Climat : +1°C d’ici 2100, probablement (et +1,6°C si le CO2 double)

Publié Par Contrepoints, le dans Environnement, Sciences et technologies

Il n’y a pas lieu de céder à l’alarmisme concernant le réchauffement climatique ni de limiter les émissions de CO2. Tous les faits.

Un billet d’opinion de Matt Ridley (*) pour le Wall Street Journal.

Oubliez le grand rassemblement de décembre, les disputes théologiques au Qatar sur les arcanes des traités climatiques sont sans intérêt. Le débat le plus important sur le changement climatique a lieu entre scientifiques et porte sur la sensibilité du climat : dans quelle mesure la température augmenterait-elle si on doublait le taux de carbone dans l’atmosphère ? Le Groupement Intergouvernemental d’Experts pour l’évolution du Climat (GIEC) doit répondre à cette question en 2013 dans son cinquième rapport d’évaluation (AR5).

Le grand public ignore ce débat au sein du GIEC, mais j’ai pu parler à une personne qui maîtrise la question : Nic Lewis. Venant de Bath en Angleterre, ce financier semi-retraité avec une formation solide en mathématiques et en physique a produit d’importantes contributions sur le sujet du changement climatique.

En premier lieu, il fait partie de ceux qui ont dénoncé des erreurs statistiques majeures dans une étude de 2009 sur les températures en Antarctique. En 2011, il a découvert une manipulation injustifiée du GIEC qui altérait les résultats d’une étude-clé de 2006 par Piers Forster de la Reading University et Jonathan Gregory du Met Office (le service météorologique national du Royaume-Uni) en exagérant massivement le risque (modeste selon l’article) que la sensibilité climatique soit forte. Il a également reporté la mauvaise interprétation d’une autre étude par le GIEC suite à quoi celui-ci a émis un Erratum en 2011.

D’après M. Lewis, les dernières observations sur les aérosols (par exemple les particules sulfureuses dans la fumée de charbon) indiquent que leur effet refroidissant serait bien moins fort que ce qu’on pensait lors de l’écriture du dernier rapport du GIEC. Le taux d’absorption par les océans de la chaleur provoquée par les gaz à effet de serre serait également plus modeste que prévu. En d’autres termes, les deux justifications à la lenteur du réchauffement (qui tourne à la stagnation puisque les températures mondiales n’augmentent plus significativement depuis 16 ans) ne fonctionnent plus.

En clair : nous sommes maintenant en mesure d’observer la sensibilité de la température au dioxyde de carbone sans dépendre de modèles non prouvés. Comparer la tendance mondiale des 100-150 dernières années avec les modifications de « force radiative » (capacité à réchauffer ou refroidir) du CO2, des aérosols et autres sources, moins l’absorption par l’océan, nous donne une bonne estimation de la sensibilité du climat.
La conclusion (qui prend en compte les meilleures observations et estimations sur une base décennale de la température moyenne mondiale entre 1871-80 et 2002-11, et les changements correspondants dans les forces radiatives et l’absorption océanique) est la suivante : doubler le CO2 entraînerait un réchauffement entre 1,6°C et 1,7°C.

C’est beaucoup moins que l’actuelle estimation la plus optimiste du GIEC, 3°C.

M. Lewis est dans le comité de lecture de l’ébauche (récemment diffusée suite à un piratage) du « WG1 Scientifique Report » du GIEC. Il ne peut faire aucune citation, mais il connait toutes les estimations et les marges d’erreur du document. Ce qu’il m’en a dit est explosif.

En l’état de nos connaissances, le grand réchauffement tant redouté n’a presque aucune chance d’arriver. M. Lewis commente : « En partant du scénario du GIEC, qui présuppose un doublement du CO2 plus 30% d’augmentation pour les autres gaz à effet de serre d’ici 2100, on peut s’attendre à ce que l’effet sur la température soit inférieur à 1°C. »

Un changement total de moins de 2°C d’ici la fin du siècle ne provoquera aucun dommage direct. En fait, cela aurait des bénéfices directs (les scientifiques du GIEC sont déjà tombés d’accord là-dessus dans le dernier rapport) : les précipitations augmenteront un peu, la saison des récoltes s’allongera, la calotte glaciaire du Groenland ne fondra que très lentement etc.

Certaines des meilleures recherches se basant sur l’observation convergent également vers une sensibilité du climat d’environ 1,6°C pour le double de CO2. Une étude impressionnante publiée cette année par Magne Aldrin du Norvegian Computing Center donne 1,6°C comme estimation la plus plausible. Michael Ring et Michael Schlesinger de l’University of Illinois, à l’aide des relevés de températures les plus dignes de confiance, arrivent aussi à 1,6°C.

Voilà la grande question : Est-ce que les auteurs en charge de ce chapitre dans le rapport à venir vont reconnaitre que les données expérimentales ne supportent plus l’estimation actuelle du GIEC, une « probable » sensibilité du climat entre 2°C et 4,5°C ? Malheureusement, cela semble peu réaliste vu la tendance de cet organisme à construire les preuves qui arrangent ses présupposés politiques au lieu de fonder ses recommandations politiques sur des preuves ; et les scientifiques auront du mal à admettre qu’ils se sont trompés durant toutes ces années.

***

Comment peut-il y avoir tant de discorde sur la sensibilité climatique alors que les propriétés de gaz à effet de serre du CO2 sont bien établies ? Les gens pensent pour la plupart que la théorie du réchauffement climatique dangereux se fonde entièrement sur le CO2. C’est faux.

Il y a peu de débat dans la communauté scientifique sur la quantité de réchauffement que peut entraîner le CO2, toutes choses égales par ailleurs : environ 1,1°-1,2°C pour un doublement depuis le niveau préindustriel. Si un tel réchauffement devient dangereux, c’est dû à son amplification par des boucles de rétroaction positive, principalement via la vapeur d’eau et les nuages qu’elle produit.

Voilà comment ça se passe : un petit réchauffement (peu importe la cause) réchauffe la mer, l’air devient plus humide (et la vapeur d’eau est un gaz à effet de serre). Le changement qui en résulte dans les nuages, d’après les simulations, augmente le réchauffement qui peut être ainsi doublé, triplé, ou plus.

Cette supposition est au cœur de tous les modèles utilisés par le GIEC, mais même le plus fanatique des scientifiques réchauffistes n’ira pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un fait établi. D’abord, la vapeur d’eau n’augmente peut-être pas. Un papier récent de la Colorado State University conclue : « nous ne pouvons confirmer aucune tendance robuste dans les données mondiales sur la vapeur d’eau ». Ensuite, un physicien titulaire du Prix Nobel ayant un rôle majeur dans le combat contre le changement climatique m’a admis un jour : « Nous ne savons même pas le signe » de l’effet de la vapeur d’eau (c’est-à-dire s’il accélère ou freine le réchauffement atmosphérique).

Les modèles climatiques sont connus pour mal simuler les nuages, et étant donné leur très fort impact sur le climat (certains refroidissent la Terre en lui faisant de l’ombre ou en faisant monter la chaleur et descendre le froid durant les orages, d’autres la réchauffent en bloquant les radiations sortantes) il est plausible que le feedback de la vapeur d’eau ne soit pas positif.

Si tel est le cas, nous devrions avoir jusqu’à présent un réchauffement de 0,6°C, et nos observations devraient pointer vers une augmentation d’environ 1,2°C pour la fin du siècle. Cela correspond en gros aux observations décrites plus haut.

Dans l’année qui vient, les scientifiques du GIEC devront décider s’ils acceptent d’admettre que, malgré ce que leur indiquent leurs modèles informatiques complexes et invérifiables, les observations pointent maintenant vers un tiédissement climatique sans préjudice net. Au nom de tous ces pauvres gens qui se ruinent pour payer de la nourriture et de l’énergie toujours plus chères à cause du détournement du maïs pour faire du biocarburant et de la subvention des énergies renouvelables orchestrée par la carbo-cratie et le capitalisme de connivence, nous ne pouvons qu’espérer qu’ils feront le bon choix.


Sur le web.

(*) M. Ridley rédige la colonne « Mind and Matter » pour le Wall Street Journal et écrit sur les questions climatiques pour diverses publications depuis 25 ans. Sa famille loue des terres pour l’exploitation du charbon au nord de l’Angleterre, un projet qui s’achèvera dans 5 ans.
Une précédente version de cet article est parue le 19 Décembre 2012 à la page A19 de l’édition US du Wall Street Journal, avec comme titre : Cooling Down the Fears of Climate Change.

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  1. Ça ne peut pas être vrai puisque la Banque Mondiale craint les effets d’une hausse de 4 °C dès 2060… autant se préparer à 8 voire 10 °C pour 2100 et commencer dès maintenant à stériliser les africains ! Et puis réchauffement ou non, il faudra bien mettre fin à l’immonde capitalisme apatride des heures les plus sombres de notre Histoire !

  2. Le problème du climat est que les facteurs déterminants du climat sont tellement complexe et multiples qu’il est aujourd’hui quasiment impossible d prévoir des changements climatiques à horizon 100, les facteurs devenant trop aléatoire (par exemple, quid du taux d’humidité global, la vapeur d’eau étant un puissant gaz à effet de serre, ou bien comment appréhender les réactions de l’océan dont les variations de température modifie l’atmosphère, et il y a des millions de facteurs comme cela qu’on connait à peine). On peut difficilement prévoir une augmentation des températures de 1° tout autant qu’une augmentation de 3°.

    Et puis de toute façon je pense que le problème dans 100 ans ce sera surtout « comment continuer à rejeter du Co2″
    L’association des anciens élèves de centrales va, après avoir écrit sur l’avenir des métaux, sortir un livre sur l’économie verte. Le problème soulevé dans ces deux livres est que les ressources ne seront plus suffisantes à horizon 50 ans pour continuer à consommer comme nous le faisons. Il ne s’agit pas forcement du pétrole, mais par exemple avec le rythme des découvertes actuelles et l’évolution de la consommation, il n’y aura plus (ou alors de manière anecdotique) de mine d’or, de zinc, d’argents dans 20 à 30 ans. On se dirige dans les 10 ans vers non pas un « peak oil » mais avant cela, on aura droit à un pic de l’eau, un pic des terres arables, des terres rares (très proche), tout simplement parce que les gisements découverts sont de plus en plus dures à exploités. (qui voudra exploiter des minerais à des profondeurs abyssales pour en extraire de faible quantité et ainsi avoir un bénéfice inexistant?)

    Le tout n’est pas de savoir si on déversera trop de Co2 dans 100 ans. Je trouve très optimiste de penser qu’on puisse encore rejeter du Co2 comme aujourd’hui dans 100 ans.

    1. Bloucas: « les ressources ne seront plus suffisantes à horizon 50 ans pour continuer à consommer comme nous le faisons. »

      Le coup du « y aura plus.. » on nous le fait depuis.. oh.. 100 ans ? Je parierais même pour bien plus en fait, 100 ans c’est pour les prédiction « scientifique » avec peer-review et tout le tremblement.

      J’ai passé une moitié de ma vie à écouter les Mme Soleil de la catastrophe et ils ce sont tous plantés sans aucune exception comme tout ceux avant eux, je laisse volontiers ces croyances et ces peurs là aux plus jeunes.

      …j’étais aussi socialiste une moitié de ma vie. On est un peu con quand on est jeune il est vrai :)

        1. CITOYEN: « A voir notre Depardieu national on peut aussi penser l’inverse ! »

          C’est vrai et on n’a plus l’excuse de l’ignorance à cet âge.
          Lui a pris tout le pack, soutient communiste à ses heures, mais deux poids deux mesures. Typique.

  3. Heureusement que les « financiers semi-retraites » mais avec quand même « une formation solide solide en mathematiques et en physique » se mêlent de climatologie pour relever le niveau d’amateurisme des physiciens, des chimistes et autres spécialistes du climat…

    Et ce meme si leurs familles « louent des terres pour l exploitation du charbon dans le Sud de l’Angleterre »

    Et puis, c’est vrai que c’est surement plus stimulant pour lui que les Sudoku ou les mots croises…

    Si jamais y a d’autres financiers, mais attention hein, des financiers avec une formation solide, qui veulent bien éclairer de leurs lumières ces gros nazes de la recherche médicale ou astrophysique, ca nous rassurerait vachement…

    Nan mais sérieusement, sans être particulièrement a la page dans le débat RCA, y a quand même un paquet de personnes dans le « clan » des sceptiques qui ont largement plus de crédibilité que ce monsieur… Et aussi respectable soit il, je ne vois pas trop l’intérêt de son avis. Mis a part rappeler l’implication du milieu de la finance et des lobbys du charbon dans le débat…

    1. on peut voir les choses autrement, comment se fait il qu’une science béton puisse être ébranlée de temps à autre pas trois ahuris avec un pc et leur couteau?

  4. le Giec se fache d’après ces messieurs ils sont pris pour cible et mécontents demandent de leur faire parvenir les textes parlant de leurs défauts. plutot que de les écrire sur les bloggs je vous laisse le soin de remplacer le mot défaut par ce qu’il vous conviendra !

  5. (National Climate Assessment and Development Advisory Committee) établi en 2010 par le Ministère américain du Commerce. Il s’agit de leur troisième rapport qui a été réalisé par plus de 240 scientifiques.

    Selon la projection basse qui table sur une réduction substantielle de ces émissions après 2050, la hausse de la température moyenne devrait être de 1,6 à 2,7 degrés Celsius d’ici la fin du siècle.

    Mais si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, le mercure pourrait alors grimper de 2,7 à 5,5 degrés, selon ce document de 400 pages.