Ecomouv’ et autoroutes : deux fiascos de l’État gestionnaire

Portique écotaxe sur une autoroute française (Crédits : Murielle29, licence Creative Commons)

Ecomouv’ et les concessions d’autoroutes illustrent un fait malheureusement bien connu : l’État est un piètre gestionnaire.

Par Michel Albouy

Portique écotaxe sur une autoroute française (Crédits : Murielle29, licence Creative Commons)

L’écotaxe, décidée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008, devait permettre de faire évoluer les pratiques en matière de transport en « désincitant » à utiliser le transport routier. La cession des autoroutes devait contribuer au désendettement de l’État. Ces deux politiques publiques ont tourné au cauchemar pour l’État qui se révèle une fois de plus mauvais gestionnaire.

Coût de la petite aventure de l’écotaxe : plus de 2 milliards pour le contribuable

Comme chacun sait, l’écotaxe a été abandonnée par le gouvernement sous la pression des « bonnets rouges » bretons, qui s’estimaient lésés par la mise en place de ce prélèvement censé financer les infrastructures de transport. L’État a alors proposé de remplacer l’écotaxe par un péage (géré par la société Ecomouv’) de transit poids lourds. Ce projet fut également abandonné devant la fronde des transporteurs routiers.

ségolène portique écotaxe rené le honzecLe 31 décembre 2014 les contribuables français apprenaient, comme cadeau de Noël, que la société Ecomouv’ chargée de récolter le miel de l’écotaxe allait recevoir 839 millions d’euros pour cause de rupture de contrat. Finances publiques au sec obligent : l’indemnité devrait être payée sur 10 ans. Les contribuables n’ont donc pas fini de régler la note ! Mais les contribuables ne vont pas être les seuls à payer. Les salariés d’Ecomouv’ vont également souffrir de la légèreté de l’État gestionnaire. En effet, la cessation d’activité de cette entreprise, dont le seul tort fut de croire à l’État et ses promesses, va entraîner le licenciement de ses quelque deux cents salariés. Dans d’autres situations – notamment celles n’impliquant que des acteurs privés – on aurait vu l’État et ses serviteurs monter rapidement au créneau et dénoncer la mauvaise gestion des entreprises privées, leur appât du gain et leur court-termisme. Mais ici, aucune compassion pour ces salariés qui ont eu le tort de croire à une société qui allait travailler au service d’un monde plus propre.

Mais la facture du fiasco de l’écotaxe ne s’élève pas uniquement aux 839 millions d’euros qui seront versés à la société Ecomouv’. Sur la manne anticipée des péages, 800 millions d’euros devaient revenir à l’État via l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) et 150 millions pour les communes concernées par ladite taxe. À ces manques à gagner, il faut ajouter le coût de la destruction des portiques que l’on peut évaluer à 250 millions d’euros sur la base des dépenses déjà engagées. Ainsi, au total c’est plus de deux milliards d’euros que la petite aventure de l’écotaxe va coûter aux contribuables français. Un bel exemple de gabegie de l’État gestionnaire à l’heure où l’argent public se fait si rare.

Le dossier des concessions des autoroutes : un cas d’école de mauvaise gestion

Dans un autre ordre d’idées, la décision du Premier ministre, annoncé le 31 décembre, de créer un groupe de travail sur la question controversée des concessions des autoroutes met un arrêt provisoire à l’éventuelle renégociation au 1er janvier 2016 de ces concessions. On se rappelle de la proposition choc de la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, qui, au plus fort de la crise autoroutière, avait suggéré dans un accès de compassion aiguë de rendre les autoroutes gratuites le dimanche afin de faire rendre gorge aux sociétés d’autoroutes qui bénéficieraient d’une rente excessive. Ce groupe de travail sera chargé de plancher sur deux scénarios de réforme, à savoir une renégociation ou une résiliation au 1er janvier 2017 des contrats. Cette annonce du Premier ministre lui permet de gagner du temps en remettant à plus tard une renégociation qui sera forcément difficile. Et puis en 2017 on sera en pleine campagne d’élection présidentielle et les Français auront d’autres chats à fouetter…

Ceci étant, le dossier des concessions des autoroutes reste un cas d’école de mauvaise gestion de la part de l’État. Rappelons que l’État a vendu à l’époque ses autoroutes afin de se désendetter partiellement. Mais à quoi bon rembourser une dette dont le coût actuariel est inférieur à la rentabilité des actifs cédés (les autoroutes) ? En prenant une telle décision, l’État a détruit de la valeur. Quitte à vendre des actifs, encore fallait-il choisir des actifs qui ne généraient pas de rentabilité.

L’État, mauvais gestionnaire

Ces deux cas – Ecomouv’ et les concessions d’autoroutes – illustrent un fait malheureusement bien connu, à savoir que l’État, quelle que soit sa couleur politique, est un bien mauvais gestionnaire. Et pourtant, chaque fois que les Français ont des difficultés, ils se tournent en premier lieu vers lui comme la belette et le petit lapin qui vont vers le chat pour trouver une solution à leurs problèmes. On connaît la suite…

Si on pouvait faire un vœu pour la nouvelle année ce serait qu’en 2015 les Français ouvrent enfin les yeux et se persuadent que les entreprises privées et l’initiative privée peuvent leur apporter beaucoup plus que la gestion d’un État défaillant ou encore un « État trop lourd, trop lent, trop cher » comme le dénonçait le Président François Hollande à ses vœux de l’an dernier. Un an après, on ne peut que constater malheureusement que cet État est toujours obèse et trop coûteux. À quand l’inversion de la courbe du poids de l’État ?