Égalitaristes : le syndrome de la noyade ?

Les questions qui révèlent l’aveuglement du gouvernement lors de la matinale de l’économie de jeudi dernier.

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Égalitaristes : le syndrome de la noyade ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 21 avril 2015
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Un intérêt de la matinale de l’Économie présentée jeudi 16 avril dans la grande salle de l’Assemblée nationale sous le patronage de Claude Bartolone président de l’Assemblée nationale a été l’apparition de ce qu’on peut appeler le syndrome de la noyade par les égalitaristes, Thomas Piketty en tête.

Par Bernard Zimmern.

Thomas Piketty credits News blu.org  (CC BY-SA 2.0)
Thomas Piketty credits News blu.org (CC BY-SA 2.0)

 

Au travers des questions posées par l’assistance et il est vrai sélectionnées, et des réponses souvent embarrassées, émerge l’impression que le grand thème de la gauche du progrès résidant dans la redistribution a vécu.

Impression certes très probablement prématurée mais impression tout de même

Ce n’est pas demain que la fiscalité reviendra à ce qu’on peut appeler la normalité, le bon sens, la combinaison de la nécessité de collecter des impôts avec cette évidence que trop d’impôt tue la croissance, donc l’impôt. Tant que les membres de notre direction de la législation fiscale sortiront exclusivement de l’ENA ou de la direction des impôts, il y a peu de chance pour que les réalités de l’économie et de la croissance reprennent la place qui devrait être la leur.

Mais il est déjà intéressant de noter que les égalitaristes ont cessé de se croire engagés dans une croisade pour plus d’égalité.

Ce qu’on entendait dans ce colloque sortir de la bouche des augures de la gauche, c’était : tout est relatif, il faut prendre une leçon de l’histoire et ne pas tomber dans le dogmatisme.

Il est assez marquant que la première question posée par la salle après les exposés, question, nous le répétons, filtrée, était : faut-il laisser les milliardaires se développer (et développer leurs fondations) ?

Et il est vrai que les milliardaires sont une des grosses épines dans la chaussure des égalitaristes parce que, comme nous l’avons souvent dit, les milliardaires sont milliardaires parce qu’ils ont créé des entreprises, ils ont créé de la richesse là où il n’y avait rien ou peu précédemment. 67% des milliardaires de la liste annuelle Forbes sont nés pauvres ou peu riches et sont devenus milliardaires par leur génie et leur travail ; et si l’on ajoute leurs parents ils sont 90%. C’est ce qui trouble le plus les égalitaristes car cela démontre que les inégalités ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, si à leur origine réside le succès industriel le plus souvent associé à la création d’emplois.

Thomas Piketty y a répondu en célébrant les fondations dont l’École Économique de Paris, qu’il a contribué à créer, est l’une des bénéficiaires, mais en ajoutant que le don ne devait pas remplacer l’impôt.

La seconde question portait sur le rôle de l’innovation. Difficile de ne pas l’encourager, mais qui dit innovation suppose implicitement qu’il n’y a pas de bonne innovation sans bon financement et que celui-ci manque manifestement en France, provoquant ainsi un mouvement de retrait de Piketty vers un des lieux communs, l’éducation ; et de dénoncer qu’en Europe, Erasmus ne dispose que de 2 milliards d’euros, à comparer avec les fleuves d’argent qui circulent via les fondations dans les universités américaines restées les premières du monde.

Autre question assez clivante : y a-t-il de bonnes inégalités ? La réponse très éclairante de Thomas Piketty fût qu’il n’y a pas de formule, chacun s’en faisant une idée à partir de l’histoire.

Assez remarquable de ce mouvement de recul fut l’absence des grandes tirades sur la nécessité de réduire les inégalités en accroissant les impôts.

On avait vraiment le sentiment que l’exemple de la France qui sombre et du chômage qui ne cesse d’enfler ont fait remiser au vestiaire les discours enflammés vers plus d’égalité. Le chômage fut même dénoncé par un des conférenciers comme la pire des inégalités. Certes, ont été citées les publications du FMI qui aurait fait de la lutte contre les inégalités son nouveau thème, en démontrant qu’en 2014 plus de redistribution (donc plus de prélèvements sur les plus riches) n’a eu aucun effet sur la croissance.

Il fut à peine repris du bout des lèvres l’idée que les inégalités réduisent la croissance, conclusion d’un rapport de l’OCDE qui n’a même pas été cité ; au contraire, la réaffirmation que dans certains cas les inégalités augmentent la croissance, et dans d’autres elles la réduisent. Seuls les extrêmes sont nuisibles : trop d’inégalités ou pas assez vont contre la société qui les héberge.

Le seul thème, heureusement encore loin d’avoir été épuisé, fut l’inégalité des genres, entre homme et femme, qui fut le premier exposé de cette matinée par une sociologue, thème repris par tous les participants de gauche en rappelant que c’était le domaine où il restait considérablement à faire (même s’il ne fut jamais question – Assemblée nationale oblige ? – de l’inégalité homme-femme dans les pays musulmans).

Et repris par tous les conférenciers l’assertion que le premier problème de la France était le chômage. Mais pour les solutions, silence, unanime.

Sur le web

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  • Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée d’après Descartes.
    Sans doute un mauvais tirage pour claude bartolone et sa matinale de l’économie…

  • Et qu’ elle est la pire des innégalités??? Le smicard comparé à quelques millardaires ou les 30% de jeunes chomeurs français comparés à nos énarques???

  • L’égalitarisme est le socle du totalitarisme. Pour la gauche (terme qui désigne, toutes, sans exception, les composantes politiques), prôner l’égalité, c’est s’assurer une clientèle pour l’éternité, étant donné qu’il y aura toujours plus de riches que de moins riches ou pauvres.

    • Pourtant, c’est ce qu prône ce site
       »
      Nivellement par le haut
       »
      🙂

      • Il y a plusieurs façons d’interpréter le slogan de CP, c’est ambigu mais, personnellement, j’y vois une intention d’élever le débat. Ce site, pas plus qu’un autre, n’échappe à la réalité de ce monde…

      • il y a une différence entre l’égalité proné par ce site (égalité de droit) et l’égalité prôné par les égalitaristes (égalité de faits).

  • Ils ont bien évidemment peur de parler d’augmenter les impôts. Et donc la conclusion politicienne du Parti Socialiste Franco-français est que les autres pays et en particulier les US n’en payent pas assez.

    Assez incompatible cependant avec la stratégie économique de François Ubu Ier de Hollandie : attendre que les US relancent l’économie mondiale et la croissance pour ramasser les miettes.

  • Les bonnes inégalités sont les inégalités respectant la Justice.

    Les mauvaises inégalités sont les inégalités fondées sur l’injustice.

    La Justice étant le respect des droits fondamentaux (les droits de l’homme de 1789, les droits naturels quoi) de chacun.

    Si les inégalités sont justes, alors elles ne seront pas extrèmes.

  • « Et repris par tous les conférenciers l’assertion que le premier problème de la France était le chômage. Mais pour les solutions, silence, unanime ».

    La chute est terrible glaçante , ça me fait froid dans le dos.

    En fait dans ce billet l’impression est forte du déclin.

    Merci

  • Mr Piketty se trompe peut être, il part de pré-supposés sans doute mais je le trouve sincère et sympathique. Un homme de bonne volonté comme disait l’autre…

  • Vous êtes sûr de ce que vous avancez quant à l’origine de la richesse des milliardaires? Vous avez une étude ou une source éventuellement? Beaucoup des exemples qui me viennent en tête voient l’irruption dans le parcours de l’état dans les parcours. C’est inévitables me direz-vous, mais quand même, cette antienne si elle est évidemment vraie quant au talent individuel des entrepreneurs me semble poser quelques problèmes dès qu’on arrive à l’échelle supérieure.

  • Le plus étonnant, c’est de trouver des psychologues égalitaristes. Ils veulent mettre tout le monde sur la même ligne mais ne jamais tirer le coup de pistolet du départ car c’est ce coup de feu qui crée l’inégalité.

  • Le plus beau chez Picketty : la qualité du rétro-pédalage…
    Sa « note » sur son bouquin et les interprétations soit disant erronées qu’on a pu en faire (publiée dans l’American Economic Review, tout de même, on est oint du seigneur, que diantre) vaut son pesant de cacahouètes…
    http://piketty.pse.ens.fr/files/Piketty2015AER.pdf

    Le plus beau? En fait son livre serait essentiellement un livre sur l’histoire économique (c’est là où il dit le moins de bêtises donc a été le moins critiqué)… surtout valide jusqu’aux années 50. 1950 ! Et il veut nous faire avaler ça après l’avoir intitulé « le capital aux XXIe siècle ». Je ne sais pas combien de lecteurs se feront avoir, après tout même ma fille de 3 ans et demi sait que 1950 c’est le XXe siècle et que le XXIe commence en 2001 !

  • Les commentaires sont fermés.

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