Second tour des régionales : le contre-séisme politique

Défaite du Rassemblement national et de la République en marche, prime aux sortants et abstention record. Rien ne s’est passé comme prévu.

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Second tour des régionales : le contre-séisme politique

Publié le 28 juin 2021
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Par Jonathan Frickert.

Zéro, c’est le nombre de régions qui devraient passer au Rassemblement national à l’issue de l’élection des présidents de région dans quelques jours.

Un échec pour un parti annoncé quasi quotidiennement comme étant aux portes du pouvoir.

Dans un contexte de scrutin couplé avec des élections départementales à la faible participation, ce second tour a confirmé les résultats du premier.

Frappés d’une abstention massive, les favoris de la prochaine présidentielle sont apparus comme ce qu’ils ont toujours été : des colosses aux pieds d’argile, incapables de mobiliser sur un scrutin local.

Le RN cale face à un boulevard

Marine Le Pen est donc la grande perdante de ces élections. Son parti, annoncé en mesure de l’emporter dans au moins une région, a été incapable de s’imposer, y compris en PACA, où l’ancien ministre UMP Thierry Mariani parvient à faire un moins bon score que celui de Marion Maréchal il y a maintenant six ans.

Outre des sondages flatteurs, ce second tour pouvait pourtant donner l’avantage aux candidats marinistes. Les maigres résultats au soir du premier tour étaient en effet dus à une démobilisation plus importante dans l’électorat RN que dans le reste du spectre partisan et en particulier de la droite républicaine.

Le mauvais score du RN a également empêché l’habituel front républicain de se former. Sur les 17 régions françaises, il y avait en moyenne 3,5 listes présentes hier, contre 2,8 il y a six ans. Davantage de triangulaires donc, mais également de quadrangulaires et même de quinquagulaires.

Une situation illustrée par un article du Huffington Post, pour qui le fief de Marine Le Pen n’était plus considéré comme un point chaud du scrutin cette semaine. Seul le sort de la région PACA était en suspens, avec un avantage pour Renaud Muselier, fort du soutien de Bernard Tapie et de Nicolas Sarkozy, qui a pourtant nommé Thierry Mariani ministre des Transports lors de sa présidence.

Le RN bénéficie nationalement de la phase finale de sa dédiabolisation, associant désormais un discours dangereusement socialisant et une langue de bois à faire rougir un énarque. Mais cette transformation du RN en nouveau parti socialiste n’aura rien arrangé à sa situation au niveau local.

Un parti présidentiel exsangue

De son côté, la majorité présidentielle a fait de la figuration, handicapée par les mauvais scores du RN qui ont stérilisé toute la stratégie présidentielle de fissure de la droite par la pression du front républicain. Une situation ajoutée aux défections de la part de son principal allié, le MoDem, dont beaucoup d’élus ont préféré jouer la sécurité en s’alliant dès le premier tour aux Républicains en Île-de-France et dans les Hauts-de-France.

Dans ce sens, le déplacement du couple présidentiel au Touquet ce dimanche afin de participer au vote apparaît comme une image particulièrement humiliante pour le président de la République. Dans les Hauts-de-France, LREM a appelé à voter pour Xavier Bertrand, principal opposant du président de la République hors RN et donc susceptible de l’emporter face à lui.

L’image illustre donc particulièrement l’état de La République en Marche dimanche soir.

Une situation qui n’empêchait pas les ministres présents sur les plateaux de parler de victoire de la majorité en raison de l’absence de victoire du Rassemblement national…

La droite républicaine tient le choc

Avec sept régions conservées, la droite républicaine sort grande victorieuse du scrutin. Au premier tour, l’électorat de 2017 de François Fillon était le seul électorat à s’être déplacé majoritairement. Une donnée guère étonnante compte tenu de la structure d’un électorat se réduisant désormais aux seniors, connus pour être moins abstentionnistes que le reste de la population.

Laurent Wauquiez sort du bois

Parmi les sept présidents sortants se trouvent trois présidentiables : Bertrand, Pécresse et Wauquiez. L’ancien président des LR, connaissant une traversée du désert depuis le score déplorable de son parti aux élections européennes, sort de ce scrutin avec le meilleur score des trois présidentiables cités avec 56 % des suffrages et un RN encore plus bas que dans la région capitale. Un retour sur la scène nationale qui s’est ressenti jusque dans les discours de victoire des candidats, évoquant davantage des discours présidentiels qu’autre chose.

Une gauche résistante malgré des fractures

De son côté, la gauche connaît un bilan similaire, ayant conservé pour sa part les cinq régions qu’elle détenait. Cependant, en Île-de-France, elle a fait face pour la première fois de son histoire à un nouveau type de front républicain. La campagne d’entre-deux tours a été marquée par le soutien inattendu des socialistes Manuel Valls et Jean-Paul Huchon à la candidate de droite. L’ancien président de la région a ainsi fait un choix inverse de celui de Lionel Jospin et François Hollande qui appelaient à voter pour Julien Bayou, tête de liste de l’union de la gauche dans la région et auteur d’un montage photo particulièrement clownesque lors de l’annonce de l’accord passé avec Audrey Pulvar et Clémentine Autain.

Une division de la gauche républicaine montrant bien la césure en cours en son sein entre une frange républicaine et une frange de plus en plus véhémente à l’égard de l’Occident et de ses valeurs.

Le spectre de l’abstention

Ces résultats ne coulaient pourtant pas autant de source. L’abstention du premier tour a rendu le second tributaire de la remobilisation des électeurs habituels des différentes formations, et ce davantage que des habituelles tractations du petit théâtre politique pour faire face aux différentes menaces réelles ou feintes.

Cette abstention rendait donc les pronostics a priori compliqués.

Dimanche soir, la participation n’était cependant guère plus reluisante que lors du premier tour puisqu’elle peinait à atteindre 35 % au niveau national, soit une hausse de moins de deux points depuis dimanche.

À titre de comparaison, sur les trois derniers scrutins régionaux, la participation a augmenté en moyenne de 6 points entre le premier et le second tour, avec un pic de 8 points en 2015 dans un contexte de menace FN pour les partis traditionnels.

Deux vies politiques parallèles

Ces élections montrent qu’il existe aujourd’hui deux niveaux de vie politique.

D’une part, la vie politique nationale, avec un clivage entre LREM et RN, deux partis dotés d’une incarnation, mais incapables du moindre ancrage local pour soutenir leur édifice partisan ni de vider la droite traditionnelle de ses forces locales.

D’autre part, la vie politique locale, où les partis traditionnels reprennent leur place, mais restent incapables de voir émerger la moindre figure nationale.

Le vote obligatoire, un viol démocratique

Depuis le premier tour, certains ont tenté de trouver un remède à ce mal démocratique, notamment en proposant le vote obligatoire. Une manière de compenser l’absence d’enthousiasme pour les élections par un authentique viol démocratique. Tel est notamment le cas de Jean-Luc Mélenchon, qui l’a introduit dans son programme présidentiel de 2017.

Après avoir tué le consentement à l’impôt, la classe politique serait-elle tentée de tuer le consentement démocratique ? Un consentement qu’il parait pourtant plus urgent que jamais de revigorer après un quinquennat marqué par l’agitation et l’autoritarisme…

Voir les commentaires (21)

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  • bah , mariani n’a pas à rougir des résultats en PACA ; après tout , muselier a gagné car soutenu par LR et LREM ; mariani a fait 45,1% , mais tout seul ; si muselier n’avait pas eu d’autres partis au cul , rien ne dit qu’il aurait gagné ;

    • Ça doit être désagréable d’avoir les partis au cul. Si c’était le cas de ma tante, pourrais-je l’appeler mon oncle malgré cette difformité ?

    • ils ont aussi parlé de certains socialos (voir des LFI ) qui ont voté contre la bête immonde, je serais Muselier je serais pas fier ( mais bon la fierté chez eux c’est facultatif)

  • Avec le vote obligatoire, qu’est ce qui m’empêcherait de mettre un gros Fu*k dans l’urne ?

    Au moins sans l’obligation de voter, je reste poli.

    • @aero c’est pour cela qu’il mettront urgemment le vote électronique en branle.

      • Je sais bien Val.
        On s’y opposera, certains d’entre nous trouveront des solutions.
        Nous défendons la propriété et les droits naturels, l’échange, et nous nous battons depuis toujours contre l’arbitraire du puissant ou du groupe et pour le choix souverain de l’individu. Il n’y a aucune raison que cela cesse, c’est notre croix ?

  • Ouais, bon mon sentiment c’est qu’on sur-interprete tout ça. Ça occupe les journalistes

    • Exactement, si les gens ne sont pas allés voter c’est qu’il n’y avait aucun enjeu à part faire mousser des politiques qui auraient été présidents de région l’espace de trois mois, c’est-à-dire jusqu’à leur campagne présidentielle. Moi je suis quand même allé voter mais je comprends les abstentionnistes. Par contre ceux qui ne votent pas n’ont pas raison de s’offusquer ou se réjouir du résultat des élections. D’ailleurs je n’ai trouvé dans mon bureau de vote aucun bulletin blanc (et non pas bulletin nul), ce qui est très étrange pour une élection quand même.

    • vous boterez au passage la belle propagande d’Etat ou on tire à boulets rouges sur le Rn et ses résultats mais pas trop sur la branlée de Larem et l’abstention…c’est beau cette façon de faire du journalisme..

  • Pourquoi toujours parler d’une défaite du RN alors que tous les partis sont contre lui ?

    Les défaites ce sont celles de Lrem dont les candidats ne s’en revendiquent même pas sur les affiches , des écologistes dont on ne fait que parler à longueur de temps sur les antennes ou de la France Insoumise qui était considérée après la présidentielle comme la seule opposition.

  • « La droite républicaine tient le choc » : les socialistes de droite ?

  • « Depuis le premier tour, certains ont tenté de trouver un remède à ce mal démocratique, notamment en proposant le vote obligatoire. »
    La crise sanitaire a donné des accents d’autorité à de nombreux politiques.
    Après le passeport sanitaire, le vaccin puis le vote obligatoire.
    C’est beaucoup plus facile que de faire régner l’ordre dans les banlieues.
    Les partis politiques devraient avoir honte d’un tel niveau d’abstention.
    Ils en sont largement responsables, au moins autant que les Français qui ne sont pas allés voter.
    Cette élection a été organisée n’importe comment, les dates ont été connues tardivement, ce qui fait que de nombreux Français avaient déjà prévu de s’absenter.
    Si on y ajoute la non distribution des tracts électoraux et le niveau lamentable de cette campagne où chacun a promis de la croissance verte ou la gratuité d’à peu près tout, ce n’est pas vraiment étonnant que seuls quelques électeurs se soient déplacés.
    J’en fais partie mais il ne me viendrait pas à l’idée de faire la leçon aux abstentionnistes.
    Nous attendons de nos élus un minimum de sérieux et de compétence.
    Nous en avons assez de ce gaspillage d’argent public, de ces afficheurs « dynamiques » désormais placés à l’entrée de la moindre petite commune, dont la seule information est la température ambiante…
    Nous en avons assez de ce président qui nous considère comme des demeurés et qui, au lendemain d’un désastre démocratique, n’a rien trouvé de mieux que de recevoir Justin Bieber.
    Messieurs nos élus, il est temps de vous ressaisir.

    • « Messieurs nos élus, il est temps de vous ressaisir. » : surtout de quitter vos fonctions pour vous mettre à travailler et gagner votre pain à la sueur de votre front !

  • Une élection n’est pas la démocratie, laquelle repose uniquement sur le libre marché.

  • Pourquoi tous les medias se concentrent sur le RN alors qu’il a fait un meilleur score que LREM, qui pourtant a été « élu » par l »‘ensemble » des Français en 2017 ?

  • Bon, étant donné qu’il n’y avait (et aura pour les présidentielles) que des propositions d’extrême gauche (LFI, écolos, communistes), de gauche (PS, MRC, PRG) et de centre gauche (LR, LREM, MODEM, UDI, RN), rien ne nécessite de s’intéresser. Heureusement, bientôt la fin de l’argent des autres. En attendant la tutelle de l’Allemagne et les bases US/OTAN sur les côtes nationales.

  • Peut-être que cette élection reflète le véritable état de notre démocratie : la lassitude a évaporé l’électorat virtuel de ceux qui votent « contre » (par exemple pour le FN comme sanction) et de ceux qui votent contre ceux qui votent contre (ceux qui veulent faire barrage à ceux qui pensent mal).

    Il faut inscrire l’électeur sur la liste des espèces menacées.

    • Oui c’est sans doute la seule et unique leçon à retenir mais que ni les médias, ni les politiques n’afficheront : notre démocratie est au plus bas du fait de ces mêmes politiques…
      Très très triste de voir jusqu’où nous sommes tombés

  • LE RN est double: Dans le nord avec MLP plutôt social « nationaliste » et dans le sud, conservateur, tel que voulu par JMP (abstraction faite de ses provocations). Le nouveau PC devrait récupérer l’électorat qu’il a perdu, populaire, sécuritaire et anti migrants illégaux. (le RN du nord) et le RN du sud avec Marion , pourrait s’allier avec la droite de « gouvernement ».

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