Huit milliards de vendeurs qui nous aiment

Quels enjeux posés par les assistants personnels tels qu'Alexa d'Amazon?
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 1
Photo by camilo jimenez on Unsplash

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Huit milliards de vendeurs qui nous aiment

Publié le 21 novembre 2022
- A +

Dans le roman Control, de PW. Singer et August Cole, l’un des protagonistes commercialise des données très chères obtenues gratuitement, comme il le dit :

« Nous en savons plus sur les Américains que leur propre gouvernement. Des capteurs dans leurs Viz Glass (des lunettes connectées). Des capteurs dans leurs médicaments contre les brûlures d’estomac. Des implants dans leurs maisons. Des implants dans leurs reins. Des puces dans leurs chats. Des puces dans leurs puces. Le tout analysant ces données au sein d’un réseau en expansion constante et rendant compte de tout et n’importe quoi sur le cloud. Nous pouvons alors recouper et exploiter ces informations quasi infinies jusqu’à acquérir une connaissance que les gens n’imaginent pas dans leurs rêves les plus fous.

Dans leurs rêves les plus dérangeants, même, des révélations sur leur profil psychologique, leur personnalité, à tel point que l’algorithme en sait davantage sur eux qu’ils n’en savent eux-mêmes. Et si nous facturons aux entreprises les fruits de cette récolte, les gens nous donnent tout cela gratuitement (non seulement ce qu’ils font et pensent, mais les moyens de changer ce qu’ils font et pensent). Ils nous donnent le contrôle de leur vie, sans réserve, en échange d’un libre accès à des services et à des biens que nous leur faisons payer au prix fort… »

 

Roman de science-fiction ?  

Oui et non car ces technologies et ce qu’elles permettent, ainsi que les comportements des consommateurs, cela existe déjà aujourd’hui.

Le meilleur exemple est la prolifération de ces « assistants personnels » tels Alexa (Amazon) ou Google Assistant. Les analystes prévisionnistes de Juniper Research prévoient que ces assistants seront 8 milliards d’ici 2023, soit plus nombreux que la population sur Terre !

L’étude prévoit d’ailleurs que le développement de ces assistants personnels affectera négativement le marché des applications mobiles car les interactions que nous avons avec les applications mobiles seront remplacées par des conversations avec les assistants vocaux et feront donc diminuer notre temps d’écran.

Et certains y voient déjà, et le roman de PW Singer et August Cole met bien le doigt dessus, une forme de conflit d’intérêt.

En effet, cet assistant vocal est-il là pour nous assister dans notre vie quotidienne ou bien pour nous pousser à acheter avec des méthodes très persuasives grâce aux données collectées et achetées par les vendeurs ? Hello, il fait froid aujourd’hui, que dirais-tu de t’acheter un joli pull à col roulé ? Veux-tu que je t’en propose quelques-uns ? Le même que tu as regardé hier sur le site de cette marque, ou le même que Bruno Le Maire dans ce tweet que tu as liké ?

Pour l’instant, les assistants personnels sont encore utilisés pour des tâches très simples (une étude a révélé que 20 % des utilisateurs faisaient usage de leur assistant vocal pour faire bouillir un œuf). Mais ils sont aussi utilisé pour consulter la météo ou écouter de la musique.

 

Conflits d’intérêts

Les usages vont se multiplier avec leur développement pour se distraire et pour acheter un voyage, un service, une voiture. Huit milliards d’assistants personnels ce serait en fait huit milliards de vendeurs qui vous harcèlent sans que vous vous en rendiez compte.

Pour répondre à ces conflits d’intérêts, les prévisionnistes imaginent plusieurs scénarios.

On peut envisager une autorégulation par les entreprises comme Amazon ou Google qui décident de séparer les activités d’assistant vocal de e-commerce en créant des filiales séparées pour ces deux activités. Ou bien, au contraire, la prolifération des vendeurs (ayant acheté les données des assistants vocaux) pour pousser de plus en plus d’offres de produits et services parmi ces huit milliards d’appareils à des consommateurs sous influence, sans qu’ils s’en aperçoivent.

On peut aussi croire que les régulateurs et les gouvernements vont agir. Mais la question demeure : quand et comment ?

Les premières régulations concernent la protection des enfants, avec les systèmes de contrôle parental sur certains services et sur les streams. Mais pour le reste il va falloir encore inventer et peut-être même que les consommateurs ne voudront pas être ainsi contrôlés, trop contents de pouvoir se voir proposer des tas de trucs utiles ou inutiles dont ils seront convaincus d’avoir vraiment besoin, grâce à la gentille Alexa.

Les auteurs du roman disent avoir écrit cette fiction pour nous aider à réfléchir et à affronter les enjeux de ces nouvelles technologies dans ce qu’ils appellent « la vraie vie ».

Mais peut-être demanderons-nous aussi à Alexa ce que nous devons en penser et quoi faire.

Sur le web

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • En France, heureusement, pas besoin de demander à Alexa ce sur nous devons penser : ça fait 40 ans que la gauche caviar l’inculque dans l’esprit de nos enfants.

  • L’immense majorité des gens que je connais en ont marre, d’eux-mêmes et sans avoir besoin d’être sensibilisés, des prétendus conseils commerciaux ou étatiques genre mettez notre doudoune à col roulé à 999€99 pour ne pas avoir froid, prenez les transports en commun pour servir d’otages aux grévistes, pensez à covoiturer pour vos obsèques, etc. Alors, si au lieu de fournir une distraction bienvenue, les romans se mettent eux-aussi à prendre les lecteurs pour des i*béciles i*capables de penser par eux-mêmes et ayant un grand besoin qu’on les contre-sensibilise, ne vous étonnez pas s’ils sont envoyés voler vers le recycleur. D’ailleurs, les rares personnes en réel besoin de conseils n’ont pas lu moindre roman depuis leurs 15 ans…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
Trois pièces de monnaie (dont une sur laquelle est gravé le symbole Bitcoin)
2
Sauvegarder cet article

Article disponible en vidéo ici.

Dans le monde de la « cryptonation », il y a deux écoles : la France qui veut devenir une cryptonation et dont on peut voir les politiciens gesticuler et parler ; et la Suisse, dont aucun membre de la fédération n’a spécialement émis d’avis sur la cryptonation.

À votre avis, lequel de ces deux pays deviendra une cryptonation ?

 

Législation des particuliers

En Suisse, on peut détenir des cryptos sans formalité. On peut même en acheter à de nombreux distributeurs physiques y com... Poursuivre la lecture

L’émission « C ce soir » de Karim Rissouli diffusée sur France 5 le 2 novembre nous a offert un extraordinaire moment de technophobie chimiquement pure. Le présentateur interrogeait un plateau d’invités autour de la question d’actualité « Les milliardaires menacent-ils la démocratie ? » et accessoirement « Elon Musk est-il fou ? ».

Le premier invité, l’économiste Daniel Cohen ouvre le bal sans détour en qualifiant Musk de triste « dingue populiste qui fabrique des bagnoles et envoie 3 fusées, à la solde de l’internationale populiste tr... Poursuivre la lecture

ntf
0
Sauvegarder cet article

Après une inauguration en présence du ministre chargé du Numérique, Jean-Noël Barrot, puis une journée réservée à ses membres, la NFT Factory, évoquée dans un article précédent, a ouvert au public ce samedi 22 octobre.

L'adresse, longtemps confidentielle, est une bonne surprise : 137 rue Saint-Martin à Paris, juste en face du Centre Pompidou. Cet emplacement face au célèbre musée d'art moderne est symbolique, le crypto-art, cet art utilisant les blockchains et la technologie étant un élément majeur de la NFT Factory.

Le rez-de-c... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles