LR : ce que le départ de Renaud Muselier dit de la droite

Renaud Muselier by UMP photos(CC BY-NC-ND 2.0) — UMP photos, CC-BY

Comme le montre le départ de Muselier, si la droite ne se remet pas en cause, elle sera vouée à devenir une force d’appoint nationale pour encore plusieurs décennies malgré ses victoires locales.

Par Jonathan Frickert.

Le président LR de la région PACA Renaud Muselier a apporté ce mardi son soutien à Xavier Bertrand dans la course à la candidature de son parti pour la présidentielle de 2022.

Un soutien qui fut toutefois loin d’être du goût de l’intéressé. Déjà accusé par Éric Zemmour d’être candidat à Matignon en cas de réélection d’Emmanuel Macron, le président des Hauts-de-France a sèchement refusé ce soutien, arguant d’une démarche de rassemblement et des prises de position du président de la deuxième région de France contre David Lisnard et Éric Ciotti.

Pour rappel, lors de l’élection à la présidence de l’AMF le 17 novembre dernier, Renaud Muselier avait en effet soutenu l’UDI Philippe Laurent et candidat de la macronie face au maire de Cannes et candidat officiel de LR, finalement élu à la succession de François Baroin.

Renaud Muselier n’avait pas hésité à qualifier le député des Alpes-Maritimes et candidat à l’investiture de son parti pour la présidentielle de « faux-nez » de l’extrême droite. Ambiance…

Humilié par le refus de soutien de Xavier Bertrand, le président de la région PACA a décidé le lendemain de quitter une famille politique dont il était à la marge depuis déjà plusieurs années.

Muselier : un habitué de ce genre de coup

Dauphin d’un Christian Estrosi déjà au fait de la main tendue vers une macronie dont les embryons lui ont permis de l’emporter de justesse en 2015 face à Marion Maréchal Le Pen, Renaud Muselier est fait du même bois.

Élu en 2017 à la tête de la région après la démission du maire de Nice, il n’a pas fallu un an pour que l’ancien secrétaire d’État de Jean-Pierre Raffarin ne sorte les couteaux, estimant par exemple que le maire LR de Marseille Jean-Claude Gaudin, dont il fut premier adjoint durant deux mandats consécutifs, avait fait « deux mandats de trop ».

Deux ans plus tard, il approuve l’appel de Christian Estrosi à un soutien des Républicains à la réélection d’Emmanuel Macron.

En 2021, deux mois avant l’élection régionale et alors que les listes n’avaient pas encore été déposées, Renaud Muselier tend la main à la liste du parti présidentiel, arguant de la menace de la liste RN menée par Thierry Mariani, dont Renaud Muselier fut pourtant tête de liste départementale 11 ans plus tôt lors des élections régionales de 2010.

Comme partout dans l’Hexagone, cette menace sera largement tempérée par le flop des listes RN et en particulier dans le Sud Est, région jugée quasi imperdable pour le parti mariniste.

À la suite d’un psychodrame impliquant la commission d’investiture du principal parti de droite et Matignon, Renaud Muselier perd puis récupère son investiture en moins de 24 heures, alors que le parti présidentiel renonce à présenter une liste.

À la suite de la réélection du président de région, Renaud Muselier nomme plusieurs proches du président de la République à des postes-clefs de l’exécutif régional. Les compétences des transports et des lycées, compétences fondamentales de la région, sont ainsi gérées par deux vice-présidents respectivement LREM et Modem.

La droite en proie à la lutte des classes

Le cas Muselier en dit beaucoup sur l’état de la droite depuis plusieurs années.

Depuis 2017, la droite est tiraillée entre un soutien des ex-UDF à la présidence d’Emmanuel Macron, un appel du pied de son électorat au Rassemblement national et un Éric Zemmour qui a décomplexé le tabou de l’union des droites auprès de figures nationales telles qu’Éric Ciotti, 8 ans après que François Fillon ait estimé qu’un candidat FN pouvait être moins sectaire qu’un candidat socialiste.

En vérité, le principal problème de la droite française est la lutte des classes qui se joue à l’intérieur de son électorat. D’un côté, l’électorat de droite classique, représenté par LR, composé essentiellement de retraités et de CSP+ de province, et d’un autre côté l’électorat ouvrier et agraire incarné par le RN.

Avec le basculement du parti populiste d’une ligne poujadiste et atlantiste incarnée par Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 à une ligne anticapitaliste portée par sa benjamine à compter des années 2010, cette lutte de classe s’est largement crispée autour de la question de l’épargne.

La structure sociologique de l’électorat de droite classique la rend particulièrement sensible à la question que l’obsession anti-euro du RN, en particulier lorsqu’on entend le duo mortel que les partisans de la liberté connaissent bien : dévaluation-inflation.

Il n’est donc guère étonnant qu’un Éric Zemmour évoque la question identitaire, considérant qu’elle permettrait de transcender ce problème économique.

Se faisant, le RN bloque depuis bientôt 15 ans près d’un tiers de l’électorat dans une impasse politique.

La seule option pour la droite française de s’en sortir est donc de se focaliser sur l’implosion du bloc mariniste en 2022 afin de reconstruire cet espace. Pour cela, la droite – au sens large, hors parti – doit accepter la réélection d’Emmanuel Macron. La chose est admise à demi-mot par beaucoup au sein même des LR. Elle doit toutefois être acceptée, non comme option souhaitable, mais comme fait rendu acquis par l’absence de véritable travail de stratégie électorale sortant du cadre des partis actuels.

Cela exigerait toutefois que les cadres de la droite française, essentiellement LR, songent au combat culturel avant le combat électoraliste, à la prochaine génération plutôt que de garder le nez dans le guidon de la prochaine élection.

Un problème structurel

Le drame de l’élection présidentielle tient dans le fait que la présidence de la République est une fonction d’incarnation. Or, 99 % des candidats à ce poste sont dans un ethos primoministériel, évoquant des questions dignes d’un chef de gouvernement et non d’un président de la République.

Ils s’écharpent sur des questions techniques sur la hausse de tel ou tel minima social, la baisse de telle ou telle cotisation ou encore sur le quotient familial. Ils confondent l’Élysée et Matignon, l’incarnation et la gouvernance du pays. En cause : l’hyperprésidentialisation mais également un État vu comme une assistante sociale pour une bonne part de l’électorat.

Ce problème structurel de la présidence de la République française rend sans fin l’accroissement des prérogatives étatiques à mesure que les promesses faites à tel ou tel segment de l’électorat renforcent un peu plus l’instabilité des lois, restreignant de facto les libertés individuelles comme l’avait analysé Friedrich Hayek en son temps.

De par le foisonnement intellectuel dont elle fait l’objet, la droite française est aujourd’hui largement en capacité de se défaire de ce fléau et de préparer le coup d’après en incarnant une authentique rupture institutionnelle fondée sur la décentralisation des pouvoirs au profit des individus et des territoires, à la manière de son homologue d’outre-Manche, où le parti conservateur s’est constitué au XIXe siècle à partir de l’union d’élus et d’associations locales.

Reste à savoir s’il existe, encore aujourd’hui, des hommes et des femmes politiques capables de prendre la mesure de l’enjeu. Dans le cas contraire, la droite française aura beau se targuer de ses victoires locales, elle sera vouée à devenir une force d’appoint nationale pour encore plusieurs décennies. Une situation d’autant plus problématique dans un pays aussi centralisé que la France.

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