La laïcité, cheval de bataille de Macron

Emmanuel Macron, président de la République by Mutualité Française on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité Française, CC-BY

Le discours sur la laïcité de Macron s’inscrit dans sa stratégie pour la campagne électorale.

Par Julien Plouchart.

Lorsque Emmanuel Macron a décidé de mettre l’accent sur la laïcité à partir de l’automne 2020 afin de couper l’herbe sous le pied à une éventuelle offensive politique des partis LR et RN sur la thématique de l’identité, il faisait de la laïcité une arme de combat.

Cette valeur clé de la République française a été mise sur le devant de la scène médiatique avec l’assassinat de Samuel Paty en octobre 2020. La laïcité a alors été de plus en plus considérée comme une question scolaire, ce qui fait que le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer s’est engagé dans la promotion médiatisée de cette valeur. 

La nécessité politique de légiférer sur la  laïcité

Le 2 octobre 2020 aux Mureaux, Emmanuel Macron a tenu un discours sur le séparatisme qui était le coup d’envoi d’une politique présentée comme volontaire contre le communautarisme et l’islamisme.

Il déclarait en particulier : « la laïcité, c’est le ciment de la France unie », faisant donc de cette notion la valeur cardinale de la société et du régime de la France actuelle. L’actualité immédiate s’est chargée de pousser le président Macron des paroles aux actes dans son credo laïc. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty a été assassiné par un terroriste islamiste à la suite d’une cabale menée par des parents d’élèves contre son cours sur la laïcité et la liberté d’expression.

Cinq jours plus tard, dans la cour de la Sorbonne, le président rendait un hommage solennel au professeur décédé en défendant la valeur de la laïcité et en l’inscrivant dans la filiation des Lumières.  

Des incidents ont été rapportés lors des hommages scolaires rendus à Samuel Paty le 2 novembre 2020, et la nécessité de réactiver le combat laïc s’est fait pressante.

La laïcité a été logiquement mise au centre de la loi confortant le respect des principes de la République présentée en conseil des ministres dès le 9 décembre 2020, présentée au Parlement un mois plus tard avant d’être adoptée le 23 juillet 2021.

Il y est prévu que tout organisme qui assure une mission de service public doit veiller au respect de la laïcité (article 1), qu’un référent laïcité est nommé dans toute institution publique (article 3), que les enseignants reçoivent une formation sur la  laïcité (article 62).

La laïcité doit ainsi être réaffirmée dans tout l’espace public et en particulier dans l’école publique. 

L’éducation de la laïcité à l’école pour les enseignants et les élèves

Depuis cet attentat se pose avec acuité la question de la laïcité à l’école. Le ministre Jean-Michel Blanquer a voulu savoir comment former les enseignants pour répondre aux atteintes à la laïcité.

L’inspecteur général Jean-Pierre Obin a été missionné le 1er février 2021 par son ministre de tutelle pour rendre des propositions sur la formation des personnels. Il n’avait pas été choisi au hasard, ayant déjà été l’auteur d’un rapport réalisé dès 2004 sur le respect de la laïcité à l’école et de l’essai alarmiste Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école paru l’année même où Samuel Paty était assassiné.  

Il était donc l’homme parfait pour cette mission…

Il a remis son rapport au ministre de l’Éducation le 14 juin 2021. Jean-Pierre Obin y faisait état d’une « confusion intellectuelle » généralisée, constat qu’il dressait après avoir interrogé des enseignants, des élèves et des personnels de l’Éducation nationale sur leur définition de la laïcité et des valeurs républicaines. Il y propose un plan de formation qui permettrait, en quatre ans, d’offrir un « premier niveau de formation à la laïcité » aux personnels, par le biais d’au moins une journée de formation dans chaque établissement scolaire.

Dès la rentrée 2021, 1000 formateurs suivraient d’abord un enseignement intensif avant à leur tour de piloter des formations dans les établissements scolaires devant des publics enseignants. La bonne parole laïque pourrait ainsi être diffusée de manière verticale. Les experts de la laïcité labellisés par le ministère de l’Éducation nationale formeraient les enseignants sur le terrain afin à la fois de mettre en avant la laïcité mais aussi de normaliser son apprentissage auprès des élèves.

Une récente réactivation politique de la laïcité à l’école 

Dans un contexte de précampagne électorale marqué par la montée en puissance du candidat identitaire Éric Zemmour, Jean-Michel Blanquer, un des poids lourds politiques du pouvoir macronien, a adopté en octobre 2021 une ligne laïque très offensive.

C’est dans cet esprit qu’a ainsi été commémoré le premier anniversaire du meurtre de Samuel Paty dans les écoles françaises à l’initiative du ministère. Quelques jours après, le ministre présentait son plan de formation des enseignants à la laïcité, insistant sur la nécessité de transmettre les valeurs de la République au sein de l’école.

Il a déclaré que les enseignants devaient « adhérer aux valeurs de la République et les transmettre », ou sinon « sortir de ce métier ». Le contenu inquisitorial du discours ministériel a été mal reçu par de nombreux enseignants et par leurs nombreux syndicats.

Si les paroles du ministre pouvaient être perçues à l’intérieur de la maison Éducation nationale comme une remise en cause des professeurs dans leur rapport à la laïcité, elles avaient sans doute pour principal objet d’envoyer un message très clair de fermeté sur la laïcité à l’adresse de la population française en montrant la résolution du pouvoir actuel à affronter et à sanctionner à la fois les quelques éventuels enseignants réticents à transmettre le message laïc que la doxa actuelle pourrait qualifier d’islamo-gauchistes et les élèves et leurs parents aux prises de position ouvertement islamistes.   

La réactivation du combat laïc par le président Macron et le ministre Blanquer permet ainsi au futur candidat Macron à sa réélection de parler à la fois à un électorat de gauche encore souvent attaché à cette valeur de la République et à un électorat de droite de plus en plus travaillé par le discours identitaire.

La politique des prochaines années nous dira si ce combat n’était qu’une opportunité utilisée pour une (ré)élection présidentielle ou au contraire une idée forte du programme politique du camp macronien.      

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