Discours de Macron : un discours de précampagne présidentielle

discours Macron 09112021 source Elysée

Le discours de Macron est un discours de précampagne présidentielle mêlant autoritarisme sanitaire, dépenses publiques et captation de voix de toute part.

Par Alexandre Massaux.

Le président de la République s’est donc adressé aux Français hier soir : un discours dans lequel il a abordé la crise sanitaire, mais aussi des considérations économiques et politiques.

Difficile de ne pas y voir un discours de campagne présidentielle, d’autant plus qu’Emmanuel Macron a mis en avant son souhait de conduire des réformes en 2022, et par conséquent, pendant la campagne voire après les élections. Le choix de la date du discours, l’anniversaire de la mort du général de Gaulle, n’est pas anodin en termes de symbolisme.

Néanmoins, le ton donné par le discours est autoritaire. L’accent est mis sur la protection plutôt que sur la liberté.

Le début du discours : une nouvelle couche d’autoritarisme sanitaire avec la troisième dose pour les populations vulnérables

La mesure phare de son discours, qui était aussi le point sur lequel les Français se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés, a été la troisième dose du vaccin contre le covid. Celle-ci devient obligatoire pour les personnes de plus de 65 ans et les personnes fragiles. À partir du 15 décembre, si elles ne sont pas à jour, leur pass sanitaire ne sera plus valide.


Si cette mesure ne concerne qu’une partie des Français, celle la plus à risque, il est à craindre qu’elle soit peu à peu étendue au reste de la population. Emmanuel Macron a déclaré qu’une campagne de rappel, pour l’instant non obligatoire, a commencé pour les plus de 50 ans.

Ainsi l’exécutif français continue sur sa lancée coercitive pour pousser la population à la vaccination. Il convient de rappeler que certains pays européens n’ont pas de pass sanitaire ou d’obligation vaccinale (Suède) ou l’ont supprimé (Danemark). Ils n’exigent donc aucun vaccin pour se rendre dans des lieux publics. La vaccination est un choix personnel visant à se protéger soi-même.

L’exécutif français, et malheureusement une bonne partie de la classe politique, considère désormais la liberté comme une récompense pour bonne conduite, un raisonnement de gardien de prison.

Distribution d’argent avant les présidentielles et réformes reportées aux calendes grecques

Au-delà de la situation sanitaire, le président Macron en a profité pour aborder les thèmes économiques en mettant l’accent sur son bilan et sur les projets qu’il souhaite mettre en œuvre dans les prochains mois.

Qu’il s’agisse de l’indemnité inflation de 100 euros versée à ceux dont le revenu est inférieur à 2000 euros net par mois ou du plan France 2030, doté de 30 milliards d’euros sur cinq années, l’État sort le chéquier. Serait-ce une manière de faire passer la pilule des mesures sanitaires ?

Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que cet argent prétendument gratuit ou investi est celui du contribuable. Ces sommes devront être financées soit par une hausse des taxes, soit par de la dette (avec tous les problèmes de soutenabilité).

La réforme des retraites est reportée au prétexte de la situation sanitaire. Ce choix n’est guère surprenant étant donné que ce sujet est source de conflits. Emmanuel Macron ne souhaite évidemment pas créer un nouveau front de contestation juste avant les élections.

Néanmoins, cette situation adresse une image inquiétante de l’état économique du pays. Les réformes nécessaires ne sont pas effectuées. Et les finances publiques déjà dans une situation dégradée seront encore affaiblies par des dépenses dont certaines sont électorales.

Le retour du nucléaire dans le discours

Point intéressant et positif à noter : le nucléaire fait son retour. Le président annonce son souhait de la construction de nouvelles centrales nucléaires afin de garantir l’indépendance et la sécurité énergétique.

On peut déplorer que cette prise de position franche n’ait lieu qu’à la fin de son mandat après les propos ambigus de certains ministres. Mais à l’instar des retraites, de tels chantiers seront mis en œuvre après les élections. On peut aussi y voir sa volonté de s’aligner sur celles des candidats de la droite LR, RN et d’Éric Zemmour.

La présidence européenne : convergence des populismes

La question européenne a aussi été abordée à travers la présidence de l’UE qui revient à la France à partir de janvier 2022 pour six mois. Parmi les axes qu’Emmanuel Macron souhaite développer : « Ensemble, de mieux protéger nos frontières extérieures » ou bien « Ensemble, de mieux réguler les géants du numérique ». Ces deux points ne sont pas neutres : ils représentent des mesures phares des populistes respectivement de droite et de gauche.

Un moyen de faire plaisir à la droite et à la gauche illibérale au niveau national, mais aussi au niveau européen. Reste à savoir comment les libéraux européens réagiront à ses propositions…

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