Toxicité des OGM : le charlatanisme réfuté

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Les conclusions de l’étude de Séralini ont été réfutées par divers organismes scientifiques.

Les conclusions de l’étude de Séralini ont été réfutées par divers organismes scientifiques : l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), le Haut conseil des biotechnologies, les académies nationales d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire, et l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

Par Anton Suwalki.

Lire les deux premières parties :

C’est donc fait. Après avoir soulevé un nombre considérables de critiques individuelles, l’étude de Séralini et al. a été recalée par les agences d’expertise européenne, allemande, australienne et néo-zélandaise, danoise, et néerlandaise. Puis ce fut au tour des 6 académies nationales françaises de la rejeter, faisant au passage un petit rappel à la déontologie à l’équipe du CRIIGEN :

L’orchestration de la notoriété d’un scientifique ou d’une équipe constitue une faute grave lorsqu’elle concourt à répandre auprès du grand public des peurs ne reposant sur aucune conclusion établie. Outre le jugement sur le fond du contenu de l’article en question, la forme de la communication soulève de nombreuses interrogations, notamment la concomitance de la sortie de deux livres, d’un film et d’un article scientifique, avec l’exclusivité de leur contenu accordé à un hebdomadaire, assortie d’une clause de confidentialité y compris vis-à-vis des scientifiques, jusqu’à la conférence de presse. Ces conditions de diffusion vers la presse, mise dans l’impossibilité de s’informer au préalable et donc sans possibilité de commenter en connaissance de cause, ne sont pas éthiquement correctes.

Les académies notent, comme nombre observateurs « [qu’] On peut se poser la question de savoir comment un article aussi faible scientifiquement que celui de G.E. Séralini et al. a pu être accepté (par la revue Food and Chemical Toxicology, qui est pourtant d’un niveau « correct » selon les académiciens, NDR) ».

Enfin, le 19 octobre, l’ANSES et le conseil scientifique du Haut Conseil des biotechnologies (HCB) ont rendu un avis convergent. Les résultats proclamés par G.E. Séralini sont donc irrecevables. Celui-ci pourra toujours, comme à son habitude, crier au complot, au risque du ridicule. Comme le note ce billet ironique :

Je ne suis pas employé de Monsanto non plus mais si je l’étais, je pense que j’enverrais une carte de félicitation au professeur Séralini… Le cocktail de parti-pris, d’autopromotion et d’errements scientifiques dont il s’est rendu responsable aura fait plus de dégâts aux adversaires de la multinationale que tout ce qu’elle aurait pu entreprendre. Et ce, sans qu’il lui en coûte le moindre centime.

Pour les individus rationnels qui auraient des doutes, l’étude en question devrait paradoxalement être plutôt rassurante quant à la sécurité sanitaire du maïs NK 603. En effet, s’il faut une étude de si mauvaise qualité, et des interprétations aussi caricaturales pour « prouver » que cet OGM est dangereux, c’est que le danger ne doit pas être bien grand.

Pourtant, alors que cette mascarade aurait dû conduire au discrédit définitif de l’intéressé, on est obligé de constater que le politiquement correct qui s’immisce tous les jours un peu plus, jusque dans les organes scientifiques, conduisent à des positionnements ambigus, au risque de froisser les amis de la logique. De fait, le souci de ménager le chercheur « indépendant » (sauf de Carrefour, Auchan, Greenpeace, Léa Nature, Sevene Pharma… euhhh, j’en oublie ?) est manifeste dans certains avis.

On s’étonnera ainsi de lire dans celui de l’ANSES :

De nombreux scientifiques ou groupes de scientifiques se sont très rapidement exprimés dans la presse écrite ou via internet et ont émis, pour nombre d’entre eux des critiques concernant la valeur de l’étude tandis que d’autres ont plutôt mis en avant la pertinence des questions posées, le caractère novateur de l’étude et ses qualités intrinsèques.

On aimerait en effet connaître la liste des « autres » : si on enlève Testard, opposé par principe aux OGM, qui reste-t-il ?

Nous avons cherché et n’avons trouvé, en dehors de la mouvance anti-OGM qu’un seul soutien scientifique à G.E. Séralini : Paul Deheuvels, membre de l’académie des sciences et statisticien. Un soutien a priori de poids, sauf quand on lit ses arguments, d’une confusion extrême. À vrai dire, le premier réflexe est de penser à un canular. Ce qui est certain, c’est que M. Deheuvels n’a pas lu l’étude, sinon il ne parlerait pas de différences statistiquement significatives… qui n’existent pas et non pas été calculées par G.E. Séralini, qui n’ a fait aucun test statistique de ce genre . « Dans ce cas, le fait de déceler des différences significatives sur des petits groupes (10 dans le cas de l’étude de G.E. Séralini) renforce la conclusion, au lieu de l’affaiblir. » Mr Deheuvels voulait sans doute énoncer une tautologie : une différence significative est significative, quelle que soit la taille du groupe testé. Par contre, l’idée que plus un groupe est petit, plus la conclusion est renforcée, est absurde. Tout simplement, plus le groupe est petit, plus les différences doivent être importantes pour être significatives. On ne peut finalement pas dire que ce soutien inattendu change la donne, bien au contraire. Espérons simplement que M. Deheuvels soit moins distrait lors des séances de travail à l’académie.

Mais en dehors de savoir qui a « plutôt mis en avant la pertinence des questions posées, le caractère novateur de l’étude et ses qualités intrinsèques » (les soutiens en question ne sont visiblement pas très nombreux), posons-nous tout simplement la question du sens de cette phrase . Qu’est-ce qu’une étude nulle dans sa conception et non avenue dans ses conclusions, mais « novatrice » ? Où sont ses « qualités intrinsèques » ?

D’autre part, si l’avis du comité scientifique du HCB est impitoyable, on notera la position de son comité « économique, éthique, et social » , dont la seule raison d’être semble de formuler des avis remettant en cause l’avis scientifique, au nom  des « interrogations de la « société civile » », un terme de la langue de bois qui en français signifie  « oppositions des organisations anti-OGM » [1]

Le CEES recommande donc « qu’une étude de long terme sur les conséquences sanitaires potentielles de cette plante génétiquement modifiée (PGM)1 soit entreprise 1) sous l’égide des pouvoirs publics, 2) selon les principes qui doivent gouverner l’expertise scientifique (indépendance, pluralisme,contradictoire, transparence) et 3) sur le fondement d’une méthodologie élaborée en commun par les scientifiques (experts du CS du HCB, y compris en sciences sociales ; experts de l’ANSES ; auteurs de l’étude dont le HCB a été saisi) et les parties prenantes du CEES. ».

Selon cette logique très douteuse, un prof qui attribue un bonnet d’âne à un élève devrait négocier avec lui la rénovation des programmes scolaires !  On se doute en plus de la collaboration constructive d’un individu qui dénigre en permanence leurs collègues vendus au lobbies [2]. Qui peut croire en ça ? Naïveté réelle, ou capitulation face à des individus et des groupes motivés qui, doués pour la communication, peuvent s’appuyer sur les médias contre la science pour en contester les méthodes, les valeurs, et pour imposer un changement des règles du jeu ? Puisqu’il est question de « transparence », pourquoi ne pas jouer carte sur table, et dire qu’« on » refuse les OGM  pour des raisons purement politiques ?  Mais l’hypocrisie ambiante veut que, faute de trouver des alibis scientifiques auprès des organes d’évaluation pour justifier ces décisions politiques, on propose d’en changer les fondements en s’appuyant sur les tenants de la « science parallèle ».

Épilogue : La science est maltraitée en France par des politiciens de tous bords, mais ça peut encore empirer. On apprend avec effroi que des scientifiques italiens ont été condamnés à 6 ans de prison ferme pour ne pas avoir prédit un séisme ! En clair, ils veulent des devins, pas des scientifiques. Dans l’obscurantisme, les magistrats disputent la palme aux politiques. Outre l’ignominie morale de ce jugement, on imagine son effet catastrophique sur l’opinion publique à qui on jette des hommes en pâture, et sur les vocations scientifiques en Italie…

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Sur le web.

À lire également :

Notes :

  1. Lire cet échange à propos du CEES : Le regard sévère porté par une syndicaliste sur le fonctionnement du Haut conseil des biotechnologiesRéponse de Christine Noiville et Jean-Christophe Pagès au sujet de l’article « Le regard sévère porté par une syndicaliste sur le fonctionnement du HCB.
  2. Lire par exemple ce charmant communiqué de G.E. Séralini : « Nous n’attendons rien de l’EFSA mise lourdement en cause pour conflits d’intérêts sur les OGM comme je l’écris dans mon livre. De plus l’agence est juge et partie en ayant autorisé les produits que nous avons évalués à long terme et dont nous avons publié les résultats dans une des meilleures revues mondiales de toxicologie. L’Efsa, pour autoriser ces mêmes produits, a travaillé de manière laxiste à très court terme avec les données problématiques de Monsanto et très très insuffisantes, qu’elle garde anormalement secrètes. Nous demandons immédiatement un accès public sur internet de ces données. »

    On notera l’habituelle modestie de G.E. Séralini. « Une des meilleures revues mondiales de toxicologie ». Surtout depuis qu’elle l’a publié, bien sûr… Rappelons que même Nature, la revue scientifique la plus prestigieuse, a publié de très mauvais articles, qu’elle a été obligée de retirer.

    Facteur d’impact des revues spécialisées en toxicologie : http://www.elsevierscitech.com/host/author-webpage-4681770.html