11 novembre, armistice et suicide de l’Europe libérale

Le 11 novembre 1918 marque l’armistice de la Première Guerre mondiale mais malheureusement pas la fin du suicide européen par le nationalisme guerrier ou le socialisme.

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11 novembre, armistice et suicide de l’Europe libérale

Publié le 11 novembre 2021
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Par Daniel Tourre.

Extrait de Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants, Éditions Tulys.

Le 11 novembre 1918 marque l’armistice de la Première Guerre mondiale mais malheureusement pas la fin du suicide européen par le nationalisme guerrier ou le socialisme.

Car par-delà ses massacres de masse et ses destructions, cette Première Guerre mondiale marque la fin de l’âge d’or européen, un âge d’or largement libéral.

Dans son autobiographie Le monde d’hier, souvenirs d’un Européen Stefan Zweig (1881-1942) raconte l’Autriche et la Vienne de la Belle Époque. Il ne s’agit pas d’une société complètement libérale sur le plan institutionnel comme sur le plan des mœurs, mais par bien des aspects, elle l’était davantage que l’Europe et la France de 2012.

J’ai connu avant-guerre la forme et le degré les plus élevés de la liberté individuelle et, depuis, le pire état d’abaissement qu’elle eût subi depuis des siècles…

Son livre tragique et émouvant nous fait suivre la longue descente aux enfers de l’Europe, à travers sa vie de jeune étudiant juif viennois jusqu’à son exil au Brésil, fuyant le nazisme, peu avant son suicide.

Il n’est pas libéral mais son témoignage est intéressant à plus d’un titre par sa description d’une société largement libérale (et bourgeoise) de la Vienne de la Belle Époque.

Notre monnaie, la couronne autrichienne, circulait en brillantes pièces d’or et nous assurait ainsi son immutabilité. Chacun savait combien il possédait ou combien lui revenait, ce qui était permis ou défendu. Qui possédait une fortune pouvait calculer exactement ce qu’elle rapportait chaque année en intérêt […] Chaque famille avait son budget bien établi, elle savait ce qu’elle aurait à dépenser pour le vivre et le couvert, pour les voyages estivaux et la représentation […] Le XIXe siècle, avec son idéalisme libéral, était sincèrement convaincu qu’il se trouvait sur la route droite qui mène infailliblement au « meilleur des mondes possibles ». On ne considérait qu’avec dédain les époques révolues, avec leurs guerres, leurs famines et leurs révoltes, on jugeait que l’humanité, faute d’être suffisamment éclairée, n’y avait pas  atteint la majorité. Il s’en fallait de quelques décades à peine pour que tout mal et toute violence soient définitivement vaincus, et cette foi en un progrès fatal et continu avait en ce temps là toute la force d’une religion. Déjà l’on croyait en ce « Progrès » plus qu’en la Bible, et cet évangile semblait irréfutablement démontré par les merveilles sans cesse renouvelées de la science et de la technique… On ne croyait pas plus à des retours de barbarie, tels que des guerres entre les peuples d’Europe, qu’on ne croyait aux spectres et aux sorciers ; nos pères étaient tout imbus de la confiance qu’ils avaient dans le pouvoir et l’efficacité infaillibles de la tolérance et de l’esprit de conciliation. Ils pensaient sincèrement que les frontières et les divergences entre nations et confessions se fondraient peu à peu dans une humanité commune et qu’ainsi la paix et la sécurité, les plus précieux des biens, seraient impartis à tous les hommes. Stefan Zweig, Le monde d’hier, 1944.

Il décrit ainsi sur plusieurs pages une société libre mais où prédomine un sentiment incroyable de sécurité. Une société dynamique sur le plan culturel, scientifique, technique et économique sans pour autant une haine rageuse contre le passé. Une société où l’on peut aller, venir et s’établir d’un bout à l’autre de l’Europe sans passeport. Une société avec une monnaie saine, une société où les plus démunis sortent massivement de la misère noire sous la poussée du capitalisme libéral. Pour ceux qui ont un peu voyagé, cet optimisme vibrant n’est pas sans rappeler l’atmosphère qui règne aujourd’hui dans certains pays émergents asiatiques.

Cette société avait bien sûr ses tares, son puritanisme, sa pauvreté et ses hypocrisies, mais elle donne une vision vertigineuse de ce que le XXe siècle et ses idéologies totalitaires ont fait à notre culture commune, l’Europe libérale. Prisonniers d’un État-nounou omniprésent, d’une haine de soi latente forgée par ces deux guerres et le colonialisme, d’une peur de l’avenir, de rancœurs, d’une course institutionnelle à la victimisation, nous réalisons tout ce que nous, Européens, avons perdu en liberté et en âme avec le nationalisme guerrier et le socialisme du XXe siècle.

Cette autobiographie permet de voir que la liberté ne s’oppose pas à un sentiment de sécurité économique, au contraire. L’État mammouth et sa bureaucratie coûteuse limitent la liberté sans même servir la sécurité. L’angoisse collective dans laquelle nous baignons actuellement en témoigne.

Les opéras de Vienne de 1900 montrent aussi que la liberté n’entraîne pas mécaniquement la médiocrité mais peut être source d’une excellence à tous les niveaux.

Elle permet en passant de renvoyer dans les cordes les nouveaux nationalistes étatistes – de Zemmour à Le Pen – se lamentant sans fin sur l’ultra-libéralisme foudroyant la France ou l’Europe. L’Europe foudroyée, c’est la conséquence de leurs doctrines politiques et économiques, pas de la doctrine libérale. Ils peuvent garder leurs leçons, nous payons encore collectivement le prix de leurs idéologies protectionnistes, socialistes ou nationalistes, qu’ils tentent de nous resservir aujourd’hui parfois à l’identique.

La guerre est toujours un désastre. Elle est aussi comme le savent depuis longtemps les libéraux, un prétexte parfait pour augmenter de manière démentielle le périmètre de l’État. Nous ne nous sommes pas encore remis des deux guerres mondiales, ni de leurs conséquences institutionnelles.

Nous allons bientôt fêter le centenaire du suicide de l’Europe libérale. 1914-2014 semble être une bonne occasion de fermer la parenthèse de l’étatisme délirant de ce XXe siècle, dans nos têtes et dans nos institutions. Il ne s’agit pas d’une nostalgie pour une époque révolue, ni de nier les évolutions favorables qu’a apporté le XXe siècle, mais de sortir de ce monde crépusculaire que nous nous infligeons et que nous infligeons à nos enfants. Il s’agit de retrouver le cap perdu de la liberté.

… Malgré ce que moi-même et mes innombrables compagnons  d’infortune avons souffert d’humiliations et d’épreuves, il ne m’est pas possible de renier sans recours la foi de ma jeunesse et de désespérer d’un relèvement et d’une nouvelle renaissance. De l’abîme de terreur où nous marchons comme des aveugles, l’âme bouleversée et le cœur brisé, je jette encore un regard vers ces anciennes constellations qui resplendissaient sur ma jeunesse et me console avec la confiance héréditaire que cette décadence ne paraîtra qu’une interruption momentanée dans le rythme éternel de l’irrésistible progrès… Stefan Zweig, Le monde d’hier, 1944.

– Stefan Zweig, Le monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, 1944, 506 pages, Le Livre de Poche, 1996.

Cet article a été publié une première fois en 2018.

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  • Je crains de devoir indiquer que dans la bande dessinée ci-dessus, une faute d’orthographe s’est glissée :
    Il est écrit «MOURIR POUR LE FURHER !».
    En fait, il eût fallu écrire «MOURIR POUR LE FUHRER !».

    Autre remarque, certainement plus utile : l’auteur Daniel Tourre a raison de dire que «Nous ne nous sommes pas encore remis des deux guerres mondiales, ni de leurs conséquences institutionnelles.»

    En effet, je rappelle à titre d’exemple que des lois d’exception (provisoires pour la durée de la guerre) ont été promulguées en 1914 lors de l’entrée en guerre de la France. Ces lois sont encore en vigueur aujourd’hui, si bien que la guerre de 1914 n’est juridiquement pas terminée. Notamment, il fut décidé en 1914 de suspendre provisoirement la convertibilité des billets de banque. Jusqu’à l’été 1914, toute personne détentrice de billets de banque émis par la Banque de France avait le droit d’aller au guichet de la Banque de France et d’exiger qu’on lui remît de l’or en échange de ses billets.

    • On pourrait aussi citer les premieres lois prohibitionnistes votees en 1916 (gouvernement Aristide briand, PRS). On n’a fait que surencherir depuis…

    • « une faute d’orthographe s’est glissée :
      Il est écrit «MOURIR POUR LE FURHER !». »

      Oui, cela m’a choqué aussi : on ne peut pas publier des « à-peu-près » en particulier sur des sujets aussi graves. (Et en plus le 11/11, c’est la première guerre mondiale).

      Les guerres mondiales, ce n’est pas une publication Marvel : le bien contre le mal pour divertir la jeunesse. C’est un avertissement de l’histoire pour nous guider au présent.

  • Bonjour
    « Une société où l’on peut aller, venir et s’établir d’un bout à l’autre de l’Europe sans passeport. »
    Oui, mais aussi le cas aujourd’hui.
    Mais aussi une société où les femmes n’avaient pas le droit de vote et étaient sous la dépendance des hommes, une société coloniale avec des indigènes qui n’avaient aucun droit (ou si peu). Et je ne parle pas de la chape de plomb sur la morale et le sexe, un monde hypocrite religieux avec des bordels dans les quartiers glauques.

    • @gillib oui . Toujours biaisé ces comparaisons d époques . L auteur ne mentionne que ce qui alimente sa thèse. Avec tout le respect que j ai pour ce grand auteur qu est S Zweig, il est l archétype du bobo de son temps : complètement déconnecté des réalités de son époque. …

      • J’aime bien ceux qui note négativement sans argumenter.
        Les femmes ont plus de droit qu’il y a un siècle… même il y avait moins d’impôt et moins de règlements, en particulier pour la construction. Pas de POS et autres lois littoral.

        • @gillib oui comme quoi on a aussi une bonne population de suiveurs chez les libéraux. 😉 . Ceci dit pour argumenter , encore aurait il fallu qu ils aient lu le livre en question … 😉

    • Ce que vous dites est d’abord et avant tout un anachronisme. Pour l’époque, ces questions ne se posaient pas, ou trop peu. Du coup, la recherche de solutions n’était pas une priorité.
      L’esclavage en antiquité était la norme. Et pourtant, on aurait pas idée d’affirmer que les principes démocratiques mis en place alors n’avaient pas de sens. Il y a eu de l’esclavage même au XIXème, et pourtant cela n’était pas si incongru que ça (pour l’époque). Aussi, pour rappel, en France ce sont surtout les « progressistes » qui étaient pro-colonialistes, beaucoup moins les libéraux. Et on faisait des « expositions universelles » où on montrait des peuples autochtones, comme des animaux dans un zoo. Et ce n’étaient pas que les riches qui y allaient…
      La société évolue, et heureusement. Mais elle le fait à son rythme…
      Mais, même si on regarde dans l’absolu, je ne suis pas certain que vous ayez vraiment raison. Les pauvres d’Europe pouvaient prendre le bateau pour l’Amérique (et pas seulement les US, l’Argentine, le Chili ou l’Uruguay sont des pays très majoritairement « blancs ») et rêver d’une vie meilleure. Beaucoup y sont arrivés, d’ailleurs. Il y avait plus de pauvreté, mais aussi plus de liberté. Disons, dans le langage socialisant actuel, que « l’ascenseur social » fonctionnait.
      Vous parlez de morale, d’hypocrisie… Et aujourd’hui, où en est-on, avec le politiquement correct qui judiciarise tout ? Avec les lynchages en public, avant même tout jugement, des fois (pas si rare que ça) sur la base de pures inventions ? Si vous voulez faire la comparaison, allez-y jusqu’au bout. Est-ce que les gens du XIXème auraient quelque chose à nous envier à ce sujet ?

      • Bonjour durru
        Je suis d’accord avec vous il est difficile de ne pas faire d’anachronisme. Mais l’égalité en droit homme femme est récent en France car ma mère a dù demander l’autorisation de son père pour passer le bac et celui de son mari pour avoir un chéquier (elle travaillait). Le chef de famille était jusqu’en 70′ le mari.
        Vous dites, les pauvres d’Europe allaient au US, c’était les blancs car les chinois déjà avaient un traitement particulier sans parler des noirs américains maltraités jusqu’en 70 dans le sud.
        Pour ce qui est mon choix, entre le XIX° et aujourd’hui, je choisis aujourd’hui.. mais pas en France (en NZ ?), car le politiquement correcte est peu de chose par rapport à la boucherie des guerres qu’ont subi mes aïeuls, sur 4 frères, un en 1916 un de la fièvre typhoïde, le dernier d’un accident.

        • D’autres pays, évidemment honnis par les droit-de-l’hommistes français, n’ont pas attendu ’45 pour donner aux femmes le droit de vote. Ce qui ne les a pas jetés dans le bras du communisme (petit clin d’oeil à wakrap plus bas – même si je suis plutôt d’accord avec lui là-dessus).
          Toutefois, cela s’est fait naturellement, de par l’évolution de la société. Aucun rapport avec, par exemple, le droit des femmes en Arabie Saoudite de conduire sans être accompagnées, si vous voulez ce que je veux dire.
          Bien sûr que tout n’était pas parfait, mais la question qui se pose est plutôt de savoir si, de point de vue des libertés individuelles, les sociétés occidentales vont dans la bonne direction ou pas. Sincèrement, j’aurais beaucoup de mal à répondre de façon positive, encore plus depuis la chute du Mur…

    • Rhooo, tiens, un petit plaisir du jour: oserai-je noter la corrélation du vote des femmes qui envahit l’Europe et la montée du socialisme et de l’Etat nounou? Les indigènes sans droit peuplaient-ils l’Europe ou leurs pays que nous européens avions administrativement envahis? Quant à la chape de plomb morale sur le sexe, j’ai du mal à la voir quand les bordels sont légaux et partout et que le dépucelage avec les prostituées est la norme. Par contre , je la vois plus aujourd’hui où les bordels sont interdits, le racolage interdit, la relation payante illégale et punie, et les mouvements SJW qui envahissent nos vies. Bon, ce message est polémique, je n’ai pas lu le livre, mais non, ce n’est pas mieux aujourd’hui sur de bien nombreux points.
      Sinon, pour répondre précisément par exemple à l’argument de voyage en Europe sans passeport, à l’époque on le faisiat sans en référer à qui que ce soit, aujourd’hui on voyage en étant suivi et totalement fliqué sur ce que l’on fait pour bien payer ses impôts et ses cotisations sociales. Pour polémiquer je dirais: « va parler de l’actuelle liberté de circulation sans passeport au plombier polonais ».

      • Bonjour wakrap
        Il y a un peu à boire et à manger dans votre post.
        Il y a-il une corrélation vote féminin/ état providence? ma réponse est oui. Il faut mieux se faire entretenir par un état lointain qu’un mari collant
        Pour les indigènes, la réponse est mitigée.
        Quant à la chape de plomb sur le sexe, il n’y a rien de plus désespérant que la misère sexuelle, légale ou illégale. Mais tout le monde n’est pas Alain Delon. Relire Houellebecq et l’extension du domaine de la lutte:
        « En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d’autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. Sur le plan économique, Raphaël Tisserand appartient au camp des vainqueurs ; sur le plan sexuel, à celui des vaincus. Certains gagnent sur les deux tableaux ; d’autres perdent sur les deux. »
        Quant au fait d’être fliquer aujourd’hui, tout le monde le sait. Mon téléphone portable est éteint, je paie en espèce.. mais rassurez vous je ne met pas une burqua pour faire mes courses ..

      • Combien voyageaient à l’époque ? Et de quelle couche sociale étaient-ils (aujourd’hui on dirait CSP) ?
        Enfin, l’absence de passeport pour traverser une frontière est une parenthèse dans l’Histoire. Cette vieille invention a presque toujours servi à contrôler les flux des gens (attention spoiler) de « basse extraction » ou réputés « potentiellement hostiles ».

    • gillib. Beaucoup de femmes en Europe avaient déjà le droit de vote même si les Françaises ne l’avaient pas encore.

    • Deux remarques qui vont dans votre sens.
      Le monde de l’époque (fin 19eme, tout début 20eme) était probablement plus libéral, en effet, mais uniquement sur le plan économique… L’impôt sur le revenu, par exemple, a été inventé, plus tard, en pleine guerre mondiale, pour financer l’effort de guerre.
      Vienne était alors une (sinon la) capitale culturelle et intellectuelle de l’Europe. Une ville dynamique, effervescente, libérale sur le plan des moeurs, mais dans une europe qui l’était certainement beaucoup moins.

    • Entièrement d’accord avec vous ! Je pensais à la bourgeoisie belge qui en 1900 allaient aux bains à Blankenberghe, avec des relations sociales dans un microcosme trié sur le volet selon des règles de bienséance absolument pas libérales. Non écrites, mais diablement coercitives…. la Manon qui avait le tort d’avoir un polichinelle dans le tiroir avant mariage était éloignée de la famille, etc etc… Bref, autres temps autres moeurs. Mais dépeindre cette époque comme libérale alors même que la pensée libérale n’avait pas encore exploré beaucoup les différents champs de réflexion, spécialement économique, et n’avait pas connu les remises en question et l’épreuve du feu, c’est un peu osé.

    • Ah la belle victoire que le droit de vote, alors que régulièrement contrepoints publie des articles pour démontrer que les politiciens ne sont élus que par un petit pourcentage de la population. Les femmes étaient assurément bien mieux représentées par Louis XVIII que par Macron.

      Et les femmes savaient très bien gérer la « dépendance des hommes », il y avait même un adage: « ce que femme veut, Dieu le veut ». Il ne fonctionne évidemment plus aujourd’hui, puisque les gens ne croient plus en Dieu. La féminité n’a jamais été autant rejetée qu’à notre époque, puisqu’on refuse toujours plus la différence entre homme et femme.

      Quant aux colonies, comme les Hongkongais sont contents d’être enfin revenus à la Chine. Et les Nords-Africains, d’avoir enfin leurs dictatures socialistes-islamiques de rêve.

      Enfin, finissons avec l’hypocrisie. La religion dominante a changé, c’est maintenant un athéisme matérialiste et collectiviste, et l’hypocrisie n’a jamais été aussi présente. Avec les accusations à tout va de sexisme, racisme, gnagnagnaphobe, qui atteignent jusqu’au langage, avec l’écriture inclusive et des termes non genrés qui s’imposent de plus en plus partout, j’en viens franchement à regretter la censure catholique.

  • Mauvaise traduction du texte de Zweig : il devient fatigant de tomber sur cette erreur partout. En effet, en français, une décade c’est 10 jours. La traduction de l’anglais « decade » est décennie.
    Prix unique du livre = médiocrité systématique

    • Zweig écrivait pourtant en allemand, non?

      • Le problème, c’est le traducteur ! Pour traduire « Jahrzehnt » par « décade » (!), il faut soit confondre avec le mot anglais homonyme parce qu’on lit/écrit de l’anglo-saxon du matin au soir, soit vouloir faire du style en choisissant un mot rare.

        De Gaulle, au moins, avec son « quarteron de généraux », ne peut pas être soupçonné du premier.

  • Ce qui rend le debat compliqué c’est que tout le monde ne met pas la mme chose derrière le mot néolibéralisme. Ceux qui prônent en même temps l’ouverture des frontières et l’Etat providence, sont autant dans l’erreur que ceux qui prônent le libre-échange et le système des banques centrales…

  • Une donnée importante est de considérer que l’évolution tout long du siècle dernier s’est faite largement sous l’impulsion de milieux financiers davantage inspirés par le socialisme révolutionnaire que par les idées libérales. Le gouvernement mondial qu’ils voulaient et veulent encore établir, instrumentalisant la puissance monétaire et militaire des Etats-Unis anéantit inséparablement les libertés individuelles et collectives. C’est ce que l’on constate en Europe, et particulièrement en France en raison de sa tradition centralisatrice. L’UE non démocratique a été théorisée comme laboratoire de ce projet totalitaire par des penseurs socialistes comme la Fabian Society à la fin du 19e siècle.

  • Ce n’est pas que l’Europe libérale qui s’est suicidée en 14, mais l’Europe tout court.

  • Il y a énormément de justes remarques et analyses dans ce billet. Il me semble qu’aujourd’hui l’étatisme, les discours convenus et les opinions convenables sont matraqués plus que jamais, malheureusement.

  • Les socialistes sont pacifistes. Il faudrait arrêter de vouloir mettre tous les maux du monde sur le dos du socialisme.

    • Quand on prend des biens de force à A pour les donner à B, je vois mal ou est le pacifisme.

        • Quelle est votre définition du socialisme, alors ?

            • @AdrianSmith
              Bonsoir,
              Voilà ce que donne votre lien :
              « Le mot socialisme recouvre un ensemble très divers de courants de pensée et de mouvements politiques1, dont le point commun est de rechercher une organisation sociale et économique plus juste. Le but originel du socialisme est d’obtenir l’égalité sociale, ou du moins une réduction des inégalités et, notamment pour les courants d’inspiration marxiste, d’établir une société sans classes sociales. »
              « Réduire les inégalités » c’est prendre de force ce que possède A pour le donner à B, voire même à C et D, parce que dans l’esprit socialiste, le fait que A possède ce que B, C et D ne possèdent pas est une injustice. [Les socialistes voient des injustices partout.]
              « Le vice inhérent du capitalisme est une inégale répartition des richesses.
              Le vice inhérent du socialisme est l’égal répartition de la misère. » Winston Chuchill.
              Par là, cela signifie que donner à B, C et D, ce que possède A, n’est pas pour motiver les trois compères à se bouger pour se sortir eux-mêmes de leur marasme. Quant à A, voir ses possessions ainsi subtiliées, n’est pas pour le motiver à travailler. Du coup, si A ne travaille plus autant, il y aura moins à lui prendre pour le redistribuer, et non seulement cela n’arrangera pas la situation pour B, C, et D, mais cela précarisera celle de A. D’où la misère répartie également.

              • STF, vous dites « Réduire les inégalités » c’est prendre de force ce que possède A pour le donner à B, voire même à C et D » sans mentionner d’autres options ? Genre : « réduire les inégalités, c’est faire en sorte que B, voire même C et D, aient la possibilité d’acquérir la richesse » ?

                • Cela pourrait l’être, mais en pratique faire en sorte que B,C,D puissent acquérir de la richesse aide aussi A. On peut imaginer que A,B,C,D doublent leur richesse, mais c’est augmenter les inégalités.
                  Le vice du socialisme est de s’intéresser aux différences de richesses et non la situation du plus pauvre.

        • Oui, mais :

          – l’enfer est pavé de bonnes intentions

          – on ne peut être sur que que les autres attribuent le même concept à un mot. (Faire confiance aux discours et à la propagande).

          – s’attendre à ce que que les autres attribuent le même sens à un mot. (Discuter de sujets complexes sur la base d’un mot ou défendre un terme réduit à son propre concept).

    • Mao et Staline disent coucou!

    • Le problème avec le socialisme « historique », pas la sociale-démocratie ultra-molle actuelle, c’est qu’il répond parfaitement à la citation « qui veut faire l’ange fait la bête ».
      Il en est ainsi de toutes les idéologies qui ont du mal à coller avec la nature humaine et qui veulent imposer un type de société fantasmé. Le socialisme n’est hélas pas la seule.
      La force est alors requise, et cette force s’exerce contre le peuple. C’est la négation de la démocratie. Parler de pacifisme est un non-sens, car ces idéologies mènent une vraie guerre interne, de « l’élite éclairée » vers le peuple.

  • Il semble être une constante de l’histoire de l’humanité que les idées et les institutions naissent, se développent, connaissent leur apogée puis sont perverties et deviennent toxiques. Le XIXè finissant dont parle Zweig était le siècle des nations, de la révolution industrielle et du progrès technique. Mais les nations ont engendré le nationalisme, les États sont devenus des monstres bureaucratiques, le développement du droit a produit le juridisme et le progrès a débouché sur des massacres de masse et un asservissement généralisé.
    La liberté est l’exception dans l’histoire. Elle ne saurait être vue comme un acquis et sa valeur ne saurait être mésestimée.

    • Très bien dit, mais j’apporterais quelques nuances : le développement du droit a eu lieu à cause/grâce à l’immense développement des relations humaines et économiques, des assurances, des prêts, des instruments financiers, etc + une développement des missions de l’Etat (par lui-même.. on lui demandait pas tant… bien au contraire). Pour les massacres de masse, on aura pas attendu le XXème siècle, malheureusement, ni pour l’asservissement, à moins que l’esclavage des 30 siècles précédents soit une joyeuseté. Et le féodalisme (que certains capitalistes aspirent voir renaitre) n’était pas d’un libéralisme fou.
      Et vous ne faites pas mentions des sociétés privées et autres institutions non-étatiques : que ce soit Nestlé ou Total qui engagent des mercenaires pour « négocier des contrats » ou pour spolier des terres et des ressources, en tuant quelques personnes au passage ou les seigneurs de guerre ne visant pas l’institution d’un état, faut pas les oublier.

      • Vous avez raison, bien sûr. Ce que je voulais dire, c’est que des phénomènes et des concepts qui avaient été dans un premier temps facteurs de progrès sont ensuite devenus toxiques, en suivant leur logique jusqu’à l’excès.

  • Zweig écrit merveilleusement. Il était cependant l’archétype du bobo mondialiste progressiste de son époque, totalement aveugle au reste des strates de sa propre société. Il n’a décrit que son microcosme. Les propos que vous citez ont d’ailleurs de quoi faire bondir ses contemporains à supposer qu’ils aient eu le loisir de le lire. Ca se résume à : comme il était bon d’être un riche rentier à Vienne , l’argent était immuable, rapportait pour l’éternité tout n’était que voyage, art et loisirs, quel dommage que cela ait cessé. Il est utile de lire « art nouveau » de Paul Greveillac
    ce dernier donne une autre tonalité de cette époque, plus conforme à ce que vivaient la majorité des gens.

    • Tout à fait d’accord.
      J’imagine qu’un haut fonctionnaire Malien ou Tunisien n’a pas de problème actuellement pour voyager partout. C’est plus difficile pour un clampin de base.

  • Cette Vienne libérale (et culturelle et cosmopolite et progressiste) de la fin du 19eme siecle n’est pas un fantasme. D’autres ouvrages la décrivent telle.
    Reste à savoir si elle ne constituait pas, sinon une exception, au moins un point d’orgue.
    Car pendant ce temps là, par exemple en France, on condamnait Dreyfus.

  • La décadence s’est aggravée avec le post modernisme, le politiquement correct et son intolérance quasi inquisitoriale! L’Occident est foutu au profit de la Chine communiste!

  • Les socialistes aiment la guerre avec la vie et le pognon des autres.

  • En 14 l’Europe a perdu son hégémonie industrielle.
    En 40 l’Europe a perdu ses colonies et sa puissance internationale.
    En 73 l’Europe a perdu sa puissance financière.
    Aujourd’hui l’Europe est en train de perdre son hégémonie morale.
    Il ne reste rien …

  • J aime beaucoup lire Zweig . Une fois dit ça il était l archétype du bobo de son époque , vivant frivolement ignorant de la vie de 90% des autrichiens et de la géopolitique européenne croyant tout savoir car il voyageait chez les mêmes bobos étrangers. Un article sur la vie des 90% restants serait plus convaincant. Vous ne rendrez personne liberal avec Zweig, pas même un libéral.

    • J’aime aussi beaucoup Zweig et en particulier ce livre, qui est remarquable.
      Il n’y a pas que de la nostalgie béate ; Zweig y mentionne aussi les rigidités de l’empire austro-hongrois par exemple.
      Il ne faut pas perdre de vue – et ça éclaire beaucoup de choses écrites dans ce livre – que les Autrichiens ont vécu un traumatisme épouvantable après la guerre : leurs institutions ont été abolies, leur pays (empire) démantelé et réduit à la taille d’un Land allemand, Vienne autrefois un des centres de la vie culturelle mondiale, réduite au rang de capitale régionale, etc.
      Cela étant, pour revenir au propos de Daniel Tourre, Zweig fait aussi preuve d’aveuglement : il est très proche des socialistes (il faut lire son récit du retour de Lénine en Russie) et ne voit pas la proximité entre socialisme et fascisme.

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Je reprends ce que je disais il y a quelques articles à propos de l’inflation qu’on voit repartir gaillardement à la hausse aujourd’hui : s’il ne s’agissait que d’un contretemps purement conjoncturel, résultant uniquement des goulots d’étranglement qui se sont formés dans la chaîne de l’offre consécutivement au redémarrage brutal des activités après la pandémie de covid et maintenant du fait de la guerre russe en Ukraine et des confinements en Chine, les banques centrales n’auraient nullement besoin de s’en préoccuper.

Or elles s’en pr... Poursuivre la lecture

Je lisais hier dans Le Monde une enquête assez larmoyante sur la vie pas si rose que ça des femmes enceintes et des futures mères. On nous y expliquait que face au récit convenu de la maternité forcément heureuse, la parole des femmes se libère de plus en plus pour témoigner d’un envers du décor essentiellement constitué de souffrance, déprime, vergetures et isolement. Là n’est pas le thème central de mon article du jour, mais j’y trouve néanmoins un parfait exemple de ce que je veux vous dire.

Car après une longue série de complainte... Poursuivre la lecture

Par Lawrence Reed. Un article de The Foundation for Economic Education

Cet automne marquera le trentième anniversaire du départ du 10 Downing Street de Margaret Thatcher, première femme à la tête du gouvernement britannique et Premier ministre qui sera resté le plus longtemps à ce poste au XXe siècle. Quels mandats stupéfiants !

 

De la dépendance à l’autonomie

En 1979, la Dame de fer est devenue Premier ministre d’un pays tourmenté par des conflits sociaux, bloqué par la stagflation et ruiné par des décennies d’État... Poursuivre la lecture

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