Un feu de paille, un peu de failles

imgscan contrepoints 2013-2376 socialisme de copinage

Alors que la France s’embrase, beaucoup s’engouffrent dans la faille et tentent de surfer sur un légitime ras-le-bol. Mais, faute de réelles propositions, ils ne seront qu’un feu de paille.

Les Français se révoltent contre un président qui aurait 15% d’opinions favorables selon la police, 1% selon les manifestants. Les Français ne s’attendaient à rien si ce n’est rompre avec le président précédent, et Hollande parvient à les décevoir. Son style normal garanti sans remous, sans goût et sans odeur avait les faveurs de Français las de voir s’afficher une réussite conquise à force de relations et de faveurs plus que de travail honnête, jusqu’à ce qu’ils comprennent que derrière le gant de velours se cachait du vent. Un vent qui souffle toujours dans la même direction, gonflant toujours aussi peu les voiles depuis longtemps déchirées de l’insubmersible France.

imgscan contrepoints 2013-2376 socialisme de copinageLa France a inventé le socialisme de copinage : on privatise les profits et on socialise les pertes pour les amis du pouvoir, on socialise les profits et on privatise les pertes pour les honnêtes gens. Ce dosage unique au monde de corporatisme et d’économie mixte n’avait aucune chance de fonctionner, et les statistiques ne décrochent que doucement grâce à leur total manque de fiabilité ; la taille de l’État dans l’économie, gigantesque mais pas aussi colossale que son poids, fausse tous les indicateurs de richesse créée, de chômage et de niveau de vie. Pour le plus grand bonheur des amateurs de précision et de pertinence, le retour à la réalité sera bien assez tôt perceptible dans le quotidien des Français.

Dans cette atmosphère de drôle de guerre, les Français attendent sagement la crise qui s’annonce de plus en plus sûrement en observant les nuages qui noircissent et grossissent à l’horizon ; le déni de réalité mondial est plus perceptible encore en France. Les Français hésitent, ne savent pas s’il faut faire semblant d’y croire ou de ne pas y croire ; ils se contentent de mettre en doute sans réellement prendre les devants.

Ils ont un comportement similaire dans leurs protestations : ils s’agitent, dénoncent les mesures fiscales et le grand bond en avant sociétal qu’on leur impose. Ce n’est pas comme si ils ne pouvaient pas s’y attendre ; la politique de François Hollande n’a rien de bien surprenant compte tenu de la route collectiviste que la France a commencé à emprunter il y a plusieurs décennies. Mais ils font semblant d’être outrés, dénoncent tous l’impôt de trop qui ferait augmenter la fiscalité d’un % de trop, réduirait les marges de quelques euros au litre de sueur, comme si la fiscalité qui prévalait jusque-là était supportable. En clair, les Français trouvent que « trop, c’est trop », disent cela et rien de plus faute de prendre le temps de définir l’acceptable.

Les Français avancent à vue, dans leur gestion du quotidien rendue impossible par la fébrilité gouvernementale aussi bien que du point de vue des idées ; ils regrettent l’humour de Desproges et Coluche mais déplorent celui de Minute. Imaginons les aujourd’hui ; combien de procès, de déclarations ministérielles et d’indignations à la sortie d’un de leurs spectacles ? Combien de groupuscules dissous pour une blague sur les juifs, les noirs et les arabes ? Interdirait-on les chaînes de télévision d’État qui diffusaient des propos qui hier faisaient rire et aujourd’hui incitent à la haine raciale ?

Les Français ne sont coupables que de leur laxisme face aux zélés, d’avoir toléré qu’on les rende aussi lisses et dociles. Ils aiment désormais les plaisirs sains et sans dangers, l’amour sans risques, les offres sans engagement et les cuisines sans odeurs. De ce point de vue, le politiquement correct, qui a à tel point réduit la liberté d’expression que les seuls à en user sont nécessairement armés de mauvaises intentions, n’est pas bien différent de la cigarette électronique que seuls refusent les vrais inconscients qui n’ont que faire de se ruiner la santé.

Ils se sont donc jusque-là laissés faire, acceptant une spoliation toujours plus massive et dont les justifications se faisaient de plus en plus abstraites. L’argent du contribuable a des résultats toujours moins visibles pour lui-même, l’augmentation des prélèvements va de pair avec une réduction de la croissance et un accroissement des inégalités, mais c’est la part sans cesse plus faible de liberté et de capitalisme qui devient insupportable. Même si l’argent du contribuable est gaspillé et atterrit dans les poches de fonctionnaires trop nombreux et rarement consciencieux ou de politiciens corrompus, il est scandaleux de chercher à se soustraire un tant soit peu à l’impôt, de refuser de servir avec le sourire un intérêt général chimérique, de tenter de briser les chaînes du lien social.

Ce soudain changement de perception n’enlève rien à la légitimité du ras-le-bol des Français ; il aurait été tout aussi légitime il y a 10 ans, ou 10 points de pourcentage, et l’est donc d’autant plus aujourd’hui.

Et bien entendu, à chaque cadavre ses vautours ; les plans sociaux ont leurs syndicats, les gouvernements impopulaires ont leur leaders d’opposition. Et pourquoi les candidats à quelque chose, de gauche ou de droite, anciens ou nouveaux, se priveraient-ils ? 85% des Français ont une opinion défavorable du président et se retrouvent dans leur mécontentement, l’occasion est trop belle.

On découvre ou redécouvre donc Mélenchon qui insulte les Bretons puis manifeste pour une révolution fiscale, pour représenter les anciens de gauche, et David van Hemelryck, pour représenter les nouveaux à droite. Leur point commun, c’est de se définir par différence avec l’existant ; il n’y a là ni révolution, ni réajustement des valeurs. Une petite marche arrière vers un passé meilleur tout au plus, où on ne sacrifiait pas les travailleurs et le lien social sur l’autel mondialiste (et où il y avait de la place pour l’industrie en France et des saucisses grillées le dimanche) et où les homosexuels vivaient leur amour dans le péché.

Pourtant, des solutions radicales, il y en a. Des alternatives cohérentes existent, il y en a deux :

  • La cohérence dans le collectivisme, ci-après dénommé « le pouvoir »,
  • La cohérence dans l’individualisme, ci-après dénommée « la liberté ».

L’expérience collectiviste réussit ; elle parvient à arrêter les opposants et les ennemis du peuple, à créer des pénuries et organiser le rationnement ; elle est inégalée aux jeux olympiques des camps de travail et des balles dans la nuque.

L’expérience individualiste n’a pas fait long feu dans l’histoire ; on a pu s’en approcher, certains pays en sont proches, mais elle laisse libre cours à une nature humaine parfois assez égoïste pour pousser certains hommes à innover et créer.

Si on voulait la suivre, on pourrait commencer par 10 réformes qui permettraient de générer croissance et emploi mais feraient peut-être un peu râler quelques lobbies ; s’appuyer sur des exemples solides où la libéralisation a fait ses preuves ; compter peut-être sur le retour des vraies élites qui tireraient réellement la France vers le haut.

Mais il faut de l’intégrité pour y arriver ; quelqu’un qui serait capable de prendre le pouvoir pour rendre aux Français leur liberté, quelqu’un qui serait capable de faire de la vraie pédagogie, c’est-à-dire pas seulement de marteler le même message jusqu’à ce qu’il soit accepté et intégré mais d’expliquer réellement la situation aux Français et les guider vers la lumière, quitte à ce qu’elle pique un peu les yeux au début. Ou, que les Français se rapprochent du réel en se rendant compte que les décisions prises par de lointains représentants ont un impact manifeste.

En attendant, les leaders à moitié autoproclamés, à moitié désignés par les médias grand public de la contestation des Français tenteront de leur confisquer leur révolte comme on confisque une révolution, en prévision d’une révolution qu’ils pourraient ensuite confisquer. Les Français ont, quoi qu’il en soit, tout intérêt à se préparer au pire ; et devraient prendre le temps de réfléchir à ce qu’ils veulent avant de huer ce qu’ils ne veulent plus.