Ayn Rand dans La Grève : La prémonition d’une Amérique ayant perdu le contrôle

Publié Par Institut Coppet, le dans Lecture

Près de trente ans après sa mort, les romans d’Ayn Rand, en particulier La Grève, continuent de rencontrer un succès qui ne se dément pas.

Par Honkar Ghate (*).
Article original publié en anglais en décembre 2011. Traduction Chris Drapier, Institut Coppet

Près de trente ans après sa mort, les romans d’Ayn Rand continuent de rencontrer un succès qui ne se dément pas.  «  La Grève » [1] à lui seul, se vend plus aujourd’hui que lors de sa parution en 1957. Plus d’un million d’exemplaires ont été écoulés depuis les élections de 2008.

Tout particulièrement auprès des sympathisants du Tea Party où elle est considérée comme un prophète. Comment a-t-elle pu anticiper, il y a plus de cinquante ans, des États-Unis perdant totalement le contrôle de leurs finances, englués dans des dettes abyssales et paralysés par une déferlante de régulations ? Comment a-t-elle pu dépeindre des voyous semblant tout droit sortis de notre quotidien ?

On y trouve Wesley Mouch, qui, devant l’échec des programmes gouvernementaux, hurle comme l’élu démocrate du Massachussets Barney Frank pour en élargir les pouvoirs.

On y découvre Eugene Lawson, le « banquier au grand cœur » qui à l’instar de l’ancien secrétaire au trésor Henry Paulson ou Ben Bernanke, actuel président de la réserve fédérale, est toujours prêt à couvrir les dépenses les plus folles.

On y trouve Mr Thomson, qui comme le président Obama, tente de rallier la population autour de vœux pieux.

Il y a Orren Boyle, qui comme le président Bush, prétend qu’il faut abandonner les principes fondamentaux du libre marché pour sauver le libre marché.

Confrontés à ce massacre, que pouvons-nous faire ? Devriez-vous, comme les héros d’Ayn Rand, faire du « John Galt », cesser le travail, vous retirer en quelque vallée isolée et attendre l’effondrement du pays pour mieux le reconstruire ?

On a posé beaucoup de questions à Ayn Rand de son vivant. Ses réponses pourraient vous surprendre. Dans les années 1970, les États-Unis traversaient une grave crise financière (on y a inventé le mot « stagflation »), la violence urbaine se développait, et les politiciens en quête de pouvoir tel que le président Nixon, ont alors institué un salaire minimum, le contrôle des prix qui ont abouti, entre autres, à trouver des pompes à essence sans essence.

Comment, se demandent les gens, a-t-elle pu prévoir tout ça ? Était-elle prophète ? Absolument pas, répondit-elle. Elle n’avait fait qu’identifier les causes fondamentales entraînant le pays de crise en crise.

La solution consistait-elle à « faire du Galt » en s’éloignant de la société ? Ayn Rand répondit à nouveau par la négative. La solution était à la fois plus simple et plus compliquée. « Tant que nous n’en sommes pas arrivés à la censure des idées » énonça-t-elle, « nous n’avons pas à quitter la société comme le font les personnages de La Grève… Mais savez-vous ce qu’il faut faire ? Il vous faut couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui. »

Le fait que La Grève ne soit pas un roman politique peut vous étonner. Mais le cœur du roman expose l’idée que notre sort n’est pas dû à la corruption des politiciens (ce n’est qu’un symptôme) ni à une défaillance naturelle dans le logiciel humain. La raison de ce malheur repose dans les idées philosophiques et les idéaux moraux que la plupart d’entre nous embrassent.

« Vous avez crié que les péchés de l’Homme détruisent le monde et maudit la nature humaine pour son absence de volonté à pratiquer les vertus que vous exigez » déclare John Galt, le héros du roman, à un pays en crise. « À partir du moment où, à vos yeux, vertu signifie sacrifice, vous avez demandé toujours plus de sacrifices à chaque nouveau désastre ».

Il développe : « Vous avez sacrifié la Justice à la pitié » (par exemple en exigeant que le droit de propriété soit accessible à ceux qui n’en ont pas les moyens au prix de subventions et d’abandons de saisies pour les épargner quand ils ne pouvaient plus payer) »

« Vous avez sacrifié la raison aux croyances » (par exemple en tentant d’empêcher la recherche sur les cellules souches pour des raisons bibliques ou de foi aveugle comme la rhétorique délibérément creuse qu’emploie M. Obama pour nous faire croire que l’espoir et le changement produiront de la prospérité comme par un coup de baguette magique.

« Vous avez sacrifié la richesse aux besoins » (comme par exemple les mesure de santé prises par M. Bush ou l’Obamacare, toutes deux mises en œuvre sous prétexte que les gens auraient besoin d’une « santé gratuite »).

« Vous avez sacrifié l’estime de soi au déni de soi ». (par exemple en attaquant Bill Gates pour avoir fait fortune et en l’idolâtrant quand il la distribue).

« Vous avez sacrifié le bonheur au devoir » par exemple les exhortations « à la Kennedy » de chaque président appelant à « ne pas se demander ce que mon pays peut faire pour moi, mais ce que je peux faire pour mon pays ».

Le résultat ? Pourquoi vous recroquevillez-vous d’horreur à la vue du monde qui vous entoure ? Ce monde n’est pas le produit de vos défauts, ce n’est que le produit et l’image de vos vertus. Ce n’est que la concrétisation de votre idéal moral.

C’est ce qu’Atlas Shrugged nous demande de remettre en question : nos idéaux. Repenser nos convictions, notre philosophie de A à Z. À défaut de le faire, nous continuerons à passer d’une crise à l’autre.

Faites grève, nous exhorte le livre, mais intellectuellement, puisque la grève signifie le rejet des termes fondamentaux de nos opposants et le fait d’affirmer les nôtres.

Cette façon de penser est ardue, affirme Rand, mais nécessaire pour parvenir aux rives d’un autre monde, tel que décrit à la fin du livre.

Si La Grève fait partie de vos prochains achats, vous serez étonné de voir qu’une histoire publiée en 1957 capte avec autant d’acuité le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et présente avec autant de discernement la route à suivre pour un futur plus prometteur.

(*) Le docteur Onkar Ghate est vice-président et membre d’honneur de l’Ayn Rand Institute. Il enseigne à L’Institute’s Objectivist Academic Center, donne des conférences sur la philosophie et l’objectivisme à travers l’Amérique du Nord et publie des articles sur les romans et la philosophie d’Ayn Rand. Il a récemment publié « A teacher’s guide to Atlas shrugged » un manuel pédagogique édité chez Penguin.


Sur le web

  1. Publié en français sous le titre « La Grève » aux éditions Les belles lettres et traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz (2011).

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    1. Expliques nous où il est le libéralisme dans un pays avec un Etat qui dépense à hauteur de 53% du PIB.

      (et pareil aux US, leur Etat fédéral est énormissime et ne cesse de grossir, alors le libéralisme actuellement, il faudra vraiment nous expliquer où il est)

      1.  » pareil aux US, leur Etat fédéral est énormissime et ne cesse de grossir,  »

        OK, dites un chiffre : c’est quoi le taux de dépense idéal pour un Etat (rapporté au PIB, par exemple, faute de mieux pour mesurer) ?

        Qu’on rigole un peu…

        1. @ deconomicon : il n’y a pas un taux de dépense idéal pour un état, cela dépend de bcp de phénomènes (guerre, misère, autre). Néanmoins, si tous les citoyens payent un impot proportionnel, le seul valable selon lesdroits de l’homme, alors on peut parier que le taux de dépense de l’état sera très fortement minoré, et que chaque citoyen surveillera les dépenses et le travail des fonctionnaires comme les droits de l’homme lui en donne le droit et presque l’obligation…

          1. deconomicon : « OK, dites un chiffre »
            ——————————–
            Bah 20% banane ! C’est bien plus que ce que les gens payaient en prélèvements pendant toute la révolution industrielle, période de la plus forte croissance économique mondiale.
            Nous on en est à plus de 50% et pourtant tout s’empire, cherchez l’erreur…

        2. Le chiffre idéal pour toute instance qui est censé résoudre des problèmes (comme l’État), c’est quand il n’y a aucun problème : donc c’est 0. Mais c’est évidemment utopique.

        3. OK, dites un chiffre : c’est quoi le taux de dépense idéal pour un Etat (rapporté au PIB, par exemple, faute de mieux pour mesurer) ?
          Qu’on rigole un peu…
          __________________________________________

          Comme MiniTAX le dit, 20% semble ne pas être très loin de l’optimal.
          Cela a déjà été très abondamment étudié, notamment avec la « courbe de Rahn » qui permet de lier le taux de croissance avec le montant de la dépense publique. Les estimation empirique du modèle situent le sommet de la courbe entre 17% et 23% la plupart du temps.

          En dessous il y a une perte d’énergie car les individus doivent veiller eux même à leur sécurité, leurs droits etc. En soulageant les individus d’une part des tâches qui leurs revenait et en « égalisant le champ » pour la concurrence, l’État contribue à alors à améliorer la création de richesse. (On peut, pour des raisons morales, préférer toutefois davantage de liberté quitte à ce que la croissance soit moindre, et donc encore moins de dépenses publiques).

          Au dessus l’État outrepasse nécessairement ses domaines régaliens et s’immisce (toujours inefficacement) dans des domaines qui devraient rester privés ou être au pire « incités » (assurance santé, assurance chômage, éducation). Il détruit donc une part de richesse.

        4. D’après Keynes, celui qui est encensé par les socialistes, 25% était le maximum du supportable.

          Sinon, la dépense publique étant injuste, mais justifiée par une nécessité sujette à controverse, le taux idéal c’est le plus bas possible ; tout comme le taux de criminalité idéal…

          Le problème en France, c’est qu’on ne se pose même plus la question de la légitimité de la dépense publique…

    2. Comme l’avoue MDR, il est dans la croyance, pas dans la logique. Aveuglé par sa foi dans les dogmes de la religion socialiste, MDR a renoncé à la raison.

    3. Zut, mauvaise manip, commentaire pas à sa place. Je recommence.

      Vous nous disiez que le libéralisme est la cause de tous les problèmes actuels.

      Commencez donc par nous faire la liste des problèmes actuels selon vous. Ensuite, et ensuite seulement, on pourra en discuter.

    4. @MDR
      Les trolls fonctionnaires qui voient la fin de leurs privilèges approchés, viennent pleurer sur les sites libéraux, tout ceci est pathétique.
      Surtout arrêtons d’écouter tous les petits fonctionnaires trolliens qui tente une thérapie en vomissant leur idéologie fumeuse du social clientélisme par une critique « bras court » du libéralisme.

      Plus sérieusement, j’ai relu récemment la grève, et chaque jour, les élucubrations du gouvernement « héros » nous laisse entrevoir des similitudes entre les personnages de fiction ainsi que leurs discours dans cet ouvrage prophétique.
      La situation politique de notre pays n’est pas nouvelle mais bien enraciné depuis 30 ans, seule le contexte économique change la donne et pousse nos zélites comme dans la grève à chercher des solutions qui pourrait sauver leurs têtes.
      Avant il suffisait d’emprunter, mais ce n’est plus possible, alors augmenter les impôts d’un pays déjà champion du monde … merde ça marche pas les gens s’exilent ou travaillent au black, ou décident de ne plus bosser pour les autres.
      Zut pourtant, à l’école normale d’administration y disaient que « y a ka ».
      Si ce n’était le côté tragique de la situation nous pourrions en rire.

        1. Ai je touché un point sensible ou n’y a t-il que la vérité qui blesse?
          En attendant la situation est tellement critique pour vous, que les premiers a être sacrifiés seront les collectivités territoriales et après la fonction hospitalières et si cela ne suffit pas d’autres pans de « l’hypertrophie » publique.
          Les grands commis vont vouloir garder leurs places au chaud ainsi que leurs porte flingues, les syndicats de « rentiers ».
          Cordialement

  1.  » Il vous faut couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui.  » Ayn Rand

    Il nous faut donc tous, oui tous, dessiller nos yeux et abandonner nos vieilles hardes idéologiques pour embrasser la Vérité.

    Si le libéralisme ne devait pas conduire à la création d’un homme nouveau, il n’aurait aucun sens.

    1. @deconomicon :
      « Si le libéralisme ne devait pas conduire à la création d’un homme nouveau, il n’aurait aucun sens. »

      Vous vous trompez complétement sur l’essence du libéralisme : c’est une philosophie, pas une idéologie.

      A ce titre, il raisonne sur la nature de l’homme et ne prétend aucunement la changer comme les idéologies, car il sait que c’est impossible.

      1. N’oubliez pas qu’en anglais américain d’aujourd’hui « liberal » veut dire tout l’inverse de ce qu’il veut dire en anglais originel. « Libéral » aux USA désigne un gauchiste. Exemple: Clémentaine Autain est libérale. Son vieux complice Jean-Mélenchon aussi.

      2. Pourtant, il nous faut bien  » couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui ».

        Ce qui revient à se changer soi-même, et changer tous les autres, si nous voulons accéder à la Vérité suprème.

        1. deconomicon : « Ce qui revient à se changer soi-même, et changer tous les autres, si nous voulons accéder à la Vérité suprème. »
          ———————————
          Tu dois sûrement te tromper de lieu de culte. Ta secte où l’on parle « d’homme nouveau » et de « Vérité suprême », c’est pas sur ce site, ne projette pas tes fantasmes sur les autres.

        2. C’est bien là toute la base du « libéralisme » : il n’existe AUCUNE vérité suprême. Il n’existe qu’une réalité, tangible, concrète qui ne peut se découvrir que par l’expérience et l’observation « objective » (ce qui n’est pas toujours évident).

          Une fois cette réalité acceptée, il devient nécessaire de fonder un raisonnement basé sur cette dernière (et non sur une « vérité »). Il s’agit ni plus ni moins que de revenir aux axiomes de base afin de fonder sa propre philosophie. Cette philosophie peut, ensuite, se conformer à certaines règles morales ou d’autres. Le seul point essentiel est qu’elle doive se basée sur les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’elles devraient être (notamment pour les questions relevant de la nature humaine).

          1. Donc, si vous voulez vous conformer aux préceptes de la papesse Ayn Rand, et  » couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui », vous devez faire comprendre à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, qu’en fait, ils vivent dans un monde d’illusion, mais que vous, Lucius Tarkin, vous connaissez la voie qui leur révèlera la « réalité, tangible, concrète ». ?

          2. @ deconomicon:

            « vous devez faire comprendre à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, qu’en fait, ils vivent dans un monde d’illusion, mais que vous, Lucius Tarkin, vous connaissez la voie qui leur révèlera la « réalité, tangible, concrète ». ? »

            Une fois de plus, vous vous trompez. Vous devriez réellement un peu lire avant d’écrire. Un peu de culture politique ne fait jamais de tort, savez-vous.

            Les libéraux ne veulent rien imposer aux autres.
            Si des gens comme vous aiment se baigner dans l’onirisme d’un monde impossible, libre à eux.
            Ils peuvent très bien ne pas avoir d’interactions avec nous si ça leur chante.
            De notre côté, nous demandons la même chose: ne pas devoir subir la société et les mauvais choix de ces personnes.

          3. MESSAGE DE LA MODÉRATION
            La polémique et la critique des idées libérales par les non libéraux sont les bienvenues sur Contrepoints dans la mesure où elles sont conçues dans une volonté de débattre sur le fond en avançant des arguments.
            Les stratégies de flood sont en revanche interdites. Message modéré pour cette raison
            FIN DU MESSAGE DE LA MODÉRATION

  2. Petite remarque à l’adresse de l’auteur : les croyants ne militent pas contre l’expérimentation sur les cellules souches, mais contre l’expérimentation sur les cellules souches embryonnaires, qui nécessitent de sacrifier un embryon, donc un être humain (patrimoine génétique unique et original).
    Et ce militantisme est compatible avec les progrès de la raison puisque l’on sait obtenir des cellules souches autrement qu’en jouant au boucher d’embryon.

    1. « les croyants »; tout d’abord qui est ce?
      les mêmes qui militent contre l’expérimentation sur les cellules soucehs embryonnaires et les atteintes au patrimoine génétique humain sont les mêmes qui énoncent qu’un être humain ne saurait se réduirte à un son ADN: cherchez l’erreur.

      En fait, ce que dénonce le personnage d’Ayn Rand, c’est une idéologie qui prône:
      – l’amour ou la solidarité universelle obligatoire
      – la préférence pour les pauvres
      – le sacrifice obligatoire de ses intérêts propres, c’est à dire le don de soi obligatoire sensé représenter la source du bonheur personnel dans ce monde..
      Bref, la morale chrétienne ou communiste; aux moins chez ces derniers existent encore quelques rationnalistes.

      @ deconomicon: il n’ y a pas « d’homme nouveau » , ni communiste, ni paulinien

  3. Un écrivain d’Amérique centrale a écrit un jour qu’un écrivain pouvait prédire le futur s’il vivait bel et bien dans le présent (sous-entendu : la majorité de la population ne vit pas, en fait, dans le présent, mais dans le monde clos de ses pensées chimériques).

  4. 1) Je n’ai encore lu que « la source vive » que j’adore, allez je commande la grève…
    2) Je suis fonctionnaire de base et je suis Ron Paullien. Je sais que je vais perdre une partie de mon salaire – je me base sur 30%…
    3) Je n’ai pas voté à gauche en 2007 mais pour sarko croyant qu’il serait un nouveau Thatcher, résultat je n’ai pas voté en 2012…
    4) J’aime mon pays et je suis prêt à tout pour le sauver.

    1. « la greve », c’est « la source vive » puissance 10 !!!

      bonne lecture, vous allez vous régaler, le roman n’entre dans une autre dimension qu’après environ 500 pages, il faut le savoir, mais cela vaut vraiment le coup !!!

      1. Je vous remercie de vos encouragements Stéphane… Je connaissais Ayn Rand sans la connaitre puisque j’avais été stupéfié par « le rebelle » de King Vidor adapté par Ayn Rand il y a plus de 20 ans…

        Je postais aussi pour vous dire, vous n’êtes pas tout seuls les amis, même des fonctionnaires comprennent que l’état pèse trop lourd, mais il me faut bien vivre aussi… Se serrer la ceinture on le fera soyez sans crainte, je l’ai dit j’aime mon pays, je veux le voir survivre…

  5. Je viens de finir La Grève, suite à quoi je me suis un peu renseigné sur la philosophie d’Ayn Rand et notamment ses rapports avec l’école autrichienne d’économie. J’ai cru comprendre qu’elle était pro-Mises et anti-Hayek, jugeant comme criminel ses compromis envers la social-démocratie. J’ai beaucoup de respect pour l’auteur de la route de la servitude (que la Grève décrit très bien par ailleurs), et notamment pour sa théorie sur la dénationalisation de la monnaie. Je ne comprends pas pourquoi Ayn Rand était proche d’Alan Greenspan, grand administrateur central du prix de l’argent (le taux d’ntérêt), et je ne comprends pas comment elle pouvait soutenir Mises: je croyais que l’école autrichienne était entièrement fondée sur la subjectivité de la notion de valeur, ce qui me semble incompatible avec l’objectivisme de Rand.

    Quelqu’un peut-il m’éclairer?

    1. @ Bastiat : c’est Greenspan qui était proche de Rand.

      Ayn Rand étant pour l’étalon or afin d’empécher les banques centrales de jouer avec la monnaie, elle n’aurait jamais cautionné ce qu’à fait greespan pendant toutes ces années.

      Sur la notion de valeur subjective de l’école autrichienne, il s’agit de la valeur d’échange d’un bien, non de l’objet moral. Aucun rapport avec l’objectivisme qui est la philosophie de Rand qui peut se résumer ainsi : l’objectivité par rapport à la raison, à la réalité (résumé très TRES sommaire).

      A ce titre, il est bien évident que la valeur subjective d’un bien correspond à la logique, contrairement à la valeur objective du bien que défend Marx. Restant à votre disposition, bien cordialement,

      1. Merci pour vos réponses.
        Concernant l’école autrichienne, la subjectivité de la valeur des biens n’est-elle pas intrinséquement liée à la subjectivité des valeurs morales qui conduisent les choix des individus. ?

        1. En tout cas, en l’absence de morale, les biens perdent toute valeur, puisqu’il suffit de les voler pour les acquérir. Sans morale, l’économie paraît impossible. Serait-il possible que nous tenions là l’origine de toutes les crises économiques ?

        2. La subjectivité des valeurs morales est un relativisme complètement étranger au libéralisme. Pour bien comprendre que les valeurs morales sont universelles, lire « l’éthique de la liberté » de Murray rothbard

  6. Suicide ! C est une image sympa, surtout avec le micro mou…pas evident ceci dit. Mon esprit tout confusionné suite à la lecture d h16 se demande se que je vais ecrire de con aujoud hui. Les vieux ne crevent plus, les jeunes n ont pas de travail, ceux du milieu pas de vie. Finalement, H16, entre nous, un Français moyen a forcement interet à etre con pour continuer à vivre comme ça…quitte à voter hollande pour ça. Le probleme n est pas le vieux, le mou, le con mais l energie positive de l humain. Et on en manque cruellement en France ! Finalement, rouge, bleu, droite, gauche ça n est rien que la stigmatisation de la connerie humaine. Helas, aujourd hui le liberalisme n apporte pas encore cette energie brillante, puissante pour faire avancer l humain…reste donc en effet le suicide comme solution. Mais va t il rester beaucoup de monde apres ? Hum, pas si sur…

  7. « ne pas se demander ce que mon pays peut faire pour moi, mais ce que je peux faire pour mon pays ».

    Moi il m’avait semblé que cette déclaration était libérale, « n’attendez pas que votre Etat fasse quelque chose pour vous, pensez à ce que vous pouvez faire pour vous même, ce qui aidera votre pays. » C’est comme ça que je l’avais compris.

  8. à l’évidence, la Grève est un livre à lire, je l’ai personnellement énormément apprécié et les ressemblances avec notre époque sont édifiantes… Un petit bémol cependant : contrairement à ce que dit un commentaire, j’ai adoré les 600 premières pages (jusqu’à l’arrivée dans « l’autre monde »), mais la fin du roman est assez pénible : la société utopique qu’elle décrit est vraiment ridicule (genre « mon hippie chez les millionaires »), les histoires de coeur/cul de l’héroïne finissent par être fastidieuses, l’acceptation successives par ses amants du suivant parce qu’il vaut mieux qu’eux est contraire à toute expérience humaine (comme à ses propores théories) et le dernier discours de Galt n’est qu’une redite pénible de ce que l’on a déjà compris, extrêmement mal construite qui plus est où les arguments sont juxtaposés sans aucune logique. À l’évidence, Rand est une excellente analyste et scénariste mais les textes « philosophiques » que j’ai pu lire d’elle sont assez faibles. Je lirai quoiqu’il en soit avec plaisir ses autres romans. Concernant l’aspect « anti-chrétien » de sa pensée, je pense qu’il y aurait aussi des choses intéressantes à creuser du côté de sa judaïcité et du millénarisme juif (la société utopique qu’elle décrit me semble relever beaucoup de ce dernier). Moralité : Nihil admirari…

    1. @ Liber Tango :

      Les 600 premières pages correspondent à la mise en place de l’intrigue, un peu longue car on finit par se demander où l’auteur veut en venir. L

      1. oups ! mauvaise manip !

        A partir de la 600 ième page (cad à partir de la tirade sur l’argent de francisco d’anconia) les morceaux de bravoure philosophique abondent (le procès de rearden, robin des bois, la maxime socialiste, qu’est que l’amour avec la femme du frère de Dagny, le discours de john galt) et c’est en cela que la suite est fascinante, non pas pour la société utopique décrite ou les amours de Dagny taggart, je vous rejoins sur la pénibilité sur ce point.

        C’est pour cette seconde partie et ces moments philosophiques que le livre mérite le plus d’être lu et est resté dans les mémoires.

        Le discours de john galt est certe un peu long, mais résume bien la pensée de Rand, et recelle de nombreuses perles (réflexions sur le péché originel par ex).

        Ayn Rand étant parfaitement athée (et mettant la raison au dessus de tout), lui attribuer un quelconque millénarisme n’a pas de sens.

        Enfin, sur ses textes et sa pensée philosophiques, dire qu’ils sont « assez faibles » semble plutôt présomptueux, même ses opposants philosophes lui reconnaissent une pensée originale et une portée philosophique très forte.

        « La vertu de l’égoisme » ou « capitalism : the unknown ideal » sont des chef d’oeuvre intellectuels.

        Bien cordialement,

        1. @ Stéphane
          Les livres ont toujours un côté « auberge espagnole » : le lecteur y amène sa propre sensibilité… Pour moi, les faiblesses se situent surtout à la fin, la principale étant le ridicule de ce monde parallèle dans lequel, personnellement, je ne voudrais vivre pour rien au monde !

          Concernant l’athéisme de Rand, cela n’empêche pas qu’elle puisse avoir été influencé par son milieu. Je voulais surtout souligner qu’il y aurait peut-être une lecture intéressante à faire du livre sous l’angle d’un « peuple élu » mais persécuté (les entrepreneurs) qu’un « messie » (John Galt) vient réintégrer dans ses droits afin d’instaurer sur terre une société parfaite… Donc une lecture « millénariste » du livre. (au passage, on peut-être athée et millénariste : le socialisme, par exemple, est un millénarisme).

          Enfin, sans vouloir entrer dans de vaines polémiques, Rand est quand même un philosophe mineur.

          Pour conclure, j’apprécie beaucoup Rand et j’ai offert son livre à pas mal de personnes autour de moi. Mais apprécier n’empêche pas d’analyser. Et il y a pour moi, sans que j’arrive précisément à dire quoi, quelque chose qui, in fine chez elle, ne cadre pas avec l’idée que je me fais du libéralisme. Pour résumé, c’est un auteur à manier avec précaution.

          1. @ Liber : ce monde parallèle est ridicule de par la façon dont il est créé et protégé, pas sur ses fondements philosophiques.

            Cette vision du livre est à l’antipode du message de Rand : il n’y a pas de « peuple élu », il n’y a que 2 sortes de gens : ceux qui veulent vivre de leur travail, et ceux qui veulent vivre du travail des autres, la prédestination n’existe pas, il faut choisir : le dollar ou le fouet comme dit francisco d’anconia.

            La volonté de créer une « société parfaite » ou l’idée d’un « millénarisme » sont parfaitement étrangers à la pensée de Rand, qui est un individualisme.

            L’individualisme n’a pas vocatino à proposer et organiser une société « parfaite » (rien que ce terme fait référence à du constructivisme, totalement étranger à Rand, l’individualisme ou le libéralisme).

            Sans vouloir entrer dans de vaines polémiques, après avoir lu Rand et Marx (ou deleuze, ou bourdieu, ou derida ou morin), je sais ce que c’est qu’un philosophe mineur.

            Rand est un philosophe mineur surtout en France, où elle est inconnue, pas ailleurs où elle inspire chaque génération (la greve est le livre ayant le plus influencé les américain après la bible), les milieux politiques (reagan, paul) et économiques (Jobs par ex).

            Mais bon affirmation n’est pas démonstration.

            Le libéralisme est une philosophie politique, l’objectivisme est avant tout une philosophie personnelle, ce n’est pas antinomique, c’est complémentaire.

            Ayn Rand est un philosophe très complexe, donc à étudier n’ont pas avec précaution, mais avec curiosité et sans parti pris.

  9. En même temps, les libertariens – que Rand détestait – sont allés jusqu’à lui reprocher son « étatisme »…

    Je pense que ce qui me gène dans sa pensée, c’est – en dehors d’une forme de dogmatisme – son manichéisme (dans la Grève, les personnages sont soient « bons » soient « mauvais » et l’absence de « nuances de gris » – pour reprendre un terme en vogue – nuit un peu à son propos).

    Et aussi son rejet total – ou sa méconnaissance – de la structure familiale (de nouveau, dans la Grève, il n’y a pas un seul enfant – à part ses souvenirs avec Ancona – et le couple n’est jamais abordé sous cet angle), alors que pour moi, le libéralisme n’exclut en rien la famille, au contraire : c’est – je pense – la seule structure sociale sur laquelle on peut construire quelque chose. Si on tombe dans un individualisme « personnel » – je suis désolé, je ne suis pas moi-même philosophe et ne manie par forcément avec aisance tous les concepts dont ma pensée aurait besoin – de facto, on retombe dans une forme étatiste (puisque tous ces individus ont du coup besoin de l’état pour régler leur rapport, ce que Rand admet d’ailleurs dans ses écrits « philosophiques »). Alors qu’à mon sens, la structure familiale est essentielle dans le sens où elle seule permet d’échapper à l’étatisme sans sombrer dans l’anarchie.

    Ses considérations sur l’amour – où ce qui unit un homme et une femme – me semblent aussi ne pas prendre en compte la totalité de l’être humain. Il est quand même vu essentiellement sous l’angle de la domination de l’homme sur la femme (l’héroïne de la Grève ne cède qu’aux hommes qui la dominent physiquement…).

    Bref, j’ai l’impression que ses théories ne sont valables que pour des sur-hommes ou des sur-femmes (qui ne seraient sur-femmes que dans le sens où elles accepteraient sans rechigner leur infériorité ‘naturelle » par rapport à l’homme)…

    Bref, je vous livre là des sentiments personnels et vous remercie de cet échange que nous avons eu et qui m’a permis de préciser ma pensée. Je ne posterai pour ma part rien de plus sur le sujet.