Retraites : nos dirigeants, incompétents pour réformer

Pour réformer les retraites il faut refonder entièrement le système afin de tenir compte du fonctionnement du cycle de vie.

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manif du 28 décembre 2019 à Paris contre le projet de réforme des retraites By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

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Retraites : nos dirigeants, incompétents pour réformer

Publié le 28 avril 2022
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Le projet de réforme des retraites évoqué à diverses reprises au cours du premier quinquennat Macron pourrait être précisé et mis en œuvre assez rapidement : le gouvernement et les Assemblées législatives trouveraient dans cette action une occasion de travailler sur un sujet déjà largement discuté, et dont l’utilité fait consensus. Pourtant, une question subsiste, qui est loin d’être anodine : nos élus et dirigeants ont-ils les compétences nécessaires ? Savent-ils seulement pourquoi il serait bon de doter notre pays d’un système de retraites par répartition différent de ceux de base et complémentaires qui sont actuellement en vigueur ?

L’absurdité économique du système actuel

Le système français de retraites dites par répartition est compliqué, divisé entre des régimes relevant des pouvoirs publics (régime général, régime des fonctionnaires), et d’autres dessinés et pilotés par les partenaires sociaux (régimes complémentaires).

Cette complication entraîne des frais de gestion inutiles : pour nous limiter au cas le plus fréquent, celui d’un salarié du secteur privé, le travail est effectué deux fois, une fois pour la pension de base gérée par le régime général (administration), et une seconde, voire une troisième fois, pour la ou les pensions complémentaires, gérées par les partenaires sociaux. Le gaspillage annuel est de l’ordre du milliard d’euros.

Mais il y a pire que ce gaspillage : le législateur et les partenaires sociaux exigent des travailleurs qu’ils adhèrent à un système totalement déconnecté de la réalité économique.

En effet, les lois de la République ainsi que les conventions établies par les représentants des travailleurs et des employeurs prétendent qu’en payant des cotisations vieillesse, chacun prépare sa propre retraite.

Or, comme le disait le démographe Alfred Sauvy au sortir de la Seconde Guerre mondiale :

« Nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants ».

Plus précisément, les cotisations versées par les travailleurs servent à payer les pensions des anciens : il n’en reste rien pour préparer les retraites auxquelles les cotisants auront le droit de prétendre quelques décennies ou années plus tard.

Quelques secondes de réflexion suffiraient pour comprendre que la préparation des pensions futures n’est nullement réalisée par le paiement de cotisations utilisées entièrement, ou presque, pour payer les pensions de l’année en cours. « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre », dit la sagesse populaire. Mais les politiciens devenus législateurs prétendent avec leur suffisance et leur ignorance coutumières que « tout va très bien, madame la Marquise », c’est-à-dire qu’il y aura toujours assez de naissances pour que, des décennies plus tard, les cotisations suffisent à payer de confortables pensions.

En fait, si les retraités sont bien traités malgré l’insuffisance du nombre des cotisants, c’est parce que les taux de cotisations imposés aux actifs sont prohibitifs et font l’objet de majorations dès qu’il se pose un problème. En cas de besoin, des gouvernants et législateurs démagogues n’hésitent pas à endetter les caisses de retraite : tout est fait pour que le « bon peuple » ne se rende pas compte de la gabegie.

Comment reformer la législation absurde de nos retraites dites par répartition ?

La réponse à cette question est simplissime : en étant intelligents et courageux.

En réalité, les retraites fonctionnent toutes par capitalisation : les pensions sont préparées par les personnes qui procréent, qui entretiennent et éduquent les enfants et les jeunes, c’est-à-dire qui investissent dans ce que l’on appelle dans le jargon économique le capital humain.

En bonne logique, pour préparer l’avenir, il faut investir dans les différents facteurs de production, à commencer par le plus important : l’homme capable par son travail de produire de quoi vivre, surmonter les difficultés et préparer les nouvelles générations à exercer les fonctions productrices.

Mettre des enfants au monde, leur fournir tout ce dont ils ont besoin pour devenir des hommes et des femmes hautement productifs, tel est le cœur même des retraites dites par répartition, et en réalité par capitalisation humaine. Une partie de cet investissement est réalisé par les parents qui entretiennent et éduquent leurs propres enfants. Une autre partie provient de prélèvements sur les revenus des actifs aux fins de former les nouvelles générations.

Ces deux composantes devraient être clairement identifiées, de façon à rendre possible l’attribution de droits à pension équitables. Cela requiert une bonne quantité de calculs et de décisions, mais le principe est simplissime : pour obtenir des droits sur les générations montantes, il faut participer à leur formation, que ce soit directement, en tant que parent, ou indirectement, en tant que cotisant fournissant de quoi entretenir les enfants et les faire profiter de la meilleure formation possible.

Une révolution conceptuelle est indispensable

Nos législations des retraites dites par répartition sont d’une absurdité navrante ; nos législateurs n’ont rien compris à ce qui se passe dans la réalité : investir dans le capital humain que sont les nouvelles générations, et obtenir en échange de cet apport des droits à pension, droits qui permettent tout simplement de ponctionner les actifs au profit des retraités. Ils ont assimilé les cotisations retraite versées par les actifs à des investissements ouvrant des droits à pension, ce qui est une erreur de raisonnement gravissime.

En fait, les cotisations prélevées sur les actifs devraient être réparties en deux catégories : les cotisations destinées à financer la mise au monde et l’éducation des nouvelles générations, et celles utilisées pour verser des pensions aux retraités.

Les premières ont évidemment vocation à ouvrir des droits à pension, puisqu’elles financent l’investissement dans le capital humain. Les secondes, en revanche, ont la nature d’un remboursement : après avoir reçu durant sa jeunesse, le citoyen doit cotiser au profit de ceux qui l’ont ainsi mis en selle, leur permettant de bénéficier de vacances du troisième âge.

Le droit des âges de la vie, point faible de notre législation

Le législateur, ignorant semble-t-il le fonctionnement réel de l’économie et de la succession des générations, a mis en place des systèmes juridiques psychédéliques.

C’est ce à quoi nous devons trouver un remède. Les réformes à effectuer sont simples et logiques dans leur principe :

  • un premier quart de notre vie est consacré à forger du capital humain à l’aide d’apports effectués par la génération précédente ;
  • ensuite la moitié médiane de la vie, l’âge adulte, est consacrée à renvoyer l’ascenseur à ces femmes et ces hommes qui nous ont tant apporté, tout en investissant à notre tour dans le capital humain ;
  • et enfin, le dernier quart de notre existence est caractérisé par une situation de rentiers exigeant des pensions et des soins fournis par ceux qui leur doivent la vie.

 

Tout cela est au fond assez simple, mais nos hommes politiques ne semblent pas être bien nombreux à comprendre le fonctionnement du cycle de vie. Le droit positif s’est englué dans des litanies législatives dont le premier bachelier ou licencié venu, si notre système scolaire et universitaire était à la hauteur, comprendrait la nullité prétentieuse.

Nous avons le plus grand besoin de sortir de la situation ridicule dans laquelle nous ont plongé des générations d’hommes politiques ignorant le B.A.BA de l’économie du cycle de vie. La France pourrait jouer un rôle très positif dans cette évolution, à condition que ses élites politiques se mettent au courant de ce dont elles traitent actuellement sans discernement.

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  • Nous sommes rentrés dans ce piège il y a bien longtemps. La responsabilité de nos hommes politiques actuels a été de refuser de vouloir en sortir. Vous dites il faut de l’intelligence et du courage . Cela ne suffit pas , il faut surtout de la morale , parce que celui qui aurait ouvert ce dossier épineux en aurait pâti à titre personnel . Mais la morale , le sens du sacrifice , eh bien, c’est plutôt rare, surtout en politique . Alors on planque la poussière sous le tapis , eh , ma foi , ça tiendra bien x années de plus …

  • Le problème remonte à la genèse du système. Les premiers retraités qui en ont bénéficié n’avait jamais cotisé. À l’époque c’était le seul moyen de payer une retraite pour toutes ces personne qui avait travaillé toute leur vie et qui n’avait pas eu de quoi mettre de l’argent de côté tellement leur salaire leur permettait juste de survivre. La loi a ipso facto augmenté le coût du travail par cette cotisation obligatoire. Simplement le système aurait dû évoluer avec un curseur entre répartition et capitalisation et maintenant le curseur devrait se retrouver totalement sur la capitalisation. On aurait pu trouver un système où les capitalisation versées seraient garanties par les bons du trésor de l’État. Les retraites versées seraient beaucoup plus généreuses et pourraient donc générer plus d’impôts et plus de cotisation maladie. Quant au capital accumulé il pourrait être transmissible à ses enfants ou autre si il n’y en a pas. Cela contribuerait à l’enrichissement général des Français et à leur permettre de moins dépendre de l’État. Ça ressemble d’ailleurs un petit peu à l’assurance vie.
    L’État pourrait gérer et garantir ces capitaux, verser un dividende, et en profiter pour investir dans l’économie française. Cela coûterait beaucoup moins cher que le déficit abyssal actuel.
    Pour un smicard et les petits commerçants leur retraite serait nettement supérieure à celle qui est versée actuellement.
    L’économie de fonctionnaires et de salariés payés à faire fonctionner les différents systèmes de retraite serait gigantesque.

    • Les premiers retraites avaient pour certains cotisés. Ils avaient capitalisés pour leur retraite. Cet argent leur a été volé par Pétain pour distribuer à plein de monde une retraite indue, car « il n’y avait plus assez de travail » d’après lui.
      Une politique socialiste où on donne une rente pour faire sortir du marché du travail pour « lutter contre le chômage ».
      Cela a rendu Pétain très populaire, ce qui a confirmé que ce système était très efficace… pour s’attirer les bonnes grâces des électeurs.

    • Sauf que « géré et garanti par l’Etat » anéantirait l’excellent principe de votre proposition.

  • La première réforme doit être de réduire le rôle de l’Etat les retraites. Même en ce qui concerne ceux qui se focalisent comme l’article sur le facteur « démographie locale », il devrait être facile d’admettre que ça n’est pas à l’Etat de dire quand et comment faire des enfants. Et le côté démographique n’est qu’un facteur parmi d’autres. Le retrait de l’Etat doit s’accompagner d’une avancée de la capitalisation, parce que la propriété privée et sa fructification sont bien plus efficientes que le pseudo-contrat intergénérationnel de la répartition, qu’elles sont beaucoup moins exigeantes et complexes, qu’elles permettent de sortir du contexte local et de ses risques, et pour autant ne sont pas incompatibles avec l’entraide de la répartition.

  • Mouais, … sujet trop complexe pour être abordé en quelques lignes. Ce qui est sur , c’est que le système actuel a été mis en place après guerre, avec une espérance de vie limitée et un « plein emploi ». Les « améliorations apportées ensuite et les réformes n’ont pas été à la hauteur de l’évolution de notre société. Peut-être qu’une logique plus « naturelle » aurait été souhaitable, mais il ne faut pas oublier « qu’avant » beaucoup de régimes par capitalisation ont fait faillite, de la même façon qu’en 2008 aux USA.
    Enfin il faut à un moment mettre en place un système acceptable (part consacrée à la prévoyance retraite et niveau des pension) et le financer….. alors que fait t-on les premières années? Indépendamment de tous les régimes « privés », il reste aussi à « solutionner » la retraites des agents de la fonction publique….. qui n’ont pas vraiment de système de retraite. Question essentielle : comment rendre le système équitable (non pas égalitaire)? Si la capitalisation parait dans certains cas la solution, elle aussi présente des inconvénients non négligeables. En tout cas effectivement les politiciens actuels ne sont pas à la hauteur et les interlocuteurs pour de telles négociations, trop marqués idéologiquement.

    • Les exemples de faillite de la capitalisation ne sont pas significatifs. Une véritable capitalisation doit être mondialement diversifiée, et alors la faillite d’un composant n’entamera qu’à peine les profits qui auront multiplié la valeur de l’investissement initial. Cela permet aussi de se protéger contre l’inflation, à condition de bien limiter la part des obligations d’état dans l’investissement. Ca n’est pas totalement idéal, mais c’est de loin mieux que la répartition.
      La transition n’est pas un gros problème. Il suffit d’offrir d' »acheter » la défiscalisation de ses investissements de capitalisation par l’abandon d’une part équivalente de ses droits à répartition.
      Cela résoudrait rapidement aussi la question du marquage idéologique, parce que ceux qui haïssent le capital ne seraient en rien obligés de renoncer à leurs idées, mais auraient vite sous le nez l’exemple profitable de ceux qui ne les partagent pas.

      • Ouais ça va sûrement bien se passer. Des mesures en faveur de « gros riches » pour placer de l’argent en bourse qui « exploite les travailleurs », tout ça sur le dos des « futures retraites ».

        • Bon, alors dans un premier temps, il n’y a qu’à le limiter aux artistes, hommes politiques et footballeurs…

        • Pour les anti-capitalistes, j’ai une autre idée. Leur offrir de prendre leur retraite dans un pays, genre Tadjikistan ou Corée du Nord, aux conditions locales (ils doivent bien en être restés aux 55 ans pour les femmes et 60 pour les hommes comme c’était du temps de l’URSS), l’Etat français dédommageant l’Etat qui les accueille du coût (local bien sûr) de leur retraite… Là non plus, pas question de les obliger, mais ceux qui refusent s’exposeraient à perdre tout crédit dans les médias.

  • J adore ce sujet des retraites. C est un menhir dans le jardin des adorateurs de l etat et autres planistes. En effet, rien de plus prévisible que ce « problème  » , c est limpide comme une pyramide des âges. Or notre état est incapable de faire face à cette évidence, comment lui accorder la moindre confiance pour ce qui est imprévisible ?

    • Notre Etat sait au contraire très bien faire face à cette évidence : il en a fait un argument électoral et craint donc comme la peste de le perdre, ce qui serait le cas s’il était résolu.

    • « C’est le problème avec les catastrophes naturelles. Elles n’arrivent jamais quand elles sont supposées le faire. Et pour les cartomanciens ou pessimistes de mon genre, il s’agit là d’une source constante de déceptions. Les désastres liés aux décisions humaines, par contre, sont non seulement beaucoup plus fréquents mais aussi bien mieux prévisibles. Ils sont aussi beaucoup plus divertissants, … en admettant bien sûr que vous n’êtes pas concernés. »
      Hormegeddon p.2

  • La retraite……. Quand il n’y a plus rien à manger n’est plus un problème. La retraite quand il n’y a plus de médecins, devient vraiment un problème secondaire… Foutage de gueule, il n’y a pas de problème de retraites mais d’état. Y a t il encore un état en France ?

  • Avatar
    charlemcharly@gmail.com
    29 avril 2022 at 22 h 42 min

    Bon Dieu, mais cessons avec ce système mortifère qui engendre des coûts de gestion et d’administration toujours plus élevés. Faisons sortit sur une quinzaine d’années l’état des retraites, licencions la majorité des fonctionnaires, recentrons les affaires étatiques sur l’armée, la justice, la police, les routes, l’eau et l’électricité et ne gardons le système général que pour les fonctionnaires travaillant dans ce nouvel état aux attributions réduites.

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