Communication non violente : se libérer du conflit

Ou comment les principes du libéralisme sous-tendent une résolution efficace des conflits.

La communication non violente révèle l’harmonie des intérêts individuels et localise le conflit dans les stratégies et formes de communication employées. Ou comment les principes du libéralisme sous-tendent une résolution efficace des conflits.

Par Baptiste Créteur.

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Origines et principes

Inspirée de plusieurs formes de thérapie, la communication non violente est née dans le cabinet d’un thérapeute, à la différence de nombreuses théories en matière de communication formalisées par des universitaires. Créée par Marshall Rosenberg dans les années 1960, la communication non violente se veut avant tout un mode de résolution des conflits, mais peut s’appliquer à toute communication. Le terme « communication non violente » désigne aussi bien la théorie que son application.

Elle repose sur l’idée que les conflits qui naissent entre les individus ou groupes découlent d’une mauvaise communication de leurs besoins, résultant d’un langage qui vise à contraindre ou manipuler, à générer notamment peur, culpabilité et honte. Ce mode « violent » de communication, dans un conflit, en distrait les protagonistes et les empêche de clarifier leurs besoins, sentiments, perceptions et requêtes, perpétuant ainsi le conflit.

Les « chacals », violence du langage

Tout ce qui est dit avec intention d’accuser, juger, insulter, exiger, critiquer, comparer, punir ou étiqueter est un « chacal », qui provoque des réactions défensives, fait naître le ressentiment ou provoque une contre-attaque de « chacal » à destination de leur émetteur.

Les « chacals » sont souvent dirigés vers autrui (« c’était pas malin », « c’est ta faute », « tu ne m’écoutes jamais »), mais peuvent aussi être auto-adressés (« quel con », « personne ne me comprend »). Nous faisons souvent de choses anodines des chacals, percevant une affirmation neutre comme méprisante, insultante, agressive.

Les « chacals » ne sont pas nécessaires. Les besoins des individus ne sont pas en conflit ; ce sont  leurs stratégies pour les satisfaire qui le sont.

La nature du besoin

Deux personnes désirant la même promotion sont directement en conflit. Mais obtenir cette promotion n’est qu’une stratégie possible de réponse aux besoins des deux collègues, qui peuvent par exemple être à la recherche d’une meilleure sécurité matérielle, d’une plus grande reconnaissance de leur apport à l’entreprise. Ils pourraient tout aussi bien changer d’employeur, prendre de nouvelles responsabilités dans leur entreprise, demander simplement une augmentation.

Nos besoins sont similaires en nature, mais à des niveaux d’intensité différents. Il existe des catégories de besoin : sécurité matérielle, confort, reconnaissance, respect, épanouissement. Exprimer ses besoins par des « chacals » rend la satisfaction des besoins conflictuelle ; pour prévenir ou désamorcer le conflit, il faut y substituer une formulation positive du besoin.

Communication, mode d’emploi

La communication non violente commence par l’observation des faits, détachés de tout sentiment ou interprétation. Il faut ensuite s’intéresser aux sentiments, qui sont notre propre interprétation et vision de la situation. Ils naissent en nous et personne ne les influence. Les faits sont, en quelque sorte, ce que l’interlocuteur et nous-mêmes posons sur la table ; les sentiments sont la façon dont nous l’analysons, dont nous le « prenons ».

Les sentiments seraient l’expression de besoins non satisfaits. La colère peut par exemple résulter d’un besoin non satisfait de respect, le sentiment de confusion d’un besoin d’honnêteté. Il faut distinguer les besoins des stratégies qui permettraient de les remplir.

La compréhension des besoins permet ensuite de formuler une requête, présentant une action spécifique de la part de l’interlocuteur. Il doit pouvoir y répondre favorablement ou défavorablement sans qu’on cherche à le forcer à agir ; la requête n’est pas un ultimatum.

Par exemple, « Je ne supporte plus tes retards systématiques » peut devenir « Si l’heure habituelle de nos rendez-vous ne te convient pas, peux-tu me communiquer un horaire plus adapté ? » ou « Pourrais-tu à l’avenir me prévenir si tu penses arriver en retard ? ». Et si la ponctualité semble hors de portée de l’intéressé, l’accepter ou cesser une collaboration problématique.

La communication peut aussi chercher à pousser l’interlocuteur à exprimer ses attentes et besoins en structurant l’échange par les composantes de la communication non violente : dire « J’ai le sentiment que tu es irrité et as besoin de plus d’honnêteté dans nos échanges » lui permettra de confirmer ou préciser ses besoins réels.

Le conflit des stratégies, l’harmonie des besoins : une communication libérale ?

Il n’est pas toujours possible, et sans doute pas toujours bénéfique, de s’abstenir de juger. Mais la prévention de conflits par nature superflus est toujours préférable.

La théorie libérale substitue elle aussi à des interactions conflictuelles une harmonie des intérêts. En préférant la libre coopération à la coercition, en laissant chacun libre d’accepter ou refuser un échange, en rendant l’individu responsable de ses choix, le libéralisme s’éloigne des visions clivantes de la société où les intérêts divergents de ses membres sont réunis de force et fait reposer l’harmonie sociale sur des interactions choisies et mutuellement bénéfiques.

La convergence naturelle des intérêts, et les stratégies pour les atteindre comme lieu unique du conflit, sont proches sinon intégrées dans la catallaxie de Mises ; on les retrouve aussi dans l’objectivisme, notamment dans ce passage de La Grève1 :

Les intérêts des hommes n’entrent jamais en conflit – ni dans les affaires, ni dans l’échange, ni dans leurs désirs les plus personnels – s’ils ne placent pas l’irrationnel dans l’ordre du possible et la destruction dans l’ordre du pratique2. Il n’y a pas de conflit, rien n’appelle au sacrifice, et aucun homme ne menace les objectifs d’aucun autre – si les hommes comprennent que la réalité est un absolu avec lequel on ne triche pas, que le mensonge ne fonctionne pas, qu’on ne peut avoir ce que l’on n’acquiert pas, qu’on ne peut donner ce qui n’est pas mérité, que la destruction d’une valeur qui existe ne peut en donner à ce qui n’existe pas.

Nous sommes responsables des émotions qui naissent en nous, car elles sont la réponse au réel que génèrent nos valeurs. Nous sommes aussi responsables des objectifs que nous cherchons à atteindre et des moyens que nous déployons pour ce faire. Mais pour pouvoir être responsable, encore faut-il être libre ; la liberté est à la fois un besoin de l’homme et la meilleure stratégie pour satisfaire harmonieusement tous les autres.

  1. Avec l’idée, chez Rand comme chez Mises, que l’homme trouve dans la raison la seule stratégie rendant son action bénéfique et pertinente pour l’atteinte de ses objectifs.
  2. C’est-à-dire si la raison guide le choix de leurs objectifs et la compréhension de leurs besoins, et si la production, la coopération et l’échange librement consentis sont les moyens qu’ils se donnent pour les atteindre.