Régionales : LREM, sans ancrages locaux, cherche ses alliés

Incapable de rallier à lui des figures locales, le parti macroniste pourrait bien voir son absence d’ancrage territoriaux avoir raison des dernières élections du quinquennat.

Par Jonathan Frickert.

La République en Marche peut-elle encore gagner les élections régionales ? C’est en tout cas la question qui ressort d’un excellent papier de nos confrères de L’Opinion consacré au tabou des alliances du second tour des élections prévues en juin prochain. L’article écrit par Matthieu Deprieck et Ludovic Vigogne dresse le portrait d’un parti présidentiel en plein questionnement à quatre mois du scrutin.

Placé sur liste noire par les partis traditionnels qu’il a largement dépouillés, confronté aux réticences du MoDem et incapable de rallier à lui des figures locales, le parti macroniste pourrait bien voir son absence d’ancrages territoriaux avoir raison des dernières élections du quinquennat.

Des municipales désastreuses pour LREM

Difficile de ne pas se souvenir des élections municipales.

Les résultats nationaux confirment le fossé séparant LREM (1,7 %) des autres partis (4,6 % pour LR, 2,3 % pour le RN et 1,8 % pour le PS, les meilleurs scores revenant évidemment aux candidats sans étiquette). Ils sont l’illustration d’une absence criante de ténors locaux susceptibles de créer une dynamique.

Un sondage RégioTrack OpinionWay – Les Échos paru ce jeudi ne prédit rien de plus encourageant pour le parti présidentiel, situé en fin de podium au niveau national.

Cité par L’Opinion, un cadre de LREM évoque un parti focalisé sur le second tour au détriment du premier, rappelant un certain Lionel Jospin en 2002, avec le résultat que l’on connaît.

De « ni droite ni gauche » à « ça dépend »

Pourtant, depuis plusieurs mois, la majorité laisse davantage de place à ses différentes composantes, entre la récente sortie de François Bayrou sur la proportionnelle aux élections législatives et les initiatives de l’aile gauche du parti majoritaire. Prise de conscience ou illustration d’une future bérézina électorale ? Dans les deux cas, l’image donnée est loin de satisfaire les élus macronistes.

Toujours selon L’Opinion, Hugues Renson, figure de l’aile gauche, met ainsi en garde contre la tentation des alliances à la carte. Le fameux « ni droite ni gauche » deviendrait alors un « ça dépend ». Si le succès d’un message politique dépend de sa clarté, une telle stratégie troublera inutilement la communication du parti à un an de l’élection présidentielle.

Pas de barons locaux pour LREM

L’année 2017 fut marquée par un hold-up de l’actuel président de la République sur la classe politique française. Il a ainsi rallié à lui nombre de personnalités nationales, à droite comme à gauche.

Seulement, le parti majoritaire n’a pas été en mesure de séduire localement. En témoigne la situation du Sénat, représentant les territoires, où LREM n’a qu’une place de figurant. Il en va de même pour les présidents de régions, dont aucun n’a été séduit par le discours du président élu.

Sur les 1758 conseillers régionaux élus en 2015, seuls 22 ont franchi le Rubicon.

Un allié aux abonnés absents

La majorité est ainsi contrainte de s’appuyer sur son principal allié : le MoDem.

Seulement, les 51 élus régionaux du mouvement font systématiquement alliance avec la droite dans les conseils régionaux où ils siègent.

Le MoDem, longtemps considéré comme une force d’appoint local de la droite républicaine avant d’être le cheval de course des macronistes, pourrait ne pas résister à la tentation de conserver ses places dans les prochaines mandatures régionales.

Fin de non-recevoir des partis traditionnels

Dépouillés par la vague de 2017, les partis traditionnels ne se pressent évidemment pas pour apporter leur aide à un an de l’élection présidentielle.

En témoignent les vains appels du pied à Jean Rottner dans le Grand Est et à Loig Chesnais-Girard en Bretagne.

À droite, Christian Jacob a ainsi d’ores et déjà signalé que Les Républicains ne feraient aucune alliance de premier tour avec le parti présidentiel. Même son de cloche du côté de la présidente de la région Île-de-France, pourtant jugée un temps Macron-compatible.

De l’autre côté de l’échiquier, LREM espérait profiter de la division provoquée par la poussée écologiste. Le positionnement droitier du gouvernement a cependant largement renforcé la solidarité historique des partis de gauche.

Un espoir nommé PACA

Parmi les treize régions métropolitaines en jeu, une seule semble faire exception à la catastrophe annoncée : Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Dirigée près de 17 années durant par le socialiste Michel Vauzelle, la région PACA a été en 2015 le théâtre des soubresauts du macronisme.

Souvenez-vous : au soir du premier tour, Marion Maréchal toisait de près de 15 points le maire de Nice Christian Estrosi, loin devant un certain Christophe Castaner, alors à la tête de la liste socialiste.

La situation était similaire dans de nombreuses autres régions comme le Grand Est et les Hauts-de-France, où le FN dépassait les 35 % dès le premier tour.

Si, dans le Grand Est, le second tour a viré à la tragédie politique avec le refus du candidat PS de se retirer, tel ne fut pas le cas ni dans les Hauts-de-France ni en PACA, où Christophe Castaner a décidé de se retirer pour faire barrage au FN, préfigurant déjà le positionnement qui allait être celui de Christian Estrosi vis-à-vis de la prochaine majorité.

Cette année, Renaud Muselier, élu suite à la démission de Christian Estrosi, semble attentif aux appels du parti majoritaire. Christophe Castaner, supplanté cette fois par la Secrétaire d’État Sophie Cluzel, a déjà évoqué un potentiel rapprochement avec le candidat LR.

Le scénario d’il y a six ans est donc susceptible de se répéter, d’autant que le parti d’extrême droite envisage d’investir l’ex-LR Thierry Mariani, ministre des Transports sous Nicolas Sarkozy et susceptible de dépasser le simple socle électoral du parti lepeniste dans la région.

Le RN découvre l’ouverture

Une situation comparable à ce qui se joue en Occitanie et en Pays de la Loire, où Marine Le Pen a choisi d’investir l’ex-député LR Jean-Paul Garraud et l’essayiste Hervé Juvin.

Tel est le grand paradoxe des élections de juin : le parti présidentiel ne peut plus se permettre l’ouverture, tandis que le Rassemblement national adopte une stratégie radicalement opposée.

LREM : un parti de surface

Le parti macroniste n’a jamais réussi à entrer dans les profondeurs du pays, se limitant bien souvent à en monopoliser la surface : les grands pouvoirs étatiques.

Après la déferlante jaune de 2017 et alors que le parti revendique plus de 420 000 adhérents, il reste incapable de s’ancrer localement, limitant la majorité présidentielle à un simple rôle de faiseur de rois face à la montée du Rassemblement national.

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