La mystification des « hommes-abeilles » de Chine

La disparition (alléguée) des abeilles et autres pollinisateurs force-t-elle les producteurs de pommes et de poires du certains districts du Sichuan, à polliniser les fleurs de leurs arbres à la main ?

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La mystification des « hommes-abeilles » de Chine

Publié le 21 décembre 2022
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Arte diffuse en ce mois de décembre un documentaire suédois, Chine – la terre muette.

Resurgit donc l’allégation selon laquelle la disparition (alléguée) des abeilles et autres pollinisateurs du fait d’un usage inconsidéré de pesticides forcerait des producteurs de pommes et de poires de certains districts du Sichuan, notamment celui de Hanyuan, à polliniser les fleurs de leurs arbres à la main.

Cherchez « pollinisation + Chine » dans la rubrique « vidéos », et votre moteur de recherche vous affichera environ 15 600 résultats !

Une séquence du National Geographic explique bien le contexte général et le mode opératoire. Avec une mise en contexte anxiogène. La récolte est belle et à la minute 00:33…

« … mais ce ne sont pas les abeilles que doivent remercier les fermiers pour leur abondante production. Car ici, elles ont disparu depuis bien longtemps. [Musique doucereuse pour ménager le suspense.] Au début des années 1980, l’utilisation non contrôlée de pesticides a annéanti toutes les abeilles de la région et tué toutes les plantes à pollen qui subvenaient à leurs besoins… »

 

Cette autre séquence de France Info, avec une musique quelque peu anxiogène, accuse aussi l’agriculture intensive et « l’utilisation excessive de pesticides dans les vergers ».

Mais elle évoque également un fait sans en tirer les conséquences :

« Face à cette crise, la location d’abeilles par des apiculteurs est devenue un commerce important dans la province. Mais une méthode moins chère est aussi employée : la pollinisation à la main. »

 

Mes pérégrinations m’ont aussi amené à « Decline of bees forces China’s apple farmers to pollinate by hand » (le déclin des abeilles oblige les pomiculteurs chinois à polliniser à la main). En chapô :

« Selon Dave Goulson, expert en pollinisation, le déclin des abeilles sauvages en Chine ne menace pas seulement les récoltes de pommes et de poires. »

Est-ce crédible que toutes les abeilles, domestiques et sauvages, et les plantes mellifères aient disparu en fait depuis des décennies ? Est-ce crédible que, alertées par des producteurs, les autorités chinoises aient répondu, selon le National Geographic » : « Pollinisez à la main ! » ?

Est-ce crédible, venant pourtant d’un scientifique réputé – certes aussi réputé pour être un chercheur militant et même plus que militant –, que le déclin des abeilles sauvages pose problème pour les pommiers et poiriers ?

Bien sûr que non ! Tout au moins pas dans cette ampleur. Que l’extension des surfaces cultivées et la disparition ou réduction concomitante des habitats et l’évolution des techniques – un usage excessif et inconsidéré des pesticides – aient eu un effet négatif est difficilement contestable. La disparition totale des abeilles et autres pollinisateurs relève toutefois du mythe.

Mais trouver des informations pertinentes dans le déluge d’articles prêchant l’apocalypse relève de la recherche de la légendaire aiguille dans une meule de foin.

Voici cependant « La pollinisation manuelle en Chine: Une mystification apido-médiatique française ». C’est de M. André Fougeroux, membre de l’Académie d’Agriculture de France mais aussi ancien de Syngenta… suspect… En fait non : c’est publié par Apiservices et cela a été relu par M. Bernard Vaissière, chargé de recherches à l’INRAE, unité Abeilles et Environnement. Il y a aussi « La pollinisation humaine en Chine – une fable écologique un peu trop parfaite ? » du blog Les recherches de Nicolas, avec essentiellement le même constat.

Les pommiers et les poiriers sont essentiellement auto-incompatibles : les fleurs d’une variété donnée ne peuvent être fécondées que par du pollen d’une autre variété compatible étant entendu que ces deux variétés doivent fleurir en même temps et leurs arbres ne pas être trop éloignés les uns des autres. Aussi, les vergers se composent généralement d’une variété principale et de pollinisateurs.

M. André Fougeroux écrit :

« En général, la proportion d’arbres pollinisateurs dans un verger est autour de 1 à 3 pour 10 arbres de la variété de production. Il s’agit donc d’une décision économique : plus il y a d’arbres pollinisateurs et moins il y a d’arbres de production de la variété souhaitée. Et la proportion d’arbres pollinisateurs plantée dans cette vallée du Sichuan est bien trop faible, d’où la nécessité d’une pollinisation manuelle complémentaire. »

Et Nicolas :

« Le point numéro 1 permet d’expliquer un paradoxe apparent qui est que les arboriculteurs polliniseraient à la main du fait d’un manque d’abeilles alors que des ruches sont disponibles à la location localement pour un coût huit fois inférieur à celui de la pollinisation humaine (Partap et al. 2001) et que même parfois les arboriculteurs possèdent eux-mêmes des ruches (Swan 2014) ! C’est bien le manque de pollen permettant la pollinisation qui est le facteur limitant et pas tant, à priori, les pollinisateurs. En effet, à quoi bon louer des ruches si, de toute façon, les abeilles ne pourront pas trouver facilement le pollen qu’il faut pour polliniser ? »

La situation a changé depuis 2001 du fait du développement économique de la Chine. Mais le constat principal reste inchangé.

Partageons aussi sa conclusion :

« Cette histoire questionne une nouvelle fois le rapport des médias au catastrophisme écologique. Il est évident que la mise en garde d’Einstein peut nous inquiéter quand il a dit que « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre« , le problème est qu’Einstein n’a jamais prononcé cette phrase… »

Il n’y a pas que les médias. Il y a aussi des lobbies qui instrumentalisent la mystification du Sichuan pour leurs discours antipesticides… et Einstein… et aussi la crédultié ambiante.

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  • Bientôt, le slogan sera : « en France on n’a pas d’agriculture mais on a des abeilles « . Il ne nous restera alors à faire comme les frelons : les manger….

  • Très intéressant article qui résume à lui seul la facilité avec laquelle on peut désinformer, et à l’inverse , la difficulté une fois le mensonge bien installé, de le dégommer.

  • « Entre 1961 et 2018, la production de miel en Chine a été multiplié par 8,6. Mais la palme de la progression revient à la Turquie, dont la production de miel a été multipliée par 14,3 et qui est désormais le 2è plus gros producteur de miel au monde. »

    Puisqu’on vous dit que les abeilles disparaissent, c’est que les Chinois et les Turcs font leur miel à la main…

  • les gamins désormais tirent l’essentiel leurs « connaissances » de ces videos.. et ce n’est pas contre balancé par leurs « maitres ». qui sont abreuvés à la même source;.
    pas une once de bon sens..
    la défaillance est éducative…et maintenant ces gamins sont parfois « scientifiques » et publient.

    en général, ils soutiennent qu’une assertion est vraie… . vous la démontrez évidemment fausse..ils consultent leur maitres et reviennent vous dire qu’ils ont raison mais que le sens des mots est différent du sens commun…
    tiens le sol vivant/sol mort..

    • le combat doit être mené sur le terrain éducatif et de la recherche.. qui ne promeuvent le scepticisme qu’à l’égard de l’exterieur!!!!

      • rien ne me m’inquiete plus que le slogan croyez les scientifiques..rien ne me révolte plus que le silence des « scientifiques » là dessus..

        ce n’est pas un détail.. c’est révélateur..

  • Les commentaires sont fermés.

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