Sécurité : quand l’État n’a même plus les moyens d’assurer le régalien

On pense généralement que la sécurité est un monopole de l’État ou un pouvoir strictement régalien. Et si ce n’était plus le cas ?

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Sécurité : quand l’État n’a même plus les moyens d’assurer le régalien

Publié le 8 octobre 2022
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La sécurité est régulièrement classée dans les divers baromètres parmi les deux ou trois priorités des Français.

Le problème avec la sécurité, c’est que trop souvent on en parle au travers du prisme du fait divers et sans pouvoir éviter le sentimentalisme de rigueur. Un autre problème c’est qu’on pense généralement qu’elle est un monopole de l’État ou un pouvoir strictement régalien

 

La sécurité, monopole d’État

Et si ce n’était plus le cas ?

Nous avons tous en tête les images de cette finale de Ligue des Champions du 28 mai dernier au Stade de France, commencée avec 36 minutes de retard : fiasco historique du maintien de l’ordre et défaillance d’un préfet de Police contesté.

Rappelons également qu’en 2023 et 2024 la France accueillera deux compétitions majeures : la Coupe du monde de rugby puis les Jeux Olympiques.

Ce match du 28 mai devait être une grande répétition générale. Il avait d’ailleurs été présenté comme tel par les autorités, qui se sont ridiculisées, ni plus ni moins.

Depuis cet été tous les acteurs s’agitent pour rassurer et trouver des solutions.

Le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques s’est réuni, un nouveau préfet de Police de Paris a été nommé, le ministère de l’Intérieur a préparé des annonces pour la rentrée de septembre.

Nous sommes en droit de nous demander si notre pays parviendra à assurer ces rendez-vous majeurs sans accrocs et surtout nous interroger sur les causes profondes du problème. Pour cela et comme bien souvent, il faut regarder en arrière pour identifier des éléments de réponse.

 

Polices municipales et acteurs privés

Le tournant se fait avec la loi de 1995 qui redéfinit pour la première fois la place de l’État dans le processus et la gouvernance de la sécurité, devant amener à une complémentarité avec les collectivités locales et le secteur privé, reconnu comme « concourant à la sécurité générale ». L’État évoque alors la nécessité de réglementer le milieu et de le contrôler, touchant ainsi au pouvoir régalien.

Suite aux attentats de 2001 et au sentiment d’insécurité qui en découle, la loi sur la sécurité quotidienne place le secteur privé comme étant « un allié indispensable ». Celui-ci a alors vu ses compétences élargies.

Nul besoin de revenir en détails sur toutes les menaces ayant émergé depuis 2001 : plusieurs vagues terroristes sur le territoire, une crise financière qui tend encore plus le dialogue social, l’épisode des Gilets jaunes, une crise sanitaire qui fait émerger de nouvelles missions (contrôle des pass et du port du masque).

Avec cet accroissement permanent des menaces, toutes les lois successives sont allées dans le même sens : celui d’une intégration pleine et entière du secteur privé dans les politiques publiques de sécurité.

La loi de 2021 sur la sécurité globale, la plus récente à ce jour, ne fait pas exception : quelques verrous juridiques reculent et l’élargissement des compétences continue.

L’État ne peut pas et ne pourra plus jamais se passer du secteur privé, même dans la mission la plus régalienne qui soit : la sécurité. Et pourtant, la défiance est toujours de mise et les acteurs de la sécurité privée ne cessent de le répéter.

Le contrôle est fort, le cadre juridique trop contraignant, mais surtout la confiance de l’État envers ces acteurs n’est pas là. C’est le point le plus regrettable.

Dans un registre un peu différent mais parfaitement parallèle, les collectivités locales constatent la même chose depuis plus de 20 ans avec le développement de leurs polices municipales. Ces femmes et ces hommes de la fonction publique territoriale sont devenus indispensables pour le maintien de la tranquillité publique et plus largement de la sécurité. Faut-il rappeler que notre pays compte à ce jour 25 000 policiers municipaux ? Ils sont la troisième force de sécurité sur le territoire et seront plus de 32 000 à l’horizon 2026.

Tout comme pour le secteur privé, le champ des compétences des policiers municipaux augmente régulièrement, au fur et à mesure que l’État se désengage des missions. Et tout comme pour le secteur privé, la reconnaissance pleine et entière d’un véritable continuum de sécurité, dans lequel chacun a sa place et exerce ses compétences en responsabilité, met du temps, trop de temps !

L’État a tellement besoin des collectivités et de leurs précieux policiers que les choses vont mieux depuis quelques années ; il serait dommage que le processus (re)prenne autant de temps avec ce continuum public-privé que nous devons appeler de nos vœux. Il doit se mettre en place naturellement, de manière sereine et surtout anticipée… même si cela semble déjà trop tard pour les grands rendez-vous que sont la Coupe du monde de rugby 2023 et les Jeux Olympiques 2024.

Il y a quelques jours et dans le cadre de l’organisation des JO 2024, de manière un peu soudaine, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a tiré la sonnette d’alarme et décrété la mobilisation générale. La principale annonce a été la mise en place « d’une autorisation temporaire d’exercer » pour les nouveaux agents de sécurité, à destination notamment des étudiants, avec une formation accélérée…Cela semble un peu léger, trop palliatif et presque improvisé, au vu des enjeux. Il en va de l’image de notre pays, qui sera en mondovision pendant plusieurs semaines.

Cette déclaration du ministre ressemble un peu à un aveu de faiblesse et c’est dommage. Plus largement, elle est symptomatique de l’état dans lequel est l’État. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État n’a plus les moyens d’assumer et d’assurer ses missions régaliennes.

 

Retour en arrière impossible

C’est comme ça et ce n’est pas grave.

Si nous questionnons nos concitoyens, ce qui compte c’est le résultat ! Et en matière de sécurité, pour obtenir les meilleurs résultats possibles, il faut que chacun puisse jouer son rôle. Du simple citoyen vigilant et responsable, aux pouvoirs de police des maires, en utilisant les compétences des polices municipales et en intégrant pleinement et sereinement les acteurs de la sécurité privée : la solution est multiple.

Cette crise de l’État est une menace à court terme mais une opportunité pour l’avenir, un moyen d’irriguer de subsidiarité tous les pans de notre société… y compris en matière de sécurité.

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  • Avatar
    The Real Franky Bee
    8 octobre 2022 at 7 h 37 min

    On se demande ce que cet État administratif en pleine déconfiture parvient encore à assurer. Hôpitaux ? KO. Écoles ? KO. Police ? KO. Et pourtant, le pays a l’un des taux de taxation les plus imposants d’Europe, et pire, la planche à billets tourne désormais à plein régime. Rarement vu un gâchis pareil. Mais vu que la France vit dans une bulle, beaucoup ne comprennent pas la gravité de la situation. L’effondrement a déjà commencé, mais il va s’accélérer très prochainement.

    L’important c’est pas la chute mais l’atterrissage.

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    • Vous oubliez : armée KO, justice KO, travail KO, retraite KO. heureusement, nous avons quelques secteurs qui se portent bien : assistanat OK, Immigration OK, islam (appelé pudiquement communautarisme) OK, népotisme OK…

      10
    • En terme de chute se vitesse s’accroit très vite : 270 milliards de déficit pour l’année qui vient, d’ores et déjà programmés, et ce avec une inflation sous-estimée et une croissance sur-estimée.
      Pour 2019, avant COVIDD c’était 95 milliards.
      Le COVID est passé par là en ôtant toute mesure au déficit (Mais il n’explique « que » 180 milliards des 600 de dette supplémentaire)
      Vraiment des clowns…

  • Pas de sous pour assurer la sécurité civile en France, mais à nouveau 100 millions d’euros (qui s’ajoutent aux autres plusieurs millions d’€ déjà accordés sous une forme ou une autre, en plus de l’accueil et de l’entretien des réfugiés Ukrainiens) promis par M. Macron à l’Ukraine pour poursuivre la guerre lans laquelle elle est engagée et qui ne concerne en rien et l’UE et la France. Ce conflit initié, entretenu et encouragé par les USA qui se servent honteusement de l’Ukraine, n’aurait pas été si chacun avait respecté les engagements pris lors de la dissolution de l’URSS. Honte aux USA et à la clique agissant autour de M. BIDEN, aux USA et en UE.

  • Je ne suis pas du tout d’accord avec la « nécessaire » privatisation de la sécurité.
    Si on suit votre logique, on fera la même chose avec la justice, elle aussi incapable de faire face.
    La sécurité doit être assurée de la même façon sur tout le territoire par une police nationale efficace.
    Sinon, c’est le retour au droit seigneurial !

    • Les règles que les policiers municipaux font respecter sont les mêmes que celles des policiers nationaux. Il n’y a donc pas de droit seigneurial, qui, comme son nom l’indique, concerne le droit, donc les politiques (qui font les lois) et la justice (qui l’applique). Il me semble que la différence est au niveau des parcmètres…
      Si engager des policiers municipaux permet à une ville de faire respecter le droit et la sécurité de manière efficace, alors que son allocation en policiers nationaux laisse à désirer, c’est très bien ainsi.
      C’est toujours le problème du « national » : Paris et grandes villes bien dotées, les autres….
      Je repense à cette idiote de préfète qui dit qu’empêcher un viol ne fait pas partie des attributions des policiers, c’est lunaire !
      La justice ne sera donc pas concernée, mais elle pourrait l’être au moins pour tout l’administratif, les greffiers, les personnels de prison qui seraient probablement mieux payés et motivés si l’état versait à des entreprises le budget prévu actuellement, hors magistrats, qui comprend certainement bcp de largesses et de doublons, que le privé s’occuperait de gérer à l’euro près (hein BLM) et de rendre rentable.

    • Personnellement, je suis pour une justice privée, ainsi qu’une police privée. Quand je fais mes courses au supermarché, d’abord je peux me garer, les agents de sécurité sont aimables contrairement à la police qui sont agressifs et font plutôt peur qu’autre chose.
      La police ne sert à rien si la justice ne fonctionne pas.
      PS Mon petit point Godwin 😉 C’est Pétain qui a créé votre police nationale..

  • On n’est pas loin du droit seigneurial. Si un multirécidiviste immigré ne reçoit pour ses méfaits que des rappels à la loi, je n’y vois pas de justice.
    Lorsque le mari de V. Pécresse reçoit un siège de directeur chez General Electric France en récompense de son appui pour l’achat d’Alstom turbine (pour quelques millions d’euros symboliques) et qu’ensuite il lui est attribué le plus gros parc d’éoliennes off shore de Bretagne, cela s’appelle un droit seigneurial (surtout s’il s’arrange pour que ce parc ne gâche pas la vue qu’il a de sa résident secondaire).

  • Pour ma part quand je vois un policier municipal non seulement je ne me sens pas en sécurité mais je crains plutôt d’être harcelé pour des motifs pusillanime par des gens dont le niveau intellectuel est souvent très bas, le sens des responsabilités totalement absent et le syndrome du Petit Chef très présent en revanche…

    • Comme disait Coluche : « Les policiers sont les alcooliques qu’on n’a pas voulu
      à la SNCF et aux PTT ».

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