Besancenot et le boycott de Candia : bonne méthode, mauvaise idée

Besancenot

Olivier Besancenot appelle au boycott de Candia pour lutter contre un plan social annoncé. La méthode est bonne, l’idée est mauvaise.

Olivier Besancenot, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste à la présidentielle de 2007, appelle au boycott de Candia pour lutter contre un plan social annoncé, preuve qu’on peut être ouvertement contre le marché et en appliquer les méthodes.

Par Baptiste Créteur.

La coopérative Sodiaal a annoncé la fermeture envisagée de trois usines conditionnant le lait Candia, conduisant à des suppressions d’emploi. La détresse de salariés subissant de plein fouet les conséquences de l’intervention étatique dans l’économie ne pouvait pas rester sans être récupérée par les habituels partisans de l’intervention étatique.

Le facteur n’est, une fois n’est pas coutume, pas ponctuel ; Arnaud Montebourg avait déjà évoqué l’entreprise à grand renfort de discours contre l’abandon libéral d’une économie qui a depuis longtemps abandonné le libéralisme. Mais la réaction du candidat NPA mérite d’être soulignée.

Pour lutter contre ces suppressions d’emploi annoncées, Olivier Besancenot appelle au boycott du lait Candia. Il tente donc d’inciter les consommateurs à ne pas acheter les produits d’une entreprise s’ils désapprouvent ses décisions, i.e. de sanctionner une entreprise par le mécanisme du marché – qu’il n’hésite pas par ailleurs à remettre en cause dans ses principes.

«Ceux qui s’apprêtent à boire du lait, vous pouvez faire un geste tout simple, militant à sa façon, arrêter de boire du Candia en ce moment parce qu’ils sont 190 à voir leur usine fermer, à lutter contre leur plan social», a fait valoir le responsable d’extrême gauche. «Chacun peut le faire, et chacun peut être un peu plus efficace que le gouvernement en la matière», selon Olivier Besancenot.

Il affirme par ailleurs que les mécanismes du marché sont plus efficaces que le gouvernement comme mode de régulation de l’économie. On pourrait presque penser qu’il a eu un éclair de génie, si la démarche n’était pas fondamentalement stupide.

Le meilleur moyen de soutenir les salariés d’une entreprise en difficulté n’est pas de ne pas acheter leurs produits, au contraire. Arnaud Montebourg lui-même le sait, et promeut le « Made in France » pour lutter contre la désindustrialisation du pays – tout en donnant aux investisseurs toutes les raisons de quitter le pays ou de ne pas y venir : c’est en tentant d’améliorer aux yeux du monde l’image de la France et d’inciter les Français à consommer français qu’il compte parvenir à redresser une économie grevée par un interventionnisme et un manque de liberté croissants.

En demandant aux Français de faire un acte militant en n’achetant plus de lait Candia, il leur demande de condamner l’entreprise à la faillite. Tout comme ses coreligionnaires du gouvernement, il use de la menace plus que de la raison, sans se rendre compte qu’il est aussi idiot de tenter d’interagir avec les hommes par la force que de tenter de raisonner la nature.

Jean-Baptiste Froville, porte-parole de Candia, a jugé «irresponsable» cet appel au boycott. «Candia est une entreprise française. 100% de ses produits sont fabriqués grâce à du lait français», a-t-il affirmé, précisant que environ 12 400 producteurs de lait français travaillaient pour Candia. Selon lui, «la restructuration de l’entreprise est liée à des difficultés et le groupe joue sa survie, ce qui nécessite un plan de restructuration». Dans ces conditions, «l’appel au boycott d’Olivier Besancenot est irresponsable», a-t-il affirmé.

De la même façon que les syndicalistes mettent en danger la survie de leur entreprise pour tenter de lui faire entendre leurs arguments, Olivier Besancenot met en danger la survie de Candia, avec le même objectif et les mêmes risques. De la même façon, ils nient la réalité, préférant s’accrocher à leur idée que les chefs d’entreprise ont des devoirs envers leurs salariés, bien plus larges que le contenu de leur contrat de travail et notamment celui de les employer à vie en dépit d’une conjoncture défavorable ou de difficultés financières.

Malheureusement pour eux et heureusement pour tout le monde, la réalité gagne toujours. Ils parviendront peut-être à mettre les entreprises qu’ils attaquent en difficulté plus qu’elles ne le sont déjà et à provoquer leur faillite, mettant l’ensemble des salariés au chômage et illustrant l’unique forme de pouvoir qu’ils possèdent, celui de la destruction.

Ils seraient bien avisés de lire un roman prémonitoire, qui met en scène une situation à la fois très proche et très différente. Dans ce roman, ce ne sont pas les salariés qui font grève pour obtenir des droits nouveaux, mais les entrepreneurs et les créateurs au sens large qui font grève pour obtenir le respect de leurs droits les plus fondamentaux. Ils font grève pour démontrer que ceux qu’ils emploient et ceux qui vivent à leurs dépens au sein de et via l’État ont besoin d’eux, et non l’inverse. Ils font grève pour ne plus avoir à faire de concessions indues, pour ne plus avoir à faire de compromis avec leurs principes. Ils font grève parce qu’ils sont la force motrice du monde, et qu’il ne peut tourner sans eux.

Olivier Besancenot peut toutefois continuer à lancer des appels au boycott autant qu’il le veut. S’il se décide à cantonner son action politique à l’influence qu’il peut avoir sans recours à la contrainte ou à la coercition sur les libres choix des individus, et à comprendre qu’on ne peut, en dernier ressort, qu’empêcher l’homme d’agir, mais pas le contraindre à le faire, c’est que c’est accessible à l’ensemble de la classe politique pourtant si prompte à sortir les dents et montrer ses muscles. Mais mieux vaut rester prudent, et sur ses gardes, lorsqu’on à affaire à quelqu’un qui se revendique d’un système politique nauséabond dont l’histoire a démontré l’inefficacité. Quoi qu’il en soit, son soudain recours aux mécanismes du marché est une bonne surprise.