Macron, le président-Dieu : quand le clientélisme révèle une vision divine du pouvoir

Jonathan Frickert souligne le clientélisme et la vision quasi divine d’Emmanuel Macron concernant son rôle de président, tout en retraçant l’évolution du clientélisme présidentiel dans l’histoire française.

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Macron, le président-Dieu : quand le clientélisme révèle une vision divine du pouvoir

Publié le 4 avril 2023
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Après « ceux qui ne sont rien », les « Gaulois réfractaires » et les « procureurs », nous voici désormais des « ingrats ». Selon nos confrères du journal Le Monde, le 27 mars dernier, Emmanuel Macron a réuni plusieurs proches pour évoquer la situation sociale tendue que connaît le pays.

Cette situation est évidemment liée au énième projet de réforme paramétrique de notre pyramide de Ponzi nationale qu’est notre système de retraite. Une réforme qui est destinée à rassurer le dernier électorat mobilisable du pays sur le sort de ses pensions alors que la France est le troisième pays d’Europe où les retraités sont en moyenne les plus aisés.

Durant cette réunion, Olivier Véran aurait suggéré au président de la République de calmer la contestation en utilisant l’arme préférée de nos gouvernants : l’argent des contribuables.

Si cette proposition a été pour l’instant heureusement rejetée par Emmanuel Macron, ce dernier n’a pu résister à l’envie irrépressible d’une de ces petites saillies faussement off auxquelles il est désormais accoutumé : « On est le gouvernement qui a le plus payé et personne ne nous dit merci ».

 

Une vision divine de l’action publique

Sur le fond, Emmanuel Macron se trompe, la France se situe dans la moyenne des pays européens qui ont le plus aidé leur population durant la crise sanitaire. Une aide qui s’est payée par des restrictions draconiennes de nos libertés, de la hausse des dépenses publiques, du déficit et de la dette ainsi que d’une inflation record depuis 1985.

Sur la forme, Emmanuel Macron reproche ici aux Français de ne pas l’avoir remercié d’avoir fait ce qu’il aurait été de toute façon effectué compte tenu de son référentiel étatiste. Or, en cette période de Carême et de ramadan, nous ne pouvons que nous souvenir que la seule entité que nous remercions du simple fait de son existence n’est ni humaine ni matérielle, mais spirituelle : Dieu.

Voilà qui en dit long sur l’image qu’il a de sa fonction voire peut-être de sa personne.

 

Une conséquence de l’interventionnisme

Cette séquence est un cas de clientélisme particulièrement parlant.

Le clientélisme est aussi vieux que la chose publique et consiste donc en un ciblage de certaines personnes ou catégories de personnes en vue d’obtenir des faveurs, généralement électorales ou postélectorales en cas de défaite.

Ce ciblage suppose une démarche de l’élu en question et est donc intimement lié au pouvoir d’intervention de la structure étatique sur la société. En cela, le meilleur outil contre le clientélisme est tout bonnement le rejet de l’interventionnisme. Il en est de même de la corruption, qui y est fortement liée, et de la connivence du politique et des groupes d’intérêts économiques. Des maux régulièrement dénoncés par la gauche pourtant évidemment incapable d’en pointer la cause première.

D’un point de vue élyséeologique, c’est-à-dire de l’étude de la pratique présidentielle, le clientélisme est donc profondément lié à la capacité d’action et par conséquent de nuisance du président de la République sur les contribuables.

 

Le péché de 1962

En cela, il est compliqué de parler de clientélisme présidentiel avant 1958 puisque le président de la République se limitait à ses seules prérogatives légitimes d’incarnation.

Ainsi, la Troisième et la Quatrième république étaient fondées sur une conception très britannique du chef de l’État « inaugurateur des chrysanthèmes » selon l’expression consacrée. Il n’avait qu’un engagement très indirect sur les affaires publiques. Une action qui est fondée sur l’influence et la recommandation.

Cela n’empêchera toutefois pas le plus évanescent locataire de l’Élysée (titre qu’il partage avec René Coty et François Hollande), Jules Grevy, d’être une des premières illustrations du clientélisme présidentiel avec le scandale des décorations.

Plusieurs tentatives de renforcement du pouvoir présidentiel ont été menées, notamment entre les deux guerres et justifiées, comme souvent, par les différentes crises. Il faudra toutefois attendre 1958 avec le relèvement officiel du pouvoir présidentiel et plus encore le péché originel de 1962 avec l’élection du président au suffrage universel direct, pour voir émerger un authentique clientélisme présidentiel.

 

La centralisation du pouvoir

Ce clientélisme repose sur trois éléments : la centralisation progressive de l’exécutif puis du législatif – avec le fait majoritaire – à l’Élysée, un lien direct au peuple et une idée bureaucratique du pouvoir.

Charles de Gaulle, inspiré par son expérience de chef de l’État, du gouvernement et de l’armée de la France libre, aura ainsi dès l’origine une vision très centralisatrice du pouvoir exécutif.
À ce centralisme s’ajoute un rapport particulier au peuple.

 

Un bonapartisme bureaucratique

Le clientélisme est en effet une conséquence d’une vision court-termiste et donc consumériste de la logique électorale.

L’élection du président de la République au suffrage universel direct a mis fin à l’électorat-contributeur qui était le propre du suffrage censitaire et à l’électorat-pairs du suffrage indirect. Désormais, l’élection repose sur un électorat-bénéficiaire. Cette logique impose alors de viser les couches les plus nombreuses de la population et qui profitent donc généralement le plus des politiques publiques : consommateurs, travailleurs ou encore locataires, comme le montrait l’avocat Patrick Simon il y a plus de 30 ans. Le peuple est donc depuis vu comme un ensemble de consommateurs de politiques publiques à satisfaire rapidement. L’objet est ici d’éviter une fuite vers la concurrence, transformant dans le même temps la politique-charge en politique-métier.

Cette conception de la politique-métier est fortement liée à une vision administrative du pouvoir présidentiel avec l’émergence des présidents issus de l’ENA à partir de 1974. Depuis cette date, quatre présidents de la République sur six y avaient fait leurs études.

Il en ressort donc un bonapartisme bureaucratique qui n’a fait qu’amplifier le clientélisme présidentiel au fil des présidences.

 

Le cas chiraquien

Dès lors, le clientélisme présidentiel a pu s’épanouir librement. François Mitterrand, bien que n’étant pas issu de la haute fonction publique, appliquera au niveau national le rapport habituel de la gauche aux milieux associatifs. Ce rapport est teinté de clientélisme local sous couvert d’impératif de cohésion sociale, notamment par le biais de SOS Racisme et vise à capter ce qui constituera un des nouveaux socles de l’électorat de gauche.

Son successeur, Jacques Chirac, fera, lui, du clientélisme un mantra, aussi bien sur ses terres corréziennes et parisiennes qu’en outre-mer, tout en entretenant une clientèle de dirigeants politiques et économiques placés durant des mandats gouvernementaux précédents.

 

La continuation macronienne

Bien que dénonçant régulièrement cette pratique depuis 2016 et notamment son volet communautaire, Emmanuel Macron n’est pas épargné par un certain clientélisme, qu’il s’agisse de certaines réformes telles que celle de la taxe d’habitation ou des retraites, mais également d’une politique du chéquier déployée aux moments opportuns.

Un clientélisme qui est donc fortement lié à une idée bien particulière d’un pouvoir présidentiel bonapartiste, bureaucratique et consumériste.

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  • Avatar
    jacques lemiere
    4 avril 2023 at 7 h 44 min

    Pas la faute de macron…

    C’est la logique combinée de la destruction de l’education , de la démocratie et de la constitution…

    Toutefois la vaste acceptation de l’evidence de gérer une épidémie par un élu me laisse perplexe..même au point de vue constitutionnel..la nation n’etait pas en péril mais l’hopital public..ce n’est pas comme une guerre une crise existentielle pour le pays…

    Des tas de gens crient à la trahison… mais qui ou quoi??? pour moi de l’ssptrit de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen..

    macron fut élu..peu importe qui le soutient.. la constitution indique les limites..

    Et sur contrepoints il est difficile de simplement dire qu’il est périlleux de laisser la production électrique la politique énergétique dans les mains de l’état… sans exiger de garde fou pour éviter les dérives..

    les français sont donc des étatistes… qui voient l’état comme le problème et la solution.. qui mettent en cause la légitimité du président quand ils ne sont pas d’accord et accepte ses abus quand ils sont d’accord .. ils rêvent d’un despote éclairé…qui emmerde les emmerdeurs…

  • Voilà une belle condamnation – tout à fait justifiée mais qui vient un peu tard – des institutions antidémocratiques de la V ème république, qui paradoxalement ne fonctionnent que moyennant une démagogie crasse qui nous ruine un peu plus tous les 5 ans.

  • « Sur le fond, Emmanuel Macron se trompe, la France se situe dans la moyenne des pays européens qui ont le plus aidé leur population durant la crise sanitaire. »
    Comment peut-on qualifier d' »aide » cette sorte de dédommagement alloué par le gouvernement français aux entreprises dont elle a arrêté l’activité ? Il suffisait de laisser tout le monde travailler…
    Il n’y a pas eu une « pandémie » exceptionnelle du Covid-19, mais plutôt une « épidémie » de mesures sanitaires absurdes et contre-productives !!!

  • « Une réforme qui est destinée à rassurer le dernier électorat mobilisable du pays sur le sort de ses pensions »
    Si vous pensez aux retraités actuels, il me semble que c’est une erreur car faisant partie des « boomers » comme on nous appelle, je sais que je n’ai aucun moyen de modifier la trajectoire de ma pension qui suivra bien évidemment le même chemin que celle du privé quand les robinets de l’argent gratuit des autres seront fermés.
    Donc ça n’a rien de rassurant et il est certain que le successeur de Macron suivra le même chemin de l’endettement jusqu’à ce que la BCE dise « stop »!

  • Il y a dans l’idée française du dirigeant que les contre-pouvoirs de tout ordre empêche de tourner en rond. C’est certainement vrai jusqu’à une certaine mesure, cependant tout muselé ou rendre d’apparence est, à terme, néfaste. Et maintenant après tant de misérables décennies, nous devons nous résigner à attendre encore du mal lui-même qu’apparaisse un esprit lucide, humble et juste dont la mission première serait de changer notre modèle mentale politique. Duquel, par la suite, nous pourrions avec apaisement voire d’autres évolutions libérales se faire une place.

  • quelles que soient les règles d’un jeu, elles ne rattrapent pas la nullité des joueurs… La meilleure Constitution a moins d’importance que les qualités des politiques.

  • La Constitution donnée à ce pays le tient dans l’illusion qu’il élit le meilleur homme pour la situation. Mais les capacités du pouvoir qu’elle accorde à ce dernier le conduisent inévitablement à exercer ses volontés comme le faisait un satrape de l’empire perse. Macron est devenu un tyranneau du Conseil européen.

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