Égalitaristes : le syndrome de la noyade ?

Les questions qui révèlent l’aveuglement du gouvernement lors de la matinale de l’économie de jeudi dernier.

Un intérêt de la matinale de l’Économie présentée jeudi 16 avril dans la grande salle de l’Assemblée nationale sous le patronage de Claude Bartolone président de l’Assemblée nationale a été l’apparition de ce qu’on peut appeler le syndrome de la noyade par les égalitaristes, Thomas Piketty en tête.

Par Bernard Zimmern.

Thomas Piketty credits News blu.org  (CC BY-SA 2.0)
Thomas Piketty credits News blu.org (CC BY-SA 2.0)

 

Au travers des questions posées par l’assistance et il est vrai sélectionnées, et des réponses souvent embarrassées, émerge l’impression que le grand thème de la gauche du progrès résidant dans la redistribution a vécu.

Impression certes très probablement prématurée mais impression tout de même

Ce n’est pas demain que la fiscalité reviendra à ce qu’on peut appeler la normalité, le bon sens, la combinaison de la nécessité de collecter des impôts avec cette évidence que trop d’impôt tue la croissance, donc l’impôt. Tant que les membres de notre direction de la législation fiscale sortiront exclusivement de l’ENA ou de la direction des impôts, il y a peu de chance pour que les réalités de l’économie et de la croissance reprennent la place qui devrait être la leur.

Mais il est déjà intéressant de noter que les égalitaristes ont cessé de se croire engagés dans une croisade pour plus d’égalité.

Ce qu’on entendait dans ce colloque sortir de la bouche des augures de la gauche, c’était : tout est relatif, il faut prendre une leçon de l’histoire et ne pas tomber dans le dogmatisme.

Il est assez marquant que la première question posée par la salle après les exposés, question, nous le répétons, filtrée, était : faut-il laisser les milliardaires se développer (et développer leurs fondations) ?

Et il est vrai que les milliardaires sont une des grosses épines dans la chaussure des égalitaristes parce que, comme nous l’avons souvent dit, les milliardaires sont milliardaires parce qu’ils ont créé des entreprises, ils ont créé de la richesse là où il n’y avait rien ou peu précédemment. 67% des milliardaires de la liste annuelle Forbes sont nés pauvres ou peu riches et sont devenus milliardaires par leur génie et leur travail ; et si l’on ajoute leurs parents ils sont 90%. C’est ce qui trouble le plus les égalitaristes car cela démontre que les inégalités ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, si à leur origine réside le succès industriel le plus souvent associé à la création d’emplois.

Thomas Piketty y a répondu en célébrant les fondations dont l’École Économique de Paris, qu’il a contribué à créer, est l’une des bénéficiaires, mais en ajoutant que le don ne devait pas remplacer l’impôt.

La seconde question portait sur le rôle de l’innovation. Difficile de ne pas l’encourager, mais qui dit innovation suppose implicitement qu’il n’y a pas de bonne innovation sans bon financement et que celui-ci manque manifestement en France, provoquant ainsi un mouvement de retrait de Piketty vers un des lieux communs, l’éducation ; et de dénoncer qu’en Europe, Erasmus ne dispose que de 2 milliards d’euros, à comparer avec les fleuves d’argent qui circulent via les fondations dans les universités américaines restées les premières du monde.

Autre question assez clivante : y a-t-il de bonnes inégalités ? La réponse très éclairante de Thomas Piketty fût qu’il n’y a pas de formule, chacun s’en faisant une idée à partir de l’histoire.

Assez remarquable de ce mouvement de recul fut l’absence des grandes tirades sur la nécessité de réduire les inégalités en accroissant les impôts.

On avait vraiment le sentiment que l’exemple de la France qui sombre et du chômage qui ne cesse d’enfler ont fait remiser au vestiaire les discours enflammés vers plus d’égalité. Le chômage fut même dénoncé par un des conférenciers comme la pire des inégalités. Certes, ont été citées les publications du FMI qui aurait fait de la lutte contre les inégalités son nouveau thème, en démontrant qu’en 2014 plus de redistribution (donc plus de prélèvements sur les plus riches) n’a eu aucun effet sur la croissance.

Il fut à peine repris du bout des lèvres l’idée que les inégalités réduisent la croissance, conclusion d’un rapport de l’OCDE qui n’a même pas été cité ; au contraire, la réaffirmation que dans certains cas les inégalités augmentent la croissance, et dans d’autres elles la réduisent. Seuls les extrêmes sont nuisibles : trop d’inégalités ou pas assez vont contre la société qui les héberge.

Le seul thème, heureusement encore loin d’avoir été épuisé, fut l’inégalité des genres, entre homme et femme, qui fut le premier exposé de cette matinée par une sociologue, thème repris par tous les participants de gauche en rappelant que c’était le domaine où il restait considérablement à faire (même s’il ne fut jamais question – Assemblée nationale oblige ? – de l’inégalité homme-femme dans les pays musulmans).

Et repris par tous les conférenciers l’assertion que le premier problème de la France était le chômage. Mais pour les solutions, silence, unanime.

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