Plus réfractaires que les Gaulois, leurs élites bureaucratiques

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Plus réfractaires que les Gaulois, leurs élites bureaucratiques

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 30 août 2018
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Par Frédéric Mas.

Emmanuel Macron en voyage au Danemark s’est encore pris les pieds dans son humour glacé et sophistiqué. Devant la reine Margrethe II, il s’est amusé à comparer les Danois « peuple luthérien », aux Français, des « Gaulois réfractaires aux changements ».

Il n’en fallait pas plus pour susciter les cris d’effroi et les marques d’indignation dans les médias et sur les réseaux sociaux du pays d’Astérix. Comment le président de la République osait-il insulter son propre peuple à l’étranger pour des maux bien entendus imaginaires ? Force est de constater qu’il n’a pas complètement tort, même s’il ne semble pas avoir bien compris que lui-même faisait davantage partie du problème que de la solution.

Les Français n’aiment pas le changement

Que les « Gaulois » n’aiment pas le changement, ce n’est pas vraiment une nouveauté. Réformer le pays est une tâche difficile, et les Français semblent épuiser les réformateurs avant même que les réformes se mettent en place. Le lamento politique est connu, ancien, et assez partagé par l’ensemble de la classe politique. Et il n’est pas dénué de fondement. Peut-être faut-il voir ici la trace d’une conception proprement française de la liberté, héritée de l’Ancien régime et qui se perpétue aujourd’hui sous la forme de notre État social et corporatiste contemporain.

Pour Philippe d’Iribarne, l’une des sources de « l’étrangeté française » au sein du monde contemporain repose sur sa définition de la liberté sociale et politique comme statut : le statut permet de s’affranchir d’un marché concurrentiel perçu comme inhumain, dégradant et surtout soumis aux aléas de l’offre, de la demande ou des acteurs politiques et économiques plus puissants.

Chaque catégorie de Français est attachée à son statut et à ses privilèges afférents, et toute réforme, même minime, est vécue comme un abaissement ou une dégradation. Qu’on pense aux changements minimes du Code du travail, aux réactions face à l’inexistante réforme de la SNCF ou encore aux changements cosmétiques de l’Éducation nationale, la réaction est la même : l’ultralibéralisme anglo-saxon a encore frappé et menace de nous transformer en enfer sur Terre.

Du coup, le pouvoir politique s’est adapté : pour se faire élire, il tend à protéger ces privilèges, à les monnayer ou même à les créer. Cela dure depuis des siècles, en dépit d’une courte période d’interruption au moment de la Révolution française.

Les retraités votent Macron pour changer le pays ? Oui, mais dès que celui-ci demande de participer au grand changement social-démocrate, ils renâclent. Le nouveau monde, d’accord, mais ce sont les autres qui doivent payer, et les corporatismes doivent être préservés.

Révolutionnaires en paroles, conservateurs en acte

Cet attachement si français au statut se double d’une passion pour la révolution, la rupture et la réforme — bien souvent au nom de l’égalité —, au moins en paroles. La France est ce pays où les révolutionnaires rêvent de devenir fonctionnaires à vie, comme Jean-Luc Mélenchon, où la rhétorique anti-système est une confortable rente de situation pour les populistes d’extrême-droite, et où les grandes réformes annoncées lors des campagnes électorales se terminent la plupart du temps en ajustement techniques produits par les mêmes fonctionnaires depuis des décennies.

Des peuples de Gaule, les bureaucrates français sont les plus conservateurs

Quand Macron se moque gentiment des Français, il semble oublier qu’il est lui-même le représentant du groupe d’intérêt le plus attaché à son statut et le plus épargné par le changement qu’il professe à longueur de journée, les hauts fonctionnaires. Issu des grandes écoles, ENA en tête, ils constituent une caste d’intouchables qui ne semble pas souffrir des aléas du marché, qu’ils soient politiques ou économiques. L’élite de la bureaucratie en France est la profession protégée par statut au-dessus des statuts particuliers, la classe privilégiée par excellence chargée de gérer les privilèges de chacun. En toute discrétion.

Agnès Saal dont on vient d’apprendre la promotion illustre la prise de risque limitée de ses membres en cas de manquement. Ceux-ci sont sans doute mineurs comparés à d’autres1, mais témoignent d’une même culture de l’impunité au sommet, de casage et de recasage dont profitent largement les politiques qui ont réseauté pendant leur scolarité au sein de l’ENA.

Comme l’a remarqué Philippe Silberzahn, il est difficile de changer de modèle mental, et c’est ce qui peut nous perdre. Celui, bureaucratique, qui s’envisage depuis de Gaulle comme l’organisateur et le moteur du changement social, est tout à fait capable de diagnostiquer les manquements de la société civile, mais reste bien souvent aveugle à ses propres limites. Les « Gaulois » sont sans doute réfractaires au changement. Mais leur classe bureaucratique, dont Macron est le porte-parole, n’est sans doute pas la mieux placée pour en parler…

  1. Vous avez déjà songé à ce que nous avait coûté l’énarque Ségolène Royal ou François Hollande ?
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  • le problème n’est pas tant que les français n’aiment pas le changement, c’est plutôt qu’ils en ont assez des réformes à deux balles qui finissent en totalité par soit restreindre vos libertés soit vous piquer votre argent….le fond du problème reste l’etat, comme d’hab.

    • Hélas cela ne suffisant plus il faut s’attaquer à la nourriture ! Je reste assez stupéfait tout en cherchant les limites aux quelle il faut s’arrêter de prendre la population pour des imbéciles. Ce sont de tels comportements politiques qui ont mis Hitler et d’autres extrémistes au pouvoir, chose qui pourrait bien revenir sous peu.

      • Les extrémistes en question ne le sont qu’aux yeux de ceux qui les accusent de l’être. Auparavant la gauche collait l’étiquette de fasciste à tout ce qui n’était pas elle, de nos jours c’est populiste! Il en est ainsi en Pologne, le PIS n’est pas un parti populiste, c’est un parti conservateur qui défend les valeurs occidentales! C’est suffisant pour que les bobos de gauche qui haïssent ces valeurs se mettent à calomnier en le traitant de suprémaciste blanc. Or vous pouvez toujours chercher la moindre connotation dans le discours ou le programme de ce parti.

  • Parler de réformes quand on se réclame du communisme qui est dans sa nature profondément réactionnaire, ce serait marrant si le pays n’avait pas été détruit par cette caste de baltringues.

  • Les retraités ont voté Macron pour la sécurité et non pour le « grand changement social-démocrate » qui consiste à les dépouiller. Pour quels résultats d’ailleurs? Les effets positifs attendus n’étant pas au rendez-vous, l’instigateur se réfugie dans « l’humour » moqueur à l’occasion de ses nombreux voyages tous frais payés hors de nos frontières. Reste à voir si les français vont trouver ça drôle très longtemps.

  • nous sommes réfractaires, et bien que l’on supprime 50%des députés et sénateurs et les payer au SMIG…vu la nullité…on ne fait pas de la politique sur de la Com…pour éliminer ces gens là, il faut les stérilisé, vous en sorter 1 et 2ème le remplace, pas prêt de changer le système …

  • Comment voulez vous que cela change ,à quoi sert d’avoir une majorité absolue à l’assemblée, autant supprimer cet assemblée..ou est le débat ? à l’opposition ,je suis sourd et je décide..cela fera des dépenses publique en moins !! mis la ,ils sont réfractaires Lee Élites Gauloises !! ?

  • Réformer le pays est une tâche difficile

    Oui, la marche vers la dictature est épuisante, je suis d’accord 🙂

    Peut-être faut-il voir ici la trace d’une conception proprement française de la liberté

    Un indice…

    la réaction est la même : l’ultralibéralisme anglo-saxon a encore frappé et menace de nous transformer en enfer sur terre.

    Aux autres de faire un effort…

    Les retraités votent Macron pour changer le pays ? Oui, mais dès que celui-ci demande de participer au grand changement social-démocrate, ils renâclent.

    Ou sont les 20000 suppressions de fonctionnaires ❓
    C’est sur que les sans-dents c’est fendant… cela ne lance plus de pavés… Cela ne fait plus grève, plus de chantage…
    C’est une variable d’ajustement facile
    je suis ébloui par un tel courage…
    On aurait voir les fonctionnaires demander une baisse de leur retraite… Quand les poules auront des dents…

    Comme l’a remarqué Philippe Silberzahn, il est difficile de changer de modèle mental, et c’est ce qui peut nous perdre.

    « et c’est ce qui va nous perdre. » Je vous sens trop optimiste.

    Hey Manu, si tu en as ailleurs que sur les mocassins, il est temps de les montrer :mgreen: :mgreen: :mgreen:

  • Il faut peut-être arrêter de pleurer pour ma part j’ai eu une bien meilleur vue que mes parents mon père était fils d’ouvrier et donc pour son père pas d’étude il a fallu qu’il travaille aussitôt son certificats d’étude en poche et ma mère au foyer

    Pour ma part j’ai pu faire des études et offrir des études à mes enfants qui grâce à celles ci ils ont trouvé tout de suite du travail
    J’ai une retraite beaucoup plus correcte que mes parents .
    Alors oui il faut réformer la société mais il faut aussi faire preuve de positivisme
    Et je suis désolé mais il est vrai que la société française est très conservatrice et hélas un certain nombre de gens cherchent plus à être assisté qu’autre chose
    Il faut plus permettre aux gens de se réaliser en leurs mettant mois de freins et pénaliser ceux qui vivent sur le dos de la société .
    Il faut peut-être faire un effort si l on veut réussir dans la vie . Et si on pense que vivre en France c’est un frein on peut aller dans d autre pays
    J’ai des amis qui sont allés en Suède,en Australie et en Grande Bretagne et qui ont très bien réussi dans ces pays.

    • « Il faut peut-être faire un effort si l on veut réussir dans la vie  » : ah oui ? tu en es sûr ?

    • le problème c’est que plus vous faites des efforts et plus l’Etat en fait aussi pour vous dépouiller….et non on ne peut pas tous partir de France.

    • Oui, ce commentaire me paraît plein de bon sens. Le sel tempérament est qu’une classe de fonctionnaires veut en diriger toute l’existence. Forcément, il y a de bonnes choses,dans les lucarnes que les énarques laissent libres. Mais eux-mêmes, féroces dans la défense de leur corps d’Etat, décident de toute, organisent tout et sont donc responsables de l’enférocement de la société. C’est eux qui ne permettent pas aux gens entreprenants de se réaliser en les écrasant sous les réglementations et les abrutissant d’impôts et taxes et interdictions, jusque dan la vie quotidienne. Il ne sont pas nos ennemis mais se conduisent comme tels.

  • heureusement pour lui (et sa clique) que l’on n’a pas la potion magique ; sinon , il pourrait trembler pour son matricule……

  • Ce que je crois c’est que la valeur de l’effort n’est plus assez mise en avant.Et que l’état protecteur en est en grande partie le coupable.
    Refuser le changement en fait partie car il faut justement faire un effort pour l accepter rester sur un statut quo est beaucoup plus confortable.

    • @clés
      Les, réformes, le changement deux mots trompeurs très souvent employés et qui ne veulent rien dire.
      Par contre je n’entends jamais parler d’amélioration ou de simplification. Les politiciens sont les spécialistes des usines à gaz résultant d’empilement successifs de mesures et contre-mesures coûteuses à mettre en place pour des résultats insignifiants.
      Vous dites plus haut que vous êtes très satisfait de votre situation et de celle de vos enfants, alors pourquoi voulez-vous changer ?

  • C’est l histoire du verre à moitié plein à moitié vide.Il y en a qui le voit toujours à moitié vide et d’autres à moitié plein.Pour ma part je viens d une époque où les choses étaient beaucoup plus dures.Donc je vois le verre à moitié plein .Ce n’est pas pour cela que je pense qu’il ne faut pas améliorer les choses.Pour ma part je suis pas plus libéral que socialo comme certains disent
    Mais je pense que l’état est trop omnipotent et qu’il devrait limiter ses champs de compétence.
    Pour l anecdote mon fils voulait voir autre chose que la France et ayant un diplôme recherché même s’il était Français a déjà travaillé dans 3 pays différents.

    • Pour faire simple, on prend un verre deux fois plus petit, et il n’est ni à moitié plein, ni à moitié vide, mais parfaitement adapté. — Neuf manières de reconnaître un bon ingénieur.

    • Ya pas d’histoire de pessimisme ou d’optimisme, ya qu’on est en déficit, alors au mieux on déshabille Paul pour habiller Jacques, au pire on déshabille tout le monde.

  • Excellent ! La caste, en France, est d’autant plus imbue d’elle-même qu’elle est persuadée de sa supériorité intellectuelle, comme l’indique sa réussite à un concours scolaire. Rien ne la fera douter, pas même ses échecs continus. Il n’est que de voir son arrogance, par exemple la manière dont Macron veut imposer sa vision de l’Europe à maintenant presque une dizaine d’Etats qui, tous, courent dans une direction opposée à celle du président français. Mais il n’en démordra pas: il a raison, certitude confortée par son bulletin scolaire sur lequel, voilà 20 ans, étaient portées des mentions élogieuses.

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