Patrons, les politiques s’occupent de vous. Et si vous vous occupiez de politique ?

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Patrons, les politiques s’occupent de vous. Et si vous vous occupiez de politique ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 octobre 2014
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Par Jacques Legrand.

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Quand on parle de patrons, il faut segmenter cette population au moins en deux catégories :

  • celle des grandes entreprises privées (ne parlons même pas des grandes sociétés publiques bénéficiant d’avantages en tous genres souvent au détriment des citoyens, clients forcés),
  • celle qui regroupe les artisans, commerçants, dirigeants de PME et TPE, professions libérales.

Ce sont les grandes entreprises qui en fait négocient avec les syndicats les termes des futures lois qui seront imposées aux 2 500 000 petits patrons dont les intérêts, ressources et modes de fonctionnement sont totalement différents. De plus, culturellement, les dirigeants de ces grosses structures sont en général plus proches des politiciens par leur formation, leur univers familial, que le sont les autres catégories de patrons. Surtout, la France n’est pour ces grandes entreprises qu’un marché parmi beaucoup d’autres pesant souvent moins de 10 % de leurs ventes et résultats. Et ces gros payent en moyenne nettement moins d’impôts en France que les petits…

Nous parlerons donc ici surtout des petits, des sans-grades, mais pas sans mérite, qui subissent les politiques concoctées par des gouvernants dont moins de 10 % ont un vécu en entreprise marchande. Comme le dit Éric Verhaeghe (ex- président de l’Apec) : « Les allées du pouvoir sont presque exclusivement peuplées d’énarques, de petits marquis, qui n’ont jamais vu une entreprise – sauf, dans quelques rares cas, d’anciennes nationalisées ou publiques très peu concurrentielles. Aucun de ces prétendus décideurs ne connaît la vie d’un chef d’entreprise. »

 

Ce que les politiques font subir aux patrons 

Très influencée, et encore aujourd’hui, par l’idéologie marxiste de l’après-guerre, la pratique favorite de nos gouvernants est de confier aux entrepreneurs des problèmes et des charges qui ne les concernent pas.

L’abus des réglementations de toutes formes, interdictions diverses, des sanctions au civil ou au pénal sans cesse augmentées, génèrent des attitudes et des comportements qui restreignent le goût de l’initiative et du développement. Pensons à l’accumulation de normes dans le BTP, qui renchérit considérablement le coût, accroît les délais de construction et explique en partie que 40 ans après le coup de gueule de l’Abbé Pierre il manque toujours un million de logements décents.

Ces normes et réglementations multiples sont entre autres une conséquence de la décision populiste d’un président de la République qui a fait inscrire en 2005 dans la Constitution un principe de précaution. Dans la même veine, pendant la campagne pour la dernière présidentielle, c’était à qui proposerait le plus de solutions pour protéger les Français. En réalité, les Français et particulièrement les dirigeants d’entreprise ont surtout besoin d’être protégés de l’excès de pouvoir de leurs gouvernants.

Venons-en aux charges patronales et leur incidence sur la compétitivité de nos entreprises : comment être compétitif quand un patron français qui verse 2 000 euros de salaire doit en moyenne payer 840 euros de charges et son concurrent allemand 460 euros ?

Parmi ces charges les assurances maladie-vieillesse pèsent d’un poids très lourd alors qu’elles sont en bonne partie la conséquence d’une évolution démographique, l’allongement de la durée de la vie, qui ne concerne pas spécifiquement les entreprises. Les libéraux préconisent à juste titre que les citoyens s’assurent eux-mêmes contre les risques liés à l’âge, ce qui se fait dans d’autres pays où ils ne sont pas ponctionnés par des prélèvements abusifs.

Si l’importance de ces petits patrons pour l’économie et l’emploi est évidemment fondamentale, leur influence sur les politiques publiques est très faible.

Pourtant, sur le plan électoral, leur rôle peut s’étendre bien au-delà de leur nombre de votes : l’influence de chaque patron s’exerce souvent dans sa famille, auprès de certains amis, un peu sur son personnel dans les petites structures et dans l’environnement local (animation, sponsoring divers) mais les partis politiques actuels relaient mal leurs légitimes revendications. Alors n’est-il pas temps pour eux de se préoccuper d’exercer une responsabilité politique, de passer de la RSE à la RPE, responsabilité politique des entrepreneurs ?

 

Le bon moment pour un engagement politique des patrons ? Mais comment faire ?

Les grands patrons ont leurs réseaux, leurs clubs et leurs ressources de lobbyisme pour se faire entendre plus ou moins des gouvernants. Les autres doivent d’abord se convaincre qu’ils peuvent et doivent aider à changer les données économiques et à repérer les solutions accessibles. Paradoxalement la situation dramatique actuelle du pays peut les aider. Ainsi les récents propos de Manuel Valls au Medef sur l’entreprise changent la perception de celle-ci : « L’entreprise, un acteur de la sortie de crise » (sondage CSA / Les Échos, 4.09.2014). Sans surprise, la proportion de sondés qui pensent qu’il n’y en a pas assez pour les entreprises atteint des sommets chez les sympathisants de droite (81 %) de longue date acquis à la politique de l’offre. Une position partagée par 72 % des électeurs du FN. Plus intéressant encore sont les résultats de ce sondage chez les sympathisants de gauche : 44 %, soit une majorité relative, estiment aussi que le gouvernement n’en fait pas assez. Le président de CSA voit deux raisons à ces résultats : « L’entreprise est perçue comme un acteur de la sortie de crise » et les Français considèrent désormais « qu’aider les entreprises, ce n’est pas aider les patrons mais l’emploi ». Il y a là une nouvelle prise de conscience  du rôle de l’entrepreneur sur laquelle celui-ci pourrait prendre appui.

L’objectif est de se placer dans les lieux de pouvoir locaux, régionaux, nationaux, bref être là où se prennent des décisions.

Pour s’engager, les petits patrons doivent apprendre le comment : pour ce faire suivre des formations via leurs syndicats patronaux ; de plus, aujourd’hui, les MOOCS peuvent faciliter cet apprentissage des bonnes pratiques pour défendre un projet ou en combattre un mauvais. Ils peuvent aussi occuper des lieux d’influence : devenir conseiller reconnu des responsables politiques notamment en régions, appartenir à des clubs, des think tanks qui recherchent des expériences de terrain et sont capables de relayer leurs idées aux médias.

Certains choisiront l’engagement fort : être candidat aux élections, comme les y invitent de plus en plus de responsables de syndicats patronaux tels que la CGPME qui avait lancé un appel aux chefs d’entreprise pour qu’ils se mobilisent en se portant candidat (…) lors des dernières élections municipales, dans un communiqué. « Il nous faut agir là où se prennent les décisions. Le reste n’est que littérature… plutôt que de simplement protester contre les mesures fiscales du gouvernement. »

Cet appel est intervenu au milieu de la campagne de l’Union patronale des artisans et commerçants de France (UPA), dont la pétition, diffusée sur le site sauvonslaproximité.com, avait recueilli plus de 100 000 signatures. La CGPME partage elle aussi le ras-le-bol fiscal des patrons : « Eux qui, chaque jour, dans leur entreprise sont habitués à agir, ils ne comprennent pas que d’autres décident à leur place qui ils doivent embaucher, où ils doivent investir et pourquoi l’argent qu’ils gagnent si durement doit leur être confisqué. » (Reuters 21/11/2013)

De même pour les agriculteurs : « Dans une lettre adressée à tous les représentants locaux, départementaux et nationaux de la FNSEA, son président, Xavier Beulin, appelait tous les agriculteurs à se présenter aux prochaines élections municipales pour défendre la cause rurale. » L’engagement au plan national – la députation – est certes plus compliqué pour les dirigeants du privé qui n’ont pas toujours les ressources en interne pour déléguer temporairement leur gestion ni les « parachutes » des fonctionnaires pour retrouver leur emploi ; il y a là un obstacle à supprimer pour faciliter leur candidature.

Les dirigeants qui ne souhaitent ou ne peuvent pas s’engager personnellement dans les démarches précédentes peuvent aujourd’hui soutenir y compris financièrement un Mouvement comme Nous Citoyens, créé par un entrepreneur, qui mobilise dans la durée, plutôt que de se livrer à des poussées de violence sporadiques telles celles des Pigeons et autres Bonnets rouges, utiles certes, mais insuffisantes, car pour réussir, l’action doit durer et être menée au bon endroit.

 

Un engagement politique, pour quoi faire ?

Écoutons ce que disait Denis Jacquet qui est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance (une association d’aide aux PME pour rechercher la croissance) dans son article « Les entrepreneurs parlent aux Français » :

les entrepreneurs pensent qu’ouvrir les fenêtres, y faire entrer de l’air frais et des hommes neufs, capables de vision conjuguée à une connaissance du terrain, pourrait apporter l’oxygène dont le corps social, sociétal, économique a besoin pour fluidifier un sang appauvri par des années de consanguinité. Une transfusion s’impose… (Atlantico, 10 mars 2014).

 

Un programme d’actions plus réalistes

Faire prendre en compte les spécificités du tissu entrepreneurial des artisans, dirigeants de TPE, PME, professions libérales, agriculteurs, dans toutes ses dimensions, est une des conditions économiques et humaines pour contribuer à l’animation des territoires et par là relancer l’activité en France.

Par leurs diverses formes d’engagement politique ces dirigeants insuffleront le réalisme, le bon sens qui n’est plus près de chez nous dans les décisions à prendre pour supprimer les contraintes et mettre en place ce qui permettra le développement de leurs entreprises.

L’entrepreneur qui s’engage ainsi mènera là des missions temporaires, n’ayant pas vocation à imiter les politiciens de carrière qu’ils dénoncent. Il vérifiera et démontrera aux autres qu’en politique aussi il vaut mieux s’occuper soi-même de ses affaires.

À lire aussi : Lettre ouverte à tous les « Pigeons » présents et futurs pour les convaincre de passer à l’action.

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  • Les syndicats actuels, qu’ils soient de salariés ou patronaux, font partie d’un système de connivences où chacun y trouve son compte. Le rapport Péruchot, si vite enterré, le soulignait bien (et c’est sans doute parce qu’il traitait des syndicats patronaux qu’on l’a si vite retiré, les anus de la CGT ne surprenant personne). Quand j’entendais ce matin le dirigeant de la CGPME se féliciter de la future simplification de la feuille de paie, avec la disparition (sur le papier!!!) des charges patronales, je me disais que celui-là aussi, fait semblant de défendre les petits patrons. Hélas, dans ce pays, quand on ne réforme pas, on enfume le citoyen…

  • C’est bien beau tout ça, mais les « petits patrons » ne font pas 35 heures (ou alors en 2 jours), où vont-ils trouver le temps de faire de la politique, et particulièrement de se lancer dans des campagnes électorales très chères quand on n’est pas financé par le Parti Subventionné?
    Enfin il faut dire les choses telles qu’elles sont et ici l’auteur tombe encore dans le panneau : il parle d’aider les entreprises. Or justement elles n’en peuvent plus d’être aidées, c’est à dire de supporter des charges pour leur bien tandis qu’on arrose de subventions celles qui disposent d’une armada de juristes (donc les grandes qui n’en ont pas besoin). Par pitié, qu’on arrête « d’aider » les entreprises, mais qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse travailler.

  • Très bon article de Jacques Legrand.
    Il se souvient sans doute qu’à la fin de la IVème République il y a eu une révolte fiscale des petits artisans et commerçants sous la houlette du sulfureux Robert Poujade. Ils ont réussi un rassemblement monstre Porte de Versailles. Ils ont fondé un syndicat puis un parti qui a envoyé 52 députés à l’Assemblée en 1956 (JM Le Pen était je crois l’un d’entre eux).
    Je ne me sens aucun atome crochu avec Poujade. Je rappelle simplement ce fait pour montrer que lorsque le raz le bol est total, on peut s’attendre à des réactions politiques étonnantes de la part des petits patrons.

  • Juste une petite précision , ce n’est pas 840€ de charges pour 2000 € de salaire net , mais 1440€ car , en disant cela , vous participez à l’escroquerie qui occulte les charges patronales , alors que celles ci font parties intégrante du salaire . C’est d’ailleurs pour cela que ce gouvernement de vendus cherche à simplifier la fiche de paie en supprimant purement toutes les lignes , car ils se sont rendu compte que les salariés commençaient à regarder en bas de la feuille , le coût globale salarié .
    Ou vous avez omis ce fait de manière réfléchi , ou vous ne devez pas beaucoup payer de salariés , ce qui n’est pas mon cas .
    En temps que petit patron , et ancien salarié , je ne sais que trop bien le racket qui est effectué sur la somme de travail effectué par les salariés , et cela n’est en aucun cas le fait des soi disant exploiteurs des masses populaires ! 🙂
    Quand à votre souhait de voir les PME et TPE entrer en politique , un précédent commentaire a tout dit , les journées n’ont que 24 heures !

    • Merci pour la petite précision. Je me sens soulagé.
      Comme les politiques n’ont jamais géré d’entreprises, certains n’ont jamais géré de petites entreprises.
      Notamment dans un contexte économique et fiscal pour le moins tendu.

    • oui mais quand ta boite marchait bien, tu ta gavais et tu disais rien à personne … et tes employés étaient au smic !!

      • Beaucoup de petits patrons sont moins payés que leurs salariés. Et aucun n’a de parachute doré : quand la boîte coule beaucoup se retrouvent ruinés, alors ce genre de commentaire, laissez-le aux CGétistes qui se gavent sur le CE des boîtes nationales en parlant des méchants patrons.

    • Il a voulu dire 2000 bruts et non 2000 nets. Oui c’est une erreur, il n’y a pas d’un côté des charges sur le salaire et de l’autre des taxes payées par le patron sans lien entre le deux. C’est bien le salaire total de 2840 euros qui est amputé et le salarié doit toucher dans les 1600 (je n’ai pas les taux exacts, ma société a quitté la France).

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