Union européenne : le rouble qui sème le trouble

Le gouvernement russe affiche un optimisme économique qui contraste avec son enlisement dans le conflit ukrainien.

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Union européenne : le rouble qui sème le trouble

Publié le 29 avril 2022
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La facture de gaz russe va-t-elle faire éclater l’Union européenne ? Gazprom a tenu parole, elle coupe le robinet du gaz à la Pologne et à la Bulgarie qui refusent de la régler en roubles. Depuis ce mercredi 27 avril, les sociétés Bulgargaz et PGNiG ont vu leur livraison de gaz suspendue jusqu’à ce que le paiement du gaz s’effectue selon le mot d’ordre de Vladimir Poutine.

La réaction de l’Union européenne, par l’intermédiaire de la présidente Ursula von der Leyen, ne s’est pas fait attendre : « Les paiements en roubles, si cela n’est pas prévu dans le contrat, sont bien des violations des sanctions. »

Elle a également mis en garde les entreprises européennes qui accepterait le chantage russe, bien consciente des tensions que les sanctions européennes ont créé en particulier en Allemagne et en Europe centrale. De son côté, Moscou affirme que 4 États européens ont déjà accepté de payer leur facture en roubles, rapporte Bloomberg. Pourtant, rares sont les États membres qui l’affirment publiquement.

La Hongrie accepte le chantage russe

En effet, la Hongrie a accepté de son côté les termes du deal russe. Peter Szijjarto, le ministre des Affaires étrangères hongrois, a confirmé jeudi 28 avril à CNN la décision prise par son gouvernement :

« 85 % de notre approvisionnement en gaz provient de la Russie, et 65 % de notre approvisionnement en pétrole provient de la Russie. Pourquoi ? Parce que cela est déterminé par l’infrastructure. Ce n’est pas pour le plaisir, nous n’avons pas choisi la situation. »

La Slovaquie renacle aussi devant l’obstacle. La présidente Zuzana Čaputová met en garde contre une trop brusque rupture énergétique entre son pays et la Russie. Si le chef de l’État slovaque a affirmé qu’elle se conformait aux demandes de l’UE en continuant à payer en euros et en dollars, Euractiv rapporte que son ministre de l’Économie était prêt début avril à accepter de payer en roubles.

De son côté, le gouvernement russe affiche un optimisme économique qui contraste avec son enlisement dans le conflit ukrainien. Le rouble est à son plus haut niveau depuis deux ans, et Vladimir Poutine a affirmé que la situation économique russe se stabilisait, revenant ainsi à son niveau du début de l’année sur le plan monétaire, et cela malgré les sanctions prises par les Occidentaux.

Si la Russie est engagée depuis les années 2000 sur la voie de la « diversification économique », sa volonté affichée de pivoter vers son flanc asiatique se heurte toutefois à sa grande dépendance vis-à-vis de sa clientèle européenne.

Comme l’écrit Patrick Pascal pour Entreprendre« … les flux de gaz sont actuellement dirigés vers l’Europe au détriment de l’Asie dans une proportion de 1 à 10. Le Turkménistan est le premier fournisseur de gaz de la Chine très largement avant la Russie (NB: 60 par rapport à 30 milliards de m3). »

Ajoutons que ce pivotement stratégique entraînerait une dépendance politique accrue de Moscou envers Pékin qui, tout en soutenant Poutine sur la scène internationale par anti-américanisme, est en rivalité avec la Russie à l’échelle locale sur le terrain de la Mongolie.

L’engrenage militaire russo-ukrainien

Ce n’est pas seulement la discipline économique face aux sanctions qui met à l’épreuve la solidarité européenne, mais l’engagement militaire de Bruxelles en faveur de l’Ukraine qui rend de plus en plus vraisembable le choc frontal avec Moscou. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a déclaré que l’UE débloquerait pour la première fois de son existence 450 millions pour financer l’achat et la livraison d’armes et d’équipement pour l’Ukraine.

Face à ce qui apparaît comme un pas supplémentaire vers la guerre mondiale aux yeux de la Russie, la tension monte.

Vladimir Poutine, qui n’a jamais caché que l’option nucléaire était désormais sur la table, a menacé ce mercredi : « Je souligne encore une fois que si quelqu’un a l’intention d’interférer dans les événements de l’extérieur […] et s’il pose des menaces de caractère stratégique inacceptables pour la Russie, il doit savoir que nos réponses aux contre-attaques seront foudroyantes, rapides. »

Le Kremlin aurait-il adopté la stratégie du fou pour répondre à l’Occident ?

L’UE face au spectre de la désunion

Toute la classe politique européenne a encore en mémoire la désunion de l’UE au moment de la guerre du Kosovo. Incapable de parler d’une seule voix et de coordonner ses intérêts pour faire cesser le conflit, c’est finalement l’intervention directe des États-Unis qui a permis de trancher le nœud gordien, pour le meilleur et pour le pire, humiliant à la fois les diplomaties européennes et russe.

Cela peut expliquer la fermeté du ton de la commission, qui cette fois-ci ne veut pas donner au monde le spectacle de l’indécision politique face au chantage économique russe. Cette fois-ci, l’Union européenne se trouve prise en étau entre Washington qui semble avoir intérêt à prolonger la guerre pour affaiblir un ennemi stratégique de longue date, et Moscou qui ne baisse pas la garde en Ukraine et menace de représailles nucléaires si l’escalade militaire s’emballe, que Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, a pu comparer avec la crise des missiles de Cuba de 1962.

Devant ces menaces immédiates, les États-membres se trouvent dans un dilemme bien connu des économistes, qui les placent devant le choix de participer à une action collective risquée et dont les bénéfices espérés sont de long terme et au free riding pour protéger des intérêts étroits à court et moyen terme. En espérant que la partie de poker menteur ne finisse pas en ultimate fighting.

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  • Avatar
    jacques lemiere
    29 avril 2022 at 7 h 45 min

    c’est assez surréaliste… hypocrite jusque la nausée…le respect des contrats est ce qui va avec une société en paix… car sinon les conflits se résolvent à coups de gnons;..

    aussi..en guerre les contracts on s’en bat l’oeil…

    le gaz russe, en général le commerce et les interets communs sont AUSSI des outils de paix.. certes paradoxaux..les russes et les européens sont plus prospères se rapprochent au gran dam des politiques qui nous protègent qui des vilains russes qui u des fourbes et dégénérés européens..

    notre suicide c’est la politique énergétique plus exactement l’idéologie dans le secteur de l’énergie i pas le gaz russe…

    c’est la guerre de poutine et dans une moindre mesure de la bureaucrate et vague ue.. protectrice ( de quoi????du reste du monde???)…youpi l’ukraine va gagner la guerre… dévastée et ruinée…
    on va faire de poutine un martyr…pour les nationalistes russes..

    des lendemains qui chantent..quoi…

    oui le gaz russe nous fait chier mais… des gens meurent sous les bombes…

    le problème est que je ne suis pas certain que l’européen moyen ..aurait porté attention à la guerre en ukraine..

  • 1) les sanctions ne gênent pas la Russie – au contraire la renforcent – mais pénalisent gravement l’économie européenne qui va vers une crise économique et monétaire majeure
    2) Cette Commission jusqu’auboutiste qui ne propose aucune négociation avec la Russie et pousse à la guerre n’a aucune légitimité
    3) L’Europe de Bruxelles est un assemblage hétéroclite de pays en désaccord entre eux, mais soumis au diktat américain qui veut imposer le dollar et son gaz de schiste
    4) Il faut imposer à Zelensky un accord avec la Russie qui tienne compte d’abord et avant tout des intérêts européens qui sont ceux d’une entente avec la Russie, n’en déplaise à Washington qui ne cesse de mettre de l’huile sur le feu pour des intérêts qui ne sont pas les nôtres

    10
  • Étrange cette histoire de paiement en roubles alors qu’il ne s’agit de payer dans une banque russe, normal donc, pas besoin d’en faire tout un plat ni de ruiner nos économies pour plaire à l’oncle Sam et à la commission.

    • Le Rouble est adossé sur l’Or. Imaginez la tête du directeur de la FED si d’autres pays se décident à commercer en Roubles …

  • « qui contraste avec son enlisement dans le conflit ukrainien. »
    Cette affirmation est peut être un peu précoce. On en est seulement à 60 jours de guerre.

    Certes ça c’est mal passé à Kiev pour Poutine (zone majoritairement hostile aux russes) mais c’est pas le cas au Dombass. L’ukraine avait installé une sorte de ligne Maginot que l’armée russe détruit méthodiquement à coups d’artillerie. Quand les 70000 soldats ukrainiens massés là avec quasiment plus de munitions ni véhicules seront exterminés, on verra ensuite se qui va se passer, mais dans ces zones pro-russes ou les soldats ukrainiens sont détestés par la majorité de la population, il est peu probable qu’il puisse subsister longtemps un climat de guérilla comme à Kiev.

  • Pour la petite histoire, il faut savoir que les Polonais n’avaient pas de contrat de long terme pour le gaz avec les Russes, donc payaient leur gaz au prix « spot », donc en ce moment, très, très cher… Refuser de payer en rouble leur permet d’avoir une posture qui, quelque part, les arrange car les Polonais achètent leur gaz aux Allemands qui eux-mêmes l’achètent aux Russes… avec un contrat de long terme donc des prix garantis. Tout ceci est de la gesticulation.
    Ce qui n’en est pas par contre, mais de l’inconscience la plus criminelle, c’est l’attitude de l’UE qui, sans mandat aucun, joue les va-t-en-guerre vis-à-vis de la Russie de qui, que cela nous plaise ou non, nous sommes énergétiquement, donc économiquement, totalement dépendant… sans compter la France qui suit bêtement l’UE, elle-même suivant bêtement les USA, alors que la France devrait retrouver son rôle de puissance d’équilibre et d’interlocutrice crédible pour aider à arrêter ce conflit et non l’envenimer comme on s’ingénie à le faire.

  • Le problème est que la Russie d’avant la crise n’avait que peu d’échanges avec le reste du monde. Tout pour les hydrocarbures. Payer en roubles, équivaut à en acheter sur le marché des changes. Qui avait des réserves en roubles avant la crise. Uniquement la Russie, qui du coup peut manipuler le cours de sa monnaie.
    Et si l’invasion de l’Ukraine ne tenait qu’à ça……..
    Encore un horrible exemple de machiavélisme politique !

  • Les peuples des états-membres sont menacés par leurs élites et les élites étasuniennes, plus précisément, la gauche mondialiste, et ce n’est pas « un chantage » de la Russie, mais la demande du juste paiement d’une marchandise dans une monnaie valide.
    Pour s’informer correctement, voir « Le saker francophone » pour commencer et « Boris Karpov, en direct de Russie » (je trouve stratpol un peu à la traine).

  • Que vaut un contrat en temp de guerre ??? Mais cette Ursula von der Leyen est d’ une bêtise !!!!!

    • Avatar
      jacques lemiere
      4 mai 2022 at 6 h 49 min

      oui…je trouve ça surréaliste, c’est comme s’étonner de produire des terroristes quand on va s’amiuser à faire de la « guerre chirurgicale » ici .ou là..

  • Les commentaires sont fermés.

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