La Loi Santé est en débat et les médecins sont en grève

Quelle est l’origine du mouvement d’humeur des médecins ?

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Médecine (Crédits : Adrian Clark, licence CC-BY-ND 2.0)

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La Loi Santé est en débat et les médecins sont en grève

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 avril 2015
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Par Bernard Kron.

medecine credits adrian clark (licence creative commons)
Médecine (Crédits : Adrian Clark, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

Mon livre Chirurgie, chronique d’une mort programmée décrit ce qui est en train d’arriver dans l’un de ses chapitres, « l’origine du mal » :

Les « ordonnances Juppé » de 1995/96, les mises aux normes, les trente-cinq heures, ont bouleversé l’organisation hospitalière.
Pour compenser la réduction du temps de travail, il faut créer 45 000 postes hospitaliers ! Le surcoût des Récupérations du Temps de Travail (RTT) est estimé à 3,5 milliards d’euros. Malheureusement l’hôpital sur-administré n’est plus vraiment géré et va devenir un navire incontrôlable, promis à un naufrage annoncé.

En 2002, c’est l’Internat qui subit le même sort que l’Externat. Il est remplacé par un simple cursus (l’ECN) qui reçoit 100% des étudiants en fin de cycle.

Les concours favorisaient un élitisme nécessaire à la qualité pour une grande médecine française, mais celle-ci était trop rebelle et les politiques, « en coupant les têtes », ont pesé lourdement sur cette qualité que les autres pays nous enviaient.

Les plans hôpitaux

Les plans hôpitaux lui succèdent en 2002, en 2007 et en 2012. La loi Hôpital, Santé, Patient, Territoires (HPST) de 2011, dite loi Bachelot, complète le dispositif de ces plans.

Elle est le prolongement du rapport du sénateur Gérard Larcher sur la réforme hospitalière de 2008. C’est cette loi qui prône les regroupements hospitaliers et la mutualisation des moyens en Communauté Hospitalière de Territoire (CHT) : elles seront au nombre de 300.

L’hypertrophie du domaine hospitalier va créer des monstres de plus de 100 000 mètres carrés qui ont peu à peu dévoré la majorité des cliniques privées. Les hôpitaux locaux de taille plus humaine concentrent alors leurs activités dans des soins de suite, de gériatrie ou sur des Service de Soins et de Réadaptation (SSR). Quant aux services de convalescents et des Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, les EHPAD, ils ressemblent parfois plus à des mouroirs qu’à des hôpitaux.

Les grands hôpitaux sont coûteux et difficiles à gérer du fait de graves dysfonctionnements. L’éloignement de la population entraîne de plus un surcroît de dépenses en véhicules sanitaires de transport, sans parler du sous-effectif médical qui impose des attentes interminables aux urgences. Les dépenses explosent.

La nouvelle gouvernance renforce les pouvoirs exercés par le directeur d’hôpital. Le conseil d’administration est transformé en conseil de surveillance. Cette évolution va participer à la crise et à la socialisation étatique du système de santé.

Ces réalités n’empêchent pas des projets pharaoniques de voir le jour tel le nouvel hôpital sud-francilien (HSF) : 110 000 mètres carrés. Il est encore plus gigantesque que les derniers nés que furent Strasbourg et Toulouse. Il regroupe l’offre de soins des hôpitaux Gilles de Corbeil-Essonnes, de Louise Michel d’Évry-Courcouronnes et Albert Calmette de Yerres.

Il comporte 1100 chambres et 26 blocs opératoires. Les malfaçons et les surcoûts de réalisation le rendent largement déficitaire avant même son ouverture. Le bail de partenariat public privé devait durer 30 ans.

Il prévoyait un loyer annuel indexé dont le coût annuel et la maintenance sont faramineux. Pour 2014 il devait être de 48 millions d’euros. Un accord forfaitaire a dû être conclu pour solder les paiements pour 80 millions d’euros.

L’hôpital sud-francilien reprendra à sa charge les coûts de maintenance. Comprenne qui pourra !

Les effectifs hospitaliers

La réforme de 1958 a permis de moderniser l’hôpital en créant le plein temps, mais l’a fait évoluer vers un système coûteux et sur-administré. Pour nombre de pathologies le résultat est souvent moins bon pour un coût plus élevé que dans les établissements privés. La pression sur le personnel infirmier pèse sur la disponibilité pour les soins compte tenu de toutes les obligations administratives

Le personnel hospitalier français compte plus d’un million deux cents mille salariés. Près de 40% sont des personnels purement administratifs. L’absentéisme y est marqué avec 11% des jours ouvrés, ce qui représente presque un mois par année d’activité. Les crédits affectés à leur remplacement représentent 5% de la masse salariale.

On compte 100 000 médecins dont 6 000 PU-PH. Il faut ajouter 30 000 non titulaires. L’hémorragie médicale que représenta dans les années 70 le départ de nombre de Chefs de Clinique vers le privé, conséquence de plans de carrières peu lisibles, a obligé ces hôpitaux à recruter des médecins qui ne sont pas issus de cursus diplômant.

Pourtant, nombre de postes restent vacants en chirurgie et en anesthésie car insuffisamment rémunérés face aux obligations.

Les pleins temps sont écartelés entre les tâches administratives, les réunions de Formation Médicale Continue (FMC) et celles de la Commission Médicale d’Établissement (CME).

Les congrès, la formation des internes, la présence et les communications dans les sociétés savantes sont incontournables mais sont un poids, faute de temps, pour maintenir la qualité des soins.

La bonne marche des services et la gestion d’une clientèle privée compliquent encore un peu plus les emplois du temps et l’évolution de leurs carrières.

La nouvelle gouvernance

Le plan national de santé ne pourra pas changer cette donne sans une profonde réforme organisationnelle. Les plans successifs ont mal cerné cette véritable descente aux enfers.

La concentration des plateaux techniques, des spécialistes, les RTT, les luttes syndicales et le gigantisme hospitalier en sont les principales raisons en aggravant la pénurie dans de nombreuses régions.

Pendant ce temps les cliniques regroupées dans des chaînes se restructuraient. Ce recentrage hospitalier découle de la fausse bonne idée de la mutualisation des hommes et des plateaux techniques.

L’école de Rennes, devenue l’école des Hautes Études de Santé Publique participe à cette évolution néfaste qui permet à certains directeurs de faire des carrières plus brillantes lorsqu’ils sont à la tête de ces nouveaux monstres.

Alors si l’accès aux soins est parfois difficile ce n’est pas la faute de la médecine libérale.

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  • L’argument des étatistes s’attaquant avec acharnement à la médecine libérale est généralement celui de la solvabilité de la clientèle que favoriserait le scandaleux monopole de la SS, soutenu par des mutuelles complices aux mains d’idéologues dogmatiques.

    C’est évidemment un argument fallacieux puisque, loin de la solvabiliser, le monopole appauvrit au contraire la clientèle des médecins à travers le vol des cotisations obligatoires dont une bonne partie est détournée de son objet, à savoir assurer la consommation de soins des cotisants.

    Non contents d’appauvrir les Français, les tenants de cette réforme tendent à fonctionnariser un peu plus la médecine, histoire que plus aucun professionnel du secteur n’échappe, même partiellement, à leur sujétion néfaste. Accessoirement, cette réforme contribue à la marche en avant de la collectivisation du pays, c’est-à-dire à sa destruction. L’absurdité de la réforme proposée (*) démontre que l’objectif poursuivi par les idéologues n’est pas la santé des Français. L’objectif est tout autre : plus aucune limite à leur pouvoir de spoliation ! La conséquence pratique en sera demain une perte de chance supplémentaire pour les malades, jusqu’à leur mise en danger, par le fait d’un service rendu toujours plus anémique, en situation de pénurie chronique, mais à un coût toujours plus astronomique. Le phénomène peut déjà être observé aujourd’hui et on ne compte plus les victimes du système.

    Quelles que soient ces réformes, qui devront être indistinctement abrogées le jour venu, la santé demeure un des 7 secteurs économiques à privatiser d’urgence.


    (*) : on n’oublie pas que pour bénéficier du tiers-payant, il faudra donner une autorisation de prélèvement. Bref, c’est le monde à l’envers.

    • « collectivisation du pays » c’est le terme précis. L’accélération est d’ailleurs fulgurante et ce dans tous les domaines, le moteur est toujours le même, la peur : du terrorisme, de la finance, des riches, des pauvres…, des étrangers, des sans ou avec papiers. Bref, la socialisation du monde, et de la France en particulier, est en marche de façon inéluctable, la clientèle est inépuisable et en constante augmentation de part même le foisonnement des mesures liberticides que décident tous ces régimes collectivistes.
      Chaque jour, les murs se resserrent, pas de beaucoup, suffisamment pour contraindre, assez lentement pour que chacun ait le temps de s’y habituer, c’est toute la magie du système.

  • Faudrait savoir : dans le secteur privé où joue la liberté économique, les regroupements, fusions etc sont monnaies courante, çà fait partie de la vie économique ; et dans le monde hospitalier public çà serait mal ? Précisément, c’est le manque de liberté – ou le trop plein d’Etat tutélaire et d’influence (connivence) politique locale qui empêchent bien souvent les regroupements nécessaires à des économies d’échelles, sans parler de la rationalisation de l’offre de soins.
    Quant au taux de 40 % de « purs administratifs » dans les effectifs des hôpitaux, il faudrait arrêter le foutage de gueule ! Renseignez vous avant de dire n’importe quoi (un hôpital de type CHU tourne à 12 % au maximum, et encore, là-dedans vous avez toutes les secrétaires médicales et les admissionnistes qui sont aussi au contact direct des patients)
    Bref : la connerie ne sert pas le libéralisme.

    • Effectivement l’auteur ne cite pas l’origine de ses chiffres alors que ceux de Eric N viennent tout droit du ministère de la santé…
      Je ne sais qui a raison (la police ou les organisateurs…) mais de là à parler de connerie…

      • Connerie = médisance, agressivité gratuite, fatuité, bêtise

        C’est comme le bon sens, chose au monde la mieux partagée – car chacun pense en avoir son compte.

        Exemple : feindre de mettre à égalité mes chiffres et ceux de l’auteur de l’article, tout en les dénigrant pour être « ceux de la police »…

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