Dix mesures pour une intensification durable de l’agriculture

Dix conseils aux décideurs politiques pour qu’ils adoptent une stratégie qui améliorera nos possibilités d’intensification durable en agriculture.

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Tractor Fertilize Field Pesticide And Insecticide By: Aqua Mechanical - CC BY 2.0

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Dix mesures pour une intensification durable de l’agriculture

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 novembre 2022
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Les régulateurs semblent ignorer, surtout à Bruxelles, à quel point leur complaisance envers les aspirations idéalistes des petits groupes d’activistes environnementaux affecte la capacité des agriculteurs à fournir les moyens de la sécurité alimentaire mondiale.

Un récit répandu est que l’agriculture biologique est une sorte de panacée – c’est en fait une solution au mieux fragile au changement climatique, des revendications discutables d’amélioration de la biodiversité et du bien-être animal, avec la valeur ajoutée d’une étiquette de vertu politique à imposer à nos habitudes de consommation quotidiennes.

Plus de la moitié de ces terres utilisées en agriculture biologique sont des prairies.

Qui ne voudrait pas promouvoir cela ? Eh bien, 95,8 % des Européens, pour commencer. En raison de problèmes de qualité, de rendement et de prix, seuls 4,2 % des terres agricoles de l’UE sont cultivées par des exploitations entièrement biologiques (et la plupart d’entre elles se trouvent en France, en Italie et en Autriche). Et Farm2Fork, la stratégie peu judicieuse visant à rendre l’agriculture européenne plus respectueuse du climat, veut faire passer ce chiffre à 25 % au cours des sept prochaines années !

Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Whiskey Tango Foxtrot ?

Traduction : « L’IFOAM est très fière que ses lobbyistes aient obtenu que leur homme dirige le programme Farm2Fork et détruise l’agriculture conventionnelle de l’UE. »

C’est pure folie et cela dépasse dangereusement la stupidité. Alors qu’il peut se sentir bien dans ses aspirations vertueuses qui se font passer pour une politique européenne, Frans Timmermans, l’homme du lobby de la filière alimentaire biologique à Bruxelles, met des menottes arbitraires à l’agriculture européenne et crée des défis inutiles pour l’approvisionnement alimentaire mondial. Les agriculteurs biologiques continueront à tricher avec le label, les poteaux de but seront déplacés pour accommoder une classification biologic ou organish qui ne fera que diminuer la confiance des consommateurs. Davantage d’agriculteurs abandonneront leurs champs et davantage de personnes souffriront inutilement dans les pays où les ressources alimentaires sont rares. Mais Frans Timmermans est déterminé à construire son héritage (je suppose donc que les responsables de la Commission n’auront qu’à attendre qu’il parte définitivement).

Face au stress climatique, à l’augmentation de la population mondiale et aux problèmes croissants d’utilisation des terres, l’obsession de la politique biologique/agro-écologique est une distraction insensée qui nous éloigne de ce qui est désespérément nécessaire : une stratégie politique innovante, fondée sur des preuves, pour promouvoir l’intensification durable de l’agriculture.

 

Qu’est-ce que l’intensification durable ?

J’ai un jour défini l’intensification durable comme une recherche sur les moyens « d’augmenter les rendements des cultures nécessaires à des populations mondiales à la fois croissantes et riches, tout en réduisant les intrants et l’impact de l’agriculture sur l’environnement ». Avec les tensions écologiques prévues et l’augmentation de la demande alimentaire, l’agriculture devra s’adapter aux défis grâce à de meilleures technologies et à la recherche. Défricher des forêts ou retourner davantage de prairies n’est pas durable. Les terres les moins productives devraient être retirées de l’agriculture (renaturation) et de meilleures pratiques, de meilleures semences et de meilleurs outils technologiques devraient être utilisés pour tirer parti des terres plus fertiles.

Par pur opportunisme politique, les groupes militants préféreraient réorienter le concept d’intensification durable pour y inclure l’amélioration des moyens de subsistance des agriculteurs et l’équité dans les pays en développement (en se fondant sur leur hypothèse myope selon laquelle toutes les avancées technologiques en agriculture laisseraient les petits exploitants endettés auprès des grandes entreprises occidentales). De telles menottes agro-écologiques signifient que les agriculteurs ne seront jamais en mesure de développer les rendements nécessaires sur une superficie moindre (cette impossibilité se traduira par une plus grande proportion d’agriculture de subsistance et davantage de pauvreté et d’inégalités). Les meilleurs rendements et les meilleurs prix viendront de meilleures conditions sociales et de meilleures routes et infrastructures – et non de dons périodiques de fondations anonymes créées par des milliardaires bienveillants. Ce qu’il faut, c’est une meilleure recherche et de meilleurs outils technologiques, et non des déclarations politiques à court terme, bruyantes et vides de sens.

Et entre ces vagues intermittentes mais abrutissantes d’autosatisfaction militante, les vides économiques sont comblés par des extractivistes chinois qui construisent des routes vers des ports pour s’assurer que tout développement ne sera jamais juste ou durable. Les militants de l’agro-écologie comprennent-ils l’ampleur des dégâts et de la destruction que leurs solutions simplistes et intéressées imposent aux plus vulnérables, à la biodiversité et au développement mondial ?

Traduction du titre de l’article de The Guardian : « Les ministres espèrent interdire les projets solaires dans la plupart des fermes anglaises. »

Traduction du tweet de Doug Parr : « Il s’agit certainement d’un candidat pour l’une des propositions les plus stupides que l’on puisse imaginer à l’heure de la crise énergétique et climatique. »

 

Désolé Doug, mais c’est une question de bon sens élémentaire (à moins que vous ne soyez Greenpeace) : des terres fertiles pour l’agriculture, des terres moins fertiles pour les fermes solaires ou l’agroforesterie.

En outre, en l’absence de politique publique claire sur l’intensification durable de l’agriculture, l’abus de subventions vertes signifie qu’une plus grande partie des terres agricoles les plus fertiles d’Europe est convertie en fermes solaires. Des groupes d’activistes comme Greenpeace se moquent de toute tentative de s’interroger s’il est nécessaire de couvrir le paysage de parcs éoliens et solaires. Lorsque le gouvernement britannique a envisagé de bloquer l’accès des fermes solaires et d’autres projets de développement aux terres agricoles les plus fertiles, les activistes sont passés en mode attaque pour s’assurer qu’aucune stratégie politique d’intensification durable ne puisse être mise en œuvre. Une législation de bon sens sur l’utilisation des terres irait à l’encontre de leur stratégie de transition verte (qui a conduit au fiasco politique laissant actuellement la plupart des consommateurs européens dans un état de vulnérabilité énergétique).

Tant que les décideurs politiques des pays riches et bien nourris se contenteront d’écouter ces idéologues militants, les conditions d’une intensification durable de l’agriculture ne seront jamais réunies. C’est le contraire qui est probable : davantage de prairies retournées et de forêts défrichées pour permettre des pratiques d’agriculture biologique à faible rendement, avec une production plus faible et davantage d’agriculteurs de subsistance. Si l’on ajoute à cela les menaces environnementales qui pèsent sur l’agriculture et la biodiversité, le nombre de famines, de cas d’insécurité alimentaire, de migrations et de conflits sociaux va augmenter.

Les décideurs politiques, en particulier dans l’UE, doivent considérer les systèmes alimentaires et les stratégies d’utilisation des terres non plus comme des opportunités de manifester leur vertu mais comme des menaces systémiques qui nécessitent une gestion responsable des risques. À l’instar de la crise énergétique actuelle, bâtie sur l’ignorance idéologique des activistes, les crises alimentaires à venir frapperont de plein fouet les régulateurs européens s’ils ne se réveillent pas rapidement. Bruxelles doit comprendre que la stratégie actuelle de Farm2Fork est tout sauf écologiquement durable et ne fera qu’intensifier l’utilisation des terres dédiées à l’agriculture – c’est le contraire d’une stratégie politique claire et rationnelle.

Ce qui suit est mon conseil aux décideurs politiques pour qu’ils adoptent une stratégie qui améliorera nos possibilités d’intensification durable en agriculture plutôt que de les limiter.

 

1. Adopter une approche des questions agricoles fondée sur le risque

L’agriculture est une activité fondée sur le risque.

Dès qu’une semence est mise en terre, qu’un veau naît ou qu’un puits est creusé, l’agriculteur se bat constamment pour réduire les risques liés aux parasites, aux maladies, à la sécheresse, aux moisissures, aux prédateurs et aux prix du marché. Le fait que les autorités réglementaires appliquent au processus agricole des règles de précaution arbitraires, fondées sur les dangers, en fonction des idéaux et de la naturophilie d’un culte alimentaire dogmatique, révèle une ignorance de l’importance du rôle que les technologies agricoles ont joué dans le développement de cette profession vitale.

Des outils innovants ont été mis en place pour que les agriculteurs gèrent les risques en fonction d’un siècle de défis agricoles. En supprimant toute considération des avantages qu’ils procurent (ce que fait l’approche fondée sur les dangers en ignorant que les niveaux d’exposition peuvent être insignifiants), l’intensification durable ne serait qu’une chimère.

 

2. Promouvoir la recherche sur les cultures de couverture

Les cultures de couverture sont mises en place à l’intersaison pour protéger le sol de l’érosion, revitaliser le biote du sol, ajouter des nutriments pour les cultures à venir (afin de réduire la demande en engrais), séquestrer le carbone, améliorer la biodiversité et empêcher le ruissellement de l’eau. À l’époque où j’étais à la ferme, la pratique consistait simplement à laisser un champ nu (avec beaucoup de travail du sol), mais au cours de la dernière décennie, un groupe de pionniers a mis au point des assortiments complexes de plantes de couverture qui font littéralement « pousser » le sol. Alors que les agriculteurs partagent entre eux leurs expériences sur les approches multi-espèces, la communauté des chercheurs n’a pas réussi à suivre le rythme.

Les chercheurs ont tendance à se concentrer sur une ou deux espèces ayant une valeur ajoutée en tant que plantes de couverture, alors que les agriculteurs testent souvent une dizaine d’espèces en même temps. Les semences pourraient-elles être sélectionnées, modifiées ou éditées pour être plus efficaces d’un point de vue écologique en tant que culture de couverture ? Imaginez des semences conçues pour préparer le sol en vue d’une prochaine culture, à la place des engrais ; imaginez des semences capables de dissuader les ravageurs potentiels, réduisant ainsi la nécessité d’utiliser des pesticides. Mais comme ce type de recherche n’a pas de retombées financières directes pour justifier de tels investissements, il faudrait un financement public.

Bien sûr, cette pratique serait pratiquement impossible sans l’utilisation d’herbicides comme le glyphosate qui fait l’objet d’une campagne de la communauté des activistes et du lobby de la filière alimentaire biologique en vue de son interdiction.

 

3. Faire du semis direct la norme agricole

Pendant les récentes sécheresses en Australie, plusieurs agriculteurs m’ont confié que leur pratique du semis direct les avait aidés à surmonter la crise mieux que la plupart des autres, en préservant le peu d’humidité dont ils disposaient et en empêchant la perte de terre arable.

Au début de ce siècle, l’agriculture sans labour ou avec des façons culturales réduites était considérée comme excentrique ou expérimentale, mais les preuves de la régénération du sol et du biote, l’amélioration des nappes phréatiques, la séquestration du carbone, la protection contre l’érosion et les économies de carburant ont fait de l’agriculture sans labour (semis direct) une évolution clé de l’agriculture conventionnelle.

Bien entendu, cette pratique serait pratiquement impossible sans l’utilisation d’herbicides comme le glyphosate, que la communauté des militants et le lobby de la filière alimentaire biologique s’efforcent de faire interdire. Sans herbicides, les agriculteurs biologiques doivent labourer plus fréquemment, même si le travail du sol libère du CO2, rend le sol vulnérable à l’érosion et à la perte de biote et augmente la consommation de gazole (avec d’autres émissions de CO2 à la clé). Cette situation est tout sauf durable.

Malheureusement, de nombreux agriculteurs m’ont dit personnellement qu’ils hésitaient à investir dans le matériel de semis direct. Si les écologistes parviennent à faire interdire le glyphosate, ils élimineront les avantages de l’agriculture « sans labour », rendant ces investissements inutiles. Les autorités de réglementation doivent se faire pousser des coucougnettes, s’engager à protéger les moyens dont disposent les agriculteurs pour adopter des pratiques agricoles durables, et cesser de se plier aux diktats du lobby de la filière alimentaire biologique (dont les agriculteurs ne peuvent pas être compétitifs, n’ayant pas accès à des herbicides similaires).

 

4. Créer un environnement propice à l’intégration de la chaîne alimentaire

Aujourd’hui, il semble que la plupart des décisions relatives à l’alimentation et à l’agriculture soient prises par les responsables du marketing des grandes chaînes de magasins d’alimentation qui tentent de lire un discours militant plutôt que de comprendre la capacité des agriculteurs à produire durablement une alimentation abondante. Les campagnes de peur incessantes contre la sécurité de l’agriculture conventionnelle ont donné l’impression que l’alimentation biologique était l’avenir… sauf qu’il est impossible de produire de manière durable des aliments répondant à de telles exigences marketing sans affaiblir l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Avec des rendements plus faibles, il faudra consacrer davantage de terres à la production agricole, ce qui réduira les possibilités de promouvoir la biodiversité. Les petits producteurs des pays en développement (biologiques par nécessité, du fait de leur pauvreté) réorienteront leurs cultures pour approvisionner les marchés occidentaux plutôt que d’alimenter les marchés locaux (si leurs terres ne sont pas expropriées par de grands groupes).

Plus tragique encore, la demande de production de pesticides biologiques à base naturelle (comme les chrysanthèmes cultivés au Rwanda pour le pyrèthre) soustrait inutilement des terres à la production alimentaire locale dans les pays en développement, alors que des équivalents synthétiques sont plus efficaces et plus durables sur le plan environnemental.

Ce repositionnement catastrophique de l’utilisation des terres en réponse aux évolutions désordonnées du marché fondées sur les tendances activistes conduira à la désintégration de la chaîne alimentaire. Les décideurs politiques doivent adopter une approche holistique de la chaîne alimentaire [voir aussi ici], en veillant à ce que la production puisse répondre à la demande de manière rationnelle et intégrée. Promouvoir des politiques qui créent un déséquilibre artificiel, comme celles imposées par la stratégie Farm2Fork de la Commission européenne, ne favorise en rien l’intégration de la chaîne alimentaire.

 

5. S’orienter vers un idéal de meilleure agriculture

Les décideurs politiques se sont croisés les bras pendant que le lobby de la filière alimentaire biologique établissait une dichotomie artificielle entre les pratiques agricoles conventionnelles (synthétiques et donc… mauvaises) et les techniques biologiques (naturelles et donc… bonnes). Cette dichotomie est purement arbitraire et repose davantage sur un culte alimentaire dogmatique et un fondamentalisme naturaliste que sur des recherches et des preuves scientifiques. La politique doit se fonder sur les meilleures pratiques plutôt que sur une distinction imposée artificiellement qui réduit de manière irrationnelle les solutions agricoles à une certaine perception du « naturel ».

Dans le passé, j’ai soutenu dans un opus (malheureusement ignoré) que nous devions nous concentrer non pas sur des distinctions aléatoires entre naturel et synthétique, mais sur le développement d’une « meilleure agriculture » par le biais des meilleures pratiques disponibles (un peu comme la Better Cotton Initiative). L’intensification durable n’a rien à voir avec des doctrines théologiques comme l’agro-écologie ou le scientisme d’entreprise, mais consiste à améliorer l’agriculture en utilisant les meilleurs outils pour obtenir les meilleurs rendements sur le plus petit nombre de terres productives.

Comment la stratégie Farm2Fork de l’UE améliore-t-elle l’agriculture ou favorise-t-elle l’intensification durable de l’agriculture ?

 

6. Soutenir l’amélioration des plantes comme une stratégie agricole clé

Je suis souvent déconcerté de voir les décideurs politiques parler de l’augmentation des rendements agricoles tout en restreignant les technologies.

Certains outils agrotechniques, comme les pesticides, mettent fin aux pertes de production ; d’autres, comme les engrais, maintiennent la moyenne. Mais si vous voulez augmenter les rendements agricoles, de manière durable, vous devez innover au niveau de la sélection variétale. Des études menées par le NIAB et DTZ ont montré que jusqu’à 90 % de l’augmentation des rendements agricoles au cours des 50 dernières années peut être attribuée aux progrès de la sélection variétale.

Si les régulateurs ont la moindre intention de promouvoir une intensification durable de l’agriculture, ils devraient placer l’amélioration des plantes au cœur de leur stratégie de politique agricole. Au lieu de cela, des groupes de pression pro-agriculture biologique enragés, comme Corporate Europe Observatory, ont vilipendé les chercheurs en amélioration des plantes et tenté de discréditer leurs innovations, sans se fonder sur la science mais plutôt sur le financement, dans le cadre de leurs efforts visant à ostraciser politiquement l’édition de gènes. La Commission européenne doit cesser de s’incliner devant ces militants anti-industrie à l’esprit étroit et polarisé et respecter la recherche et les avantages démontrés des nouvelles techniques d’amélioration des plantes.

 

7. Encourager une recherche agritech plus holistique

Trop souvent, les chercheurs et les décideurs politiques réfléchissent à des solutions individuelles à des défis agricoles isolés : comment faire pénétrer davantage de nutriments dans le sol, comment contrôler les mauvaises herbes ou la propagation des vecteurs de maladies cryptogamiques, comment résister aux infestations parasitaires.

Les chercheurs s’efforcent toujours d’isoler le problème du jour et d’apporter les meilleures solutions technologiques, mais les agriculteurs sont confrontés chaque jour à une myriade de défis. Une approche plus globale de la recherche pourrait apporter de multiples avantages, comme des semences tolérantes à des herbicides, des cultures de couverture fixant l’azote ou des cultures intercalaires protégeant l’humidité.

Ce qui bloque la pensée holistique, ce sont les obstacles imposés arbitrairement. Le lobby de la filière alimentaire biologique a dressé une série de barrières artificielles devant les agriculteurs, notamment en limitant les outils de protection des cultures, les engrais et l’amélioration des plantes à ce qui pourrait être qualifié de « naturel ». Les agro-écologistes ont également empoisonné le puits des solutions holistiques en excluant toute innovation développée par des sociétés ou des groupes industriels. Les décideurs politiques doivent s’éloigner de ces stratégies simples d’esprit et répondre aux besoins des agriculteurs plutôt que de satisfaire les idéologies d’un petit groupe de fondamentalistes alimentaires fortunés.

 

8. Réorienter les subventions agricoles du volume vers la qualité du sol

Alors que les agriculteurs paient le loyer avec le volume (rendement), leur principale préoccupation devrait être de protéger et de développer leurs sols.

Les menaces qui pèsent sur les sols, telles que l’érosion, les mauvaises herbes et les faibles niveaux de nutriments, entravent les possibilités d’exploitation. Mais l’économie qui dicte les décisions agricoles se concentre davantage sur l’augmentation des rendements que sur la gestion des sols. Il ne semble pas y avoir aujourd’hui beaucoup d’incitations pour les agriculteurs à travailler à la protection et à l’amélioration de la qualité de leurs sols. La politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne, par exemple, est passée d’une stratégie axée sur les rendements inférieurs (développement des sols) à une stratégie axée sur l’atténuation du changement climatique (réorientant finalement la PAC pour subventionner les échecs de Farm2Fork). Une fois encore, l’idéologie a pris le pas sur la recherche scientifique.

L’intensification durable implique que les zones dotées de bons sols soient correctement gérées, tandis que les terres moins productives doivent être ré-ensauvagées (rendues à la nature ou utilisées pour certains types d’agroforesterie). Une meilleure exploitation des terres fertiles (en mettant l’accent sur le maintien de la qualité des sols) permettra à l’agriculture de produire plus sur moins de terres. C’est sur ce point que devraient se concentrer les programmes de subventions comme la PAC (plutôt que de payer les agriculteurs dont les sols sont pauvres pour qu’ils continuent à cultiver ou pour qu’ils retirent de la production les terres les plus fertiles).

Et verser des subventions vertes pour convertir les terres agricoles les plus fertiles en énormes parcs de panneaux solaires (voir la photo de couverture de Google Street View) est une pure folie et une indication que des politiques réglementaires rationnelles sont nécessaires de toute urgence.

 

9. Faire confiance aux agriculteurs en tant que gardiens de la terre

On ne peut pas tromper un agriculteur. La plupart des agriculteurs occidentaux sont titulaires de diplômes universitaires en sciences agricoles, chimie, ingénierie et biologie. Ils sont les gestionnaires de risques par excellence, sachant ce qu’il faut faire pour réduire les expositions et mener une plante de la semence à la récolte. Les autorités de réglementation doivent cesser de croire les arguments des activistes selon lesquels des agriculteurs ignorants déversent sans discernement des pesticides et des engrais sans se soucier des conséquences. Les agriculteurs savent à quel point leur sol est important, à quel point une utilisation durable des pesticides est importante et ce qui est nécessaire pour obtenir une récolte ou maintenir le bétail en bonne santé. Si les agriculteurs peuvent utiliser moins, appliquer des alternatives et innover, ils le feront.

Plus que quiconque, les agriculteurs savent ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas (grâce aux conseils avisés des chercheurs et des agronomes). Pourtant, dans l’Union européenne, les agriculteurs sont rarement consultés sur les questions politiques importantes et les réglementations relatives aux technologies agricoles. Dans un monde où les zélotes cosmopolites ont l’impression de tout savoir, il semble préférable dans l’Union européenne de ne pas écouter les petits groupes d’électeurs ruraux. Faut-il s’étonner alors que les échecs de la politique agricole européenne aient créé une Europe dépendante des importations alimentaires ? Les responsables politiques doivent consulter les agriculteurs, leur faire confiance et cesser d’ignorer leurs problèmes ou de leur jeter de l’argent à la figure.

10. Décourager (taxer) les pratiques agricoles moins productives

L’agriculture biologique nuit à l’environnement, à l’utilisation des terres et à la sécurité alimentaire. Elle n’offre rien d’autre qu’un dogme de bien-être bien commercialisé à une poignée de nantis, tout en exerçant une pression énorme sur les réserves alimentaires mondiales et l’accès des consommateurs aux fruits et légumes frais. En tant que processus fondé sur la religion qui encourage la pénurie, le gaspillage et la ségrégation alimentaire, les produits biologiques doivent être dissuadés par une taxe de luxe. Un taux de 40 % semble approprié étant donné que, dans l’ensemble, l’agriculture biologique produit environ 40 % de moins que les pratiques conventionnelles.

Le lobby de la filière alimentaire biologique a fait un travail impressionnant pour susciter la peur et l’incompréhension. Une bonne partie des recettes de cette « taxe sur les aliments biologiques » devrait être affectée à la sensibilisation aux faits alimentaires et nutritionnels pour contrebalancer leurs campagnes de désinformation. Il est tout à fait ahurissant de constater que la stratégie Farm2Fork de la Commission Européenne soutienne en fait ces conneries sournoises au lieu de se battre pour protéger une stratégie scientifique de la chaîne alimentaire. Cette taxe devra être imposée au niveau national afin de contrecarrer la destruction potentiellement catastrophique de la sécurité alimentaire et de la culture scientifique qui sort continuellement de Bruxelles.

 

Post-scriptum : un conte de deux approches de la politique alimentaire durable

En l’espace d’une semaine en juin, l’Europe a vu deux approches très différentes pour développer une politique alimentaire plus durable. La Commission européenne a finalement révélé les derniers détails de sa stratégie Farm2Fork tandis que le gouvernement britannique est devenu signataire de la Sustainable Productivity Growth Coalition (SPG), une initiative mondiale qui s’engage à utiliser la technologie et l’innovation pour améliorer la productivité agricole d’une manière écologiquement durable.

La SPG incarne la stratégie d’intensification durable. Curieusement, la Commission européenne a également adhéré à la SPG, mais tout dans sa stratégie Farm2Fork va à l’encontre de l’objectif consistant à trouver les meilleurs moyens d’améliorer la productivité agricole. Peut-être que ces fonctionnaires basés à Bruxelles n’ont pas lu les engagements ou qu’ils les ont simplement signés par effet de mode.

Farm2Fork ne parle pas de croissance de la productivité ou de meilleures technologies. Il s’agit plutôt d’essayer de maintenir l’agriculture européenne sans l’utilisation de pesticides et d’engrais, en s’engageant à réduire leur utilisation de 50 % et 20 % respectivement d’ici 2030. Dans le cadre du Green Deal, Farm2Fork n’a rien à voir avec la meilleure science et l’innovation ; cela n’a rien à voir avec l’intensification durable de l’agriculture ; il s’agit simplement de construire l’héritage de deux acteurs chevronnés de la Commission Européenne.

Si vous voulez parler d’intensification durable ou de croissance durable de la productivité, ne parlez pas d’agro-écologie ou de Farm2Fork. Ce ne sont que des aspirations politiques imposées artificiellement, sans fondement scientifique et sans compréhension de la réalité agricole ou des systèmes écologiques. J’espère que ces dix recommandations pourront contribuer à remettre le débat sur une stratégie d’agriculture durable sur une voie positive.

 

Lien vers l’article original : Ten Regulatory Steps for a Sustainable Intensification of Agriculture – The Risk-Monger

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  • La plupart des agriculteurs occidentaux sont titulaires de diplômes universitaires en sciences agricoles, chimie, ingénierie et biologie.
    Voilà une affirmation surprenante. En France la formation des agriculteurs est essentiellement de niveau CAP, BEP ou bac pro. Serait-ce différent ailleurs?

  • non… pas une approche libérale..

    l’approche libérale est que la réglementation sur les activités agricoles ou autres ne fait que gérer les nuisances faites à et subies par autrui.. typiquement la pollution des eaux.. ou de l’air.. le bruit… et leurs effets.. avec le minimum possible d’arbitraire..
    rien d’autre. aps besoin de politique.

    ou sinon expliquer la « mission, de l’agriculture »…

    le secteur energetique et le secteur agricoles ont été pourris par le politique et la connivence à tous les niveaux..

  • Durable, en effet, l’agriculture a plusieurs milliers d’années, mais, l’écologie est arrivée, c’est fini et je pense que tout le monde le sait.. Et oui, une fois éliminé la viande de notre alimentation, adieu les engrais magiques. Pas d’agriculture possible sans engrais sauf quelques rares exceptions. Et on dit biensur adieu aux engrais chimiques, le gaz, c’est sale. Reste le compost…. Ça en fait de l’herbe à couper à la faux pour nourrir 10 milliards d’êtres humains affames

  • Le labour est mauvais, le glyphosate est toxique, l’irrigation c’est pas bien, les OGM n’en parlons pas.
    La solution : vendre nos terres agricoles aux Chinois qui sauront bien en tirer le meilleur…

  • Les commentaires sont fermés.

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