du postmodernisme, nie les différences biologiques entre les hommes et les femmes et affirme que la condition féminine est socialement construite dans le but de renforcer le pouvoir masculin. Le féminisme des genres nie la science en général et constitue une aubaine extraordinaire pour la droite identitaire qui peut librement exploiter les avancées des neurosciences cognitives à son avantage.

Alors, peut-on affirmer, comme Thaïs d’Escufon que « loin de rendre les femmes plus heureuses et émancipées, le féminisme a détruit et continue de détruire la vie de millions d’individus. » ? Certainement pas. Le féminisme de l’équité a émancipé des millions de femmes, leur a permis de voter, de posséder un carnet de chèques, de travailler et d’accéder, si elles le veulent, à toutes les fonctions exercées auparavant par les hommes. C’est d’ailleurs grâce au féminisme de l’équité que Thaïs d’Escufon peut s’exprimer librement sur des réseaux sociaux sans avoir besoin d’une approbation masculine.

Le féminisme de l’équité combat les stéréotypes, tout en ne niant pas ce principe fondamental de la répartition en cloche des traits de caractère divergents des hommes et des femmes. C’est-à-dire que pour un trait de caractère dans lequel les hommes sont statistiquement meilleurs, par exemple la rotation mentale d’objets dans l’espace, certaines femmes feront mieux que la majorité des hommes. À l’inverse, pour les traits de caractère dans lesquels les femmes sont généralement meilleures, comme le calcul, l’orthographe, ou la mémoire verbale, on trouvera des hommes qui font mieux que la majorité des femmes.

Il n’y a donc aucune raison de restreindre ou de diriger les choix de vie des femmes ou des hommes vers la moyenne des caractéristiques comportementales de leur groupe, ce qu’Alix L’Hospital décrit comme « la réaffirmation d’un schéma familial reposant sur des rôles sexués » ; mais il n’y a pas non plus de raison de le leur interdire.

Le féminisme de l’équité a contribué à redonner aux femmes l’estime de soi, le féminisme du genre veut, à marche forcée, « faire de la femme un homme comme les autres ».

 

L’impasse du féminisme du genre

S’il est incontestable que les femmes ont été victimes de discrimination dans le passé et que de nombreux progrès restent à faire, le féminisme du genre refuse obstinément de tenir compte des remontées de la science sur les différences innées entre les sexes.

Ce refus a plusieurs conséquences. Toute différence de résultat dans l’accomplissement professionnel ou dans le niveau de salaire est interprété comme une discrimination insupportable qu’il faut corriger à tout prix. Si les femmes n’intègrent toujours pas les filières scientifiques, cela veut forcément dire que leur environnement social les empêche de s’y intéresser.

Si les femmes ont des revenus plus faibles que les hommes, c’est qu’une discrimination est à l’œuvre dans les écarts constatés. Les choix de vie des femmes ne sont pas pris en compte ou sont supposés découler de leur aliénation. Les féministes du genre savent mieux que les femmes ce qui est bon pour elles.

Leur refus obstiné de prendre en compte les résultats des recherches en psychologie et en biologie évolutionniste, leur rejet des neurosciences en général, aboutissent nécessairement à un dirigisme néfaste. On oblige des hommes et des femmes à renoncer à des filières qu’ils aiment et dans lesquelles ils s’épanouissent, pour les forcer à suivre des voies qui ne les satisfont pas et dans lesquelles ils ne pourront s’accomplir.

Le féminisme contemporain est en grande partie dominé par les féministes du genre. Ses militants sont actifs dans les universités, sur les réseaux sociaux, dans la presse et même dans les grandes entreprises qui vivent sous la menace permanente de leurs dénonciations et de leurs campagnes de harcèlement.

On se souvient de l’affaire James Damore, ce jeune ingénieur renvoyé de Google pour avoir publié un mémoire, ô combien mesuré et prudent, dans lequel il suggérait que la sous-représentation des femmes chez Google, notamment aux postes d’ingénieurs, pouvait être liée à des différences innées entre les sexes. Il poursuivait en indiquant que la politique de quotas menée par l’entreprise pouvait avoir pour conséquence de rendre tout le monde malheureux.

Cette situation de conflit larvé exacerbe les oppositions. D’un côté des militants d’extrême droite instrumentalisent des disciplines pourtant très sérieuses, comme la psychologie évolutionniste, de l’autre le féminisme du genre les nie. C’est regrettable, car les recherches en la matière ont beaucoup à nous apprendre sur la nature des relations entre les hommes et les femmes, mais aussi sur le fonctionnement des individus et des sociétés humaines.

Contre le « tout culture » des féministes du genre, et contre les sophismes d’appel à la nature de l’extrême droite identitaire, une lecture honnête et impartiale des travaux de ces disciplines nous invite plutôt à dépasser le vieux débat nature/culture pour lui substituer une approche dialectique. Un individu est autant le produit de sa biologie que de son environnement. Il est stérile de vouloir séparer et isoler les deux domaines, tant ils interagissent constamment.

Alors, si Thaïs d’Escufon cite des études pertinentes, elle apporte des conclusions complètement fallacieuses et elle escamote le rôle de la culture dans les inégalités entre les sexes. La solution qu’elle suggère : « nos ancêtres n’étaient-ils pas plus heureux grâce au patriarcat européen que nous avons oublié ? » démontre qu’elle nie, de son côté, le déblocage culturel opéré par le militantisme féministe.

Disons-le clairement : il y avait bien des verrous sociaux à la relégation des femmes ; ces verrous imputables au patriarcat européen ont partiellement sauté, grâce aussi aux féministes du genre, et on ne fera pas machine arrière, il reste même beaucoup de travail à accomplir.

Il est clair qu’on ne reviendra pas sur les acquis du féminisme et que les institutions devront poursuivre le travail entrepris pour combattre les préjugés et les stéréotypes. Pour ce qui est des quotas et de la masculinisation forcée de la vie des femmes, les féministes de l’équité doivent absolument s’emparer des résultats de la science, ne pas la laisser à l’usage exclusif de l’extrême droite, et agir en fonction de son éclairage. Il ne s’agit pas ici de passer d’un tout culturel à un tout biologique, mais de tenir compte de tous les facteurs qui influencent nos choix, pour qu’un féminisme réaliste puisse faire entendre sa voix.

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  • « Un individu est autant le produit de sa biologie que de son environnement. »
    Je pense que Bruce/Brenda/David Reimer ne serait pas tout à fait d’accord avec vous vu ce que son environnement lui a fait subir pendant 14 ans.

  • Excellent article. Les deux féminismes décrits le sont rigoureusement (j’y aurais ajouté un troisième féministe, plus essentialiste, expliquant que la femme, c’est mieux que l’homme). La ré-articulation nature-culture, si opiniâtrement négligée dans le débat public et les travaux universitaires, est réhabilitée. Bravo.

  • Cher Alain, quel condensé de contre-vérités, non Thaïs d’Escufon n’est pas d’extrême droite, faudrait-il encore savoir ce que ce terme signifie. Si tu pense que la femme vit de la même manière en France, aux USA, au Japon, en Côte d’Ivoire et au Chili tu n’as rien compris. Oui bien sûr que génétiquement un homme est différent d’une femme, le théorie de genre n’y changera jamais rien. Dire que les théories qui s’appuient sur des moyennes ne signifient rien parce que dans chaque catégorie il y a des exceptions est aussi une grosse bêtise. Oui les différences de salaires s’expliquent et non pas se justifient, parce que les femmes choisissent volontiers des métiers liés à l’humain dans lesquels malheureusement la valeur ajoutée est moins importante. Cela est d’ailleurs en voie de changement malgré les politiques d’Etats qui sont bien heureux de maintenir ces métiers dans une relative pauvreté (voir la santé en France). Oui je suis toujours « libéral » Alain alors que toi tu ne l’as jamais été. Amicalement dit quand même.

    • Si TdE, ex-porte-parole de la dissoute Génération identitaire, n’est pas d’extrême-droite, alors qu’est-ce ?
      Notez que, sous ma plume, ce n’est pas une insulte. Mais une incitation à se décrire tel qu’on est.
      Il faut être soi-même pour pouvoir s’aimer (Marc Levy)

  • Si on écoute les militants, on a obligatoirement une vision fausse ou une vision partielle de la réalité. Si vous êtes une personne ordinaire comme moi, qui vit au milieu de gens ordinaires, alors ce sujet comme hélas d’autres paraît extraordianaire.

  • Avatar
    jacques lemiere
    17 mai 2023 at 13 h 55 min

    montrez moi une injustice subie par un individu causé par un autre ou un groupe d’autre et ok…

    vos voyez deux definition a féminisme c’est déjà une de trop pour avoir une discussion rationnelle..

    Le fait est que pour des raisons culturelles et biologiques et je ne traite pas une femme comme un homme… quant à faire la part des choses pour savoir si je suis un un oppresseur et doit donc est puni…MERDE…

    • Avatar
      jacques lemiere
      17 mai 2023 at 17 h 20 min

      donc j’opprime qui ? et comment???
      notre culture est sexiste mais notre culture est partagée par les hommes et les femmes..
      donc…les femmes sont aussi machistes que les hommes

      autant le féminisme faisait sens quand les femmes étaient traitées comme des non citoyens par l’état autant le combat féministe actuel est assez flou il apparait même parfois contradictoire .. je vois des lois qui favorisent les femmes..et en féministe je voudrais les abroger…

  • C’est L’Hospital qui se moque de la chérie Thais !

  • Pour commencer, nous rappellerons que nous sommes la même espèce (et que Neanderthal et Denisova, avec qui nous nous sommes bien mélangés, sont tellement proches …).
    L’assertion « En effet, les variations génétiques entre les individus sont beaucoup plus importantes que la moyenne des variations entre deux groupes ethniques. S’intéresser aux différences génétiques moyennes entre deux groupes ethniques ne présentent que très peu d’intérêt tant les écarts sont minimes. » est quand même sujette à caution.
    Les analyses génétiques de concordance se font déjà sur un nombre limité de gênes et de séquences de bases azotées, le reste n’ayant pas un grand intérêt et prendrait un temps immense (on va y venir progressivement mais les analyses tant techniques que scientifiques vont encore nous donner du fil à retordre – cf l’excellent cours de paléogénominique du Collège de France qui est donné depuis 3 ans par L. Quintana-Murci).
    Ce qu’il faut entendre, c’est que des différences génétiques peuvent être supérieures entre des individus voisins par rapport à une moyenne faite sur des individus d’ethnies lointaines les unes des autres, vu qu’il y a des différences énormes. »
    Votre assertion signifierait qu’il faudrait jeter à la poubelle la police scientifique, les recherches génétiques familiales et malheur suprême la quasi-totalité des recherches en génétique des populations, paléogénétique, etc. … Si votre enfant est plus loin de vous que les habitants des antipodes …
    Pour le patriarcat européen et/ou judéo-chrétien, on rappellera qu’il débute avec le sacrifice d’Abraham, a progressivement éradiqué tous les sacrifices religieux et politiques (jusqu’aux Aztèques…), pratiques dont les femmes et les enfants étaient les premières victimes et les plus nombreuses, et que certaines pratiques récentes (et néanmoins archaïques) il y a 80 ans semblent avoir remis au « goût » du jour. Tous les nouveaux boucs émissaires sont des symptômes de temps mauvais et très régressifs …

  • Les femmes ne se sont plaintes qu’au jour où on leur a fait croire qu’en réclamant avec virulence, elles auraient ce dont les hommes profitent largement et impunément. Elles n’ont fait au mieux que s’asseoir aux mêmes places, la valeur ajoutée restant à prouver. J’ai travaillé assez longtemps dans deux grosses sociétés industrielles où les hommes étaient prépondérants. Ai-je vu des hommes plus heureux que leurs compagnes ? Non. Ai-je vu des hommes avoir le même salaire pour le même travail et la même qualification (« même grille » interprofessionnelle) ? Non. Chacun est jugé, on l’oublie souvent, selon une appréciation hiérarchique. Chacun a donc son problème et il y a autant de conflits que d’individus, mâles comme femelles. J’ai remarqué sans peine qu’on gémit plus dans les bureaux que dans les ateliers. Je suis d’accord qu’on peut vouloir adapter la « fragilité » féminine ou au moins la versatilité de sa nature, à un même niveau de salaire, si toutefois les finances l’autorisent. Il nous faudrait alors nécessairement instaurer le vieux principe de la « parabole des talents » où on demanderait de rapporter davantage, en proportion, à celui qui a été favorisé par ses facultés naturelles. On s’aperçoit qu’on s’obligerait à changer le paradigme qui soutient nos actuelles sociétés économiques ! On peut donc effacer après l’idée utopique de Liberté, celle de l’Égalité qui n’existera jamais. Ces deux notions, on le constate sans beaucoup de réflexion, mettent à mal de facto l’idéal de Fraternité. Ceci explique sans doute cela.

    • @Calixte
      Bonsoir,
      La Lliberté n’est qu’une utopie pour ceux qui n’en veulent pas pour autrui et qui la combattent. Elle est définie dans la DDHC de 1789.
      L’Egalite est celle en Droits et seulement en Droits. (Article 1 de la DDHC de 1789).
      Quant à la Fraternité, elle est naturelle chez la plupart des gens. C’est vrai que quand on a du mal à finir les mois, on est moins enclin à la générosité (en particulier quand un régime socialiste donc spoliateur est en place). La Fraternité, c’est comme chez les motards : quand un motard est arrêté sur le bas côté, un autre motard s’arrête pour porter assistance s’il le peut et/ ou si c’est nécessaire.
      Quand des politiciens, des militants politisés, s’acharnent pendant des décennies à étruire la Nation, la Fraternité en prend un coup car plus personne ne se sent dans la même fratrie « France ».

  • On aimerait que vous argumentiez un peu plus sur les bienfaits du féminisme du genre, plutôt que de pontifier contre cette extrême droite fantasmée et caricaturée.

  • Étrange article. L’auteur reproche à une « influenceuse de droite », voire « d’extrême droite » selon ce qu’il rapporte de L’Express, de rejeter en bloc le « féminisme », sans tenir compte de ses, selon lui, deux composantes, le féminisme qu’il qualifie de l’équité (égalité en droit et égalité des chances), et le féminisme qu’il qualifie du genre (négation obsurde des différences biologiques entre les sexes). On passera sur l’extrême droite (honnie), fourre tout dans lequel les gens au pouvoir et ceux qui s’estiment « à gauche » placent tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, révélant ainsi leur intolérance fondamentale au pluralisme, pour se concentrer sur les différentes composantes du féminisme. L’égalité en droit (droit de, droits légitimes, mais aussi droit à, droits illégitimes ne pouvant être obtenus que par la négation des premiers) ayant été obtenue depuis plusieurs décennies en occident, le féminisme de l’égalité des droits n’y a plus de raison d’être et a donc logiquement disparu. Aujourd’hui, le féminisme se réduit donc à celui de l’égalité des chances et à celui de la négation des différences biologiques entre les sexes, mutuellement exclusifs l’un de l’autre, et l’influenceuse incriminée est donc légitime à parler du féminisme dans sa définition actuelle. La négation des différences biologiques entre les sexes devrait logiquement conduire à la fermeture de tout débat concernant les sexes et à l’éradication des mots homme, femme, fille, garçon, masculin, féminin. Un mot spécifique n’a de raison d’être que s’il désigne quelque chose qu’on peut différentier du reste. La négation des différences entre les sexes devrait logiquement conduire à la suppression du féminisme, on peut à ce titre affirmer qu’elle est anti féministe. Reste l’égalité des chances, concept indéfinissable et donc innategnable, ce qui en fait un prétexte parfait pour des attaques incessanted contre l’égalité en droit.

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Pierre Valentin est diplômé de philosophie et de science politique, ainsi que l'auteur de la première note en France sur l'idéologie woke en 2021 pour la Fondapol. Il publie en ce moment Comprendre la Révolution Woke chez Gallimard dans la collection Le Débat.

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