Des chemins de fer privés: menace pour la sécurité?

Les trains anglais déraillent. C’est l’argument massue avancé par tous les adversaires de la privatisation de la SNCF

Comme pour les télécommunications ou la poste, les chemins de fer ne sont pas des services publics, mais bien des activités marchandes. Pourquoi vouloir les faire fonctionner avec l’argent du contribuable ?

Un article de l’aleps

Les trains anglais déraillent

C’est l’argument massue avancé par tous les adversaires de la privatisation de la SNCF, syndicats en tête. « Privatiser, c’est chercher la rentabilité. Or, la rentabilité s’obtient en sacrifiant la sécurité » disent-ils. Ce brillant raisonnement devrait s’appliquer aux constructeurs de voitures et d’avions, aux boulangers, aux maçons, etc. Cet argument indigent est de plus mensonger. Il y a eu des accidents en Angleterre après 1993, date de la privatisation, parce que la British Rail nationalisée avait un parc roulant vétuste et des rails et signaux en piteux état. Il a été démontré depuis lors que les accidents survenus sur les lignes de la SNCF étaient tout aussi nombreux et graves, supérieurs à ceux que l’on observe dans les autres pays qui ont privatisé les transports ferroviaires : Suède, Allemagne, Pays Bas et Belgique.

L’ouverture à la concurrence

Comme pour les télécommunications, ou la poste, ou l’énergie, les chemins de fer ne sont pas des services publics, mais bien des activités marchandes puisque les clients sont repérables, et peuvent payer un prix. Pourquoi les faire fonctionner avec l’argent du contribuable ?

Ce soi-disant service public est bien « à la française » : il bénéficie d’un monopole protégé par la loi, en infraction depuis vingt ans par rapport à la législation européenne (directive 91/440 instaurant l’ouverture à la concurrence). Cette année encore Bruxelles a enjoint sévèrement Paris à respecter ses engagements.

Sans doute la France a-t-elle consenti, comme le veut la directive, à séparer la gestion des voies et installations (confiée à Réseau Ferré de France – RFF) et le transport de fret et des voyageurs assuré par la SNCF. Mais elle a refusé de donner à la SNCF un statut de société commerciale et la SNCF est toujours à ce jour une administration (EPIC, établissement public industriel et commerciale). Enfin la France devrait accepter de faire circuler sur ses lignes des trains étrangers, de marchandises (ce qui s’est fait avec un décalage de 10 ans par rapport aux autres pays, et avec beaucoup d’obstacles) et de voyageurs (ce qui se fait théoriquement depuis décembre 2009, mais sans réelle portée pratique). Pourtant quel mal y a-t-il à faire rouler des trains italiens sur des voies ferrées françaises ? Trenitalia paie la location des rails et propose pour le mois prochain un Paris Milan Venise.

SNCF : pourrait mieux faire !

Les réticences et les retards accumulés par les autorités françaises n’ont pas pour origine la défense des consommateurs. Depuis plusieurs mois, prendre le train est devenu une aventure : insécurité dans la région Côte d’Azur, rupture de matériel par manque d’entretien, désorganisation qui vaut à des voyageurs de mettre 26 heures pour aller de Strasbourg à Port-Bou. La SNCF fait peu de cas des besoins de ses clients, comme en témoigne la révision à fin décembre 2011 de 93 % des horaires de RER et de 100 % des TGV au prétexte de « cadencement ». Les grèves incessantes et sauvages font le charme des déplacements.

Les dirigeants actuels de la SNCF le reconnaissent : un peu plus de concurrence permettrait de faire évoluer la SNCF dans la bonne direction.

La privatisation remet le train sur les rails

La privatisation ne signifie pas la disparition du transport ferroviaire. Tout au contraire le nombre de voyageurs transportés et le tonnage de fret ont augmenté de près de 20 % dans les pays voisins où la privatisation et la concurrence ont été mises en œuvre. En Angleterre et en Allemagne plusieurs compagnies de trains se sont créées, y compris des compagnies « low cost ». Mais, évidemment, les effectifs ont diminué, et la productivité a augmenté parce qu’au lieu de l’utiliser pour donner des salaires et des avantages sociaux (comme la retraite) aux cheminots, l’argent a été investi dans des équipements mieux adaptés qui permettent de lutter contre la concurrence et de l’avion et de la route. Les performances réalisées par les compagnies privées permettront peut-être d’offrir à tous les Européens un moyen de transport que jusqu’à présent on jugeait non rentable, et qui en réalité peut apporter une solution économique et écologique à l’encombrement de la route et de l’air.

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