Autoroute : vers une hausse du tarif des péages ?

L'autoroute A10 (Crédits : Fotoloo, Creative Commons)

Hausse de 50% de la redevance domaniale que les sociétés d’autoroutes doivent reverser à l’État : Vinci réclame une hausse des tarifs pour compenser.

Hausse de 50% de la redevance domaniale que les sociétés d’autoroutes doivent reverser à l’État : Vinci réclame une hausse des tarifs pour compenser.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Le 29 mai dernier, un décret paraissait au journal officiel. De manière unilatérale, au mépris des engagements pris, l’État augmentait de 50% la redevance domaniale que les exploitants d’autoroutes doivent lui payer.

Le PDG de Vinci découvre que l’État ne respecte pas ses engagements

Le PDG de Vinci, Xavier Huillard, semble tomber des nues. « Nous avons, de façon constante, indiqué à nos autorités concédantes que nous considérions que le droit des contrats que nous avons signés les uns et les autres, rendait cette augmentation impossible », a-t-il déclaré. « Par ailleurs, nous avons fait remarquer que c’est un peu fort de café, que d’augmenter cette redevance alors que les privatisations de ces autoroutes ont été faites en 2006, sur la base d’un contexte fiscal qui n’était pas celui-là : cela revient, en gros, de la part de l’État, à vendre sur la base de certaines hypothèses, de laisser passer quelques années et ensuite, de changer les hypothèses ».

Ben oui, tout contribuable ou épargnant français le sait depuis longtemps. L’État vous incite à vous engager sur la base de textes qu’il n’hésite pas à modifier par la suite. C’est ce qu’on nomme « l’insécurité fiscale » et c’est la cause principale du plombage des investissements en France. Et encore, Monsieur Huillard devrait-il s’estimer heureux, il n’y a pas d’effet rétroactif ! En fiscalité des revenus ou du patrimoine, c’est courant (c’était le cas, par exemple, de l’imposition des heures supplémentaires, l’an passé).

Les sociétés autoroutières ont déposé un recours auprès du tribunal administratif. Elles ont toutes les chances de gagner.

Vous savez comment cela va se régler ? Sur votre dos !

Les contrats en cours, liant les sociétés autoroutières à l’État, stipulent que « toute hausse de la fiscalité spécifique aux autoroutes doit être compensée par le concédant ».

Dès lors, soyez tranquilles, les 100 M€ de surcoût de cette taxe seront transférés sur une augmentation des tarifs. L’État n’apparaîtra pas comme ayant augmenté les impôts, les sociétés d’autoroutes vous seront présentées comme d’affreux capitalistes qui s’enrichissent sur votre dos et n’hésitent pas à augmenter leurs tarifs alors que l’appel est à la modération et tous les journalistes « aux ordres » entonneront l’hymne des méchants profiteurs. C’est exactement ce que nous avons connu avec les assurances complémentaires santé qu’on a taxées à hauteur de 7%, dont on a pompé les réserves (prévues pour être en mesure de répondre en cas d’épidémie ou de catastrophe sanitaire), sur qui on a augmenté la prise en charge de la CMU, sur qui on a transféré plus de prises en charge (en les supprimant du RO) et contre qui on a organisé ensuite une campagne de presse en expliquant qu’elles augmentaient leurs tarifs pour « faire du bénéfice ».

Vous apprendrez donc très prochainement que les tarifs des péages d’autoroutes vont augmenter, que cette hausse, bien sûr, sera concédée par l’État mais en aucun cas dans les « proportions » demandées par les exploitants…

N’empêche, les 100M€ vous seront ponctionnés à travers vos propres déplacements, mais aussi à travers le surenchérissement des frais de transport des marchandises que vous achetez et que les transporteurs seront bien obligés de répercuter aux distributeurs qui les imputeront sur les prix de vente… À moins, bien sûr, d’imaginer un boycott complet des autoroutes, mais là…

Qui avait dit que « 9 Français sur 10 » ne seraient pas touchés par les augmentations d’impôts ?


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