Sauvez un village, tuez un éléphant !

Sauvez un village, tuez un éléphant

Paradoxe : autoriser le profit économique sous la forme de chasse ou d’élevage peut fournir aux propriétaires terriens les incitations à voir la faune comme un actif à protéger

Par Laura Huggins

Dernièrement, dans un article de Defining Ideas, Terry Anderson et Shawn Regan de PERC faisaient remarquer que lorsque la vidéo du PDG de GoDaddy, Bob Parson, le montrant tirant sur un éléphant du Zimbabwe, s’est rapidement répandue de façon virale, elle a généré une bousculade de critiques et une campagne du People for the Ethical Treatment of Animal (PETA) incitant les clients à abandonner leur compte GoDaddy (qui est une société d’hébergement sur Internet, NdT).

Pour une non-chasseuse, comme moi, toute cette affaire peut apparaître un peu barbare dans un premier temps, mais comme le notent les auteurs, « les fermiers qui ont demandé son aide à Parson pour un abattage sélectif des éléphants non seulement ont résolu leur problème, mais ont aussi été payés, ont eu des emplois et de la viande relatifs à cette chasse. C’est le résultat concret, pas seulement rhétorique. »

De l’aveu même de Parson :

“Le fermier était désespéré. Il n’arrivait pas à faire partir le troupeau de son champ. Il nous a demandé de venir et de nous en occuper.”

La vidéo de Parson, bien que parfois déplaisante, révèle la froide réalité de la protection des animaux en Afrique. La faune impose des coûts importants aux communautés avoisinantes. Obtenir des résultats suppose d’impliquer ces communautés dans la gestion de cette faune et leur fournir des incitations idoines pour protéger la faune et son habitat.

« La rhétorique anti-chasse de la PETA échoue sur les deux fronts : les groupes anti-chasse sont ainsi parvenus à interdire complètement la chasse au Kenya en 1977. Depuis, la population locale de grands animaux sauvage a décliné de 60 à 70%. La population d’éléphants du pays a été réduite de 167.000 en 1973 à quelque chose comme 16.000 en 1989. Le braconnage a beaucoup sévi sur les éléphants en raison des dommages qu’ils causent aux cultures et aux personnes. »

A contrario du Kenya, l’auteur explore une approche différente au Zimbabwe. En 1989, un programme du nom de « Communal Areas Management Programme for Indigenous Resources » (CAMPFIRE) fut lancé. Cette approche attribue le droit de gestion des ressources naturelles au niveau local, en ce compris le droit d’effectuer des safaris. Les chefs de ces communautés établissent des quotas raisonnables de chasses. La chasse fournit alors des emplois pour les membres de la communauté, des compensations pour les cultures et les propriétés endommagées, des revenus pour construire des écoles, des puits, etc. — tout comme l’éléphant de Parson.

En donnant le droit aux locaux de contrôler les ressources de la faune, leur incitation à la protéger s’est accrue. Les chiffres montrent d’ailleurs le succès du programme : 10 ans après son début, les populations d’animaux sauvages ont augmenté de 50%. En 2003, le nombre des éléphants avait doublé de 4.000 à 8.000. Et les gains ne se restreignaient pas à la faune.

Entre 1989 et 2001, CAMPFIRE a généré plus de 20 millions de dollars en revenus directs, dont la grande majorité provient de la chasse. Pendant cette période, le programme a bénéficié à environ 90.000 foyers et a eu un impact économique total de 100 millions de dollars.

Autoriser le profit économique à partir de l’utilisation durable et raisonnée de la faune, sous la forme de chasse ou de l’élevage, peut en effet fournir aux propriétaires terriens les incitations à voir cette faune comme un actif à protéger. C’est peut-être un paradoxe, mais ceci a le potentiel de renverser le déclin des populations de grands animaux sauvages du Kenya ou d’autres parties de l’Afrique, comme le Zimbabwe l’a montré avec les éléphants.

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Traduction de l’article Shoot an Elephant, Save a Community? repris de The Percolator, avec son aimable autorisation.