La laïcité, cheval de bataille de Macron

Le discours sur la laïcité de Macron s’inscrit dans sa stratégie pour la campagne électorale.

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Emmanuel Macron, président de la République by Mutualité Française on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

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La laïcité, cheval de bataille de Macron

Publié le 8 novembre 2021
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Par Julien Plouchart.

Lorsque Emmanuel Macron a décidé de mettre l’accent sur la laïcité à partir de l’automne 2020 afin de couper l’herbe sous le pied à une éventuelle offensive politique des partis LR et RN sur la thématique de l’identité, il faisait de la laïcité une arme de combat.

Cette valeur clé de la République française a été mise sur le devant de la scène médiatique avec l’assassinat de Samuel Paty en octobre 2020. La laïcité a alors été de plus en plus considérée comme une question scolaire, ce qui fait que le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer s’est engagé dans la promotion médiatisée de cette valeur. 

La nécessité politique de légiférer sur la  laïcité

Le 2 octobre 2020 aux Mureaux, Emmanuel Macron a tenu un discours sur le séparatisme qui était le coup d’envoi d’une politique présentée comme volontaire contre le communautarisme et l’islamisme.

Il déclarait en particulier : « la laïcité, c’est le ciment de la France unie », faisant donc de cette notion la valeur cardinale de la société et du régime de la France actuelle. L’actualité immédiate s’est chargée de pousser le président Macron des paroles aux actes dans son credo laïc. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty a été assassiné par un terroriste islamiste à la suite d’une cabale menée par des parents d’élèves contre son cours sur la laïcité et la liberté d’expression.

Cinq jours plus tard, dans la cour de la Sorbonne, le président rendait un hommage solennel au professeur décédé en défendant la valeur de la laïcité et en l’inscrivant dans la filiation des Lumières.  

Des incidents ont été rapportés lors des hommages scolaires rendus à Samuel Paty le 2 novembre 2020, et la nécessité de réactiver le combat laïc s’est fait pressante.

La laïcité a été logiquement mise au centre de la loi confortant le respect des principes de la République présentée en conseil des ministres dès le 9 décembre 2020, présentée au Parlement un mois plus tard avant d’être adoptée le 23 juillet 2021.

Il y est prévu que tout organisme qui assure une mission de service public doit veiller au respect de la laïcité (article 1), qu’un référent laïcité est nommé dans toute institution publique (article 3), que les enseignants reçoivent une formation sur la  laïcité (article 62).

La laïcité doit ainsi être réaffirmée dans tout l’espace public et en particulier dans l’école publique. 

L’éducation de la laïcité à l’école pour les enseignants et les élèves

Depuis cet attentat se pose avec acuité la question de la laïcité à l’école. Le ministre Jean-Michel Blanquer a voulu savoir comment former les enseignants pour répondre aux atteintes à la laïcité.

L’inspecteur général Jean-Pierre Obin a été missionné le 1er février 2021 par son ministre de tutelle pour rendre des propositions sur la formation des personnels. Il n’avait pas été choisi au hasard, ayant déjà été l’auteur d’un rapport réalisé dès 2004 sur le respect de la laïcité à l’école et de l’essai alarmiste Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école paru l’année même où Samuel Paty était assassiné.  

Il était donc l’homme parfait pour cette mission…

Il a remis son rapport au ministre de l’Éducation le 14 juin 2021. Jean-Pierre Obin y faisait état d’une « confusion intellectuelle » généralisée, constat qu’il dressait après avoir interrogé des enseignants, des élèves et des personnels de l’Éducation nationale sur leur définition de la laïcité et des valeurs républicaines. Il y propose un plan de formation qui permettrait, en quatre ans, d’offrir un « premier niveau de formation à la laïcité » aux personnels, par le biais d’au moins une journée de formation dans chaque établissement scolaire.

Dès la rentrée 2021, 1000 formateurs suivraient d’abord un enseignement intensif avant à leur tour de piloter des formations dans les établissements scolaires devant des publics enseignants. La bonne parole laïque pourrait ainsi être diffusée de manière verticale. Les experts de la laïcité labellisés par le ministère de l’Éducation nationale formeraient les enseignants sur le terrain afin à la fois de mettre en avant la laïcité mais aussi de normaliser son apprentissage auprès des élèves.

Une récente réactivation politique de la laïcité à l’école 

Dans un contexte de précampagne électorale marqué par la montée en puissance du candidat identitaire Éric Zemmour, Jean-Michel Blanquer, un des poids lourds politiques du pouvoir macronien, a adopté en octobre 2021 une ligne laïque très offensive.

C’est dans cet esprit qu’a ainsi été commémoré le premier anniversaire du meurtre de Samuel Paty dans les écoles françaises à l’initiative du ministère. Quelques jours après, le ministre présentait son plan de formation des enseignants à la laïcité, insistant sur la nécessité de transmettre les valeurs de la République au sein de l’école.

Il a déclaré que les enseignants devaient « adhérer aux valeurs de la République et les transmettre », ou sinon « sortir de ce métier ». Le contenu inquisitorial du discours ministériel a été mal reçu par de nombreux enseignants et par leurs nombreux syndicats.

Si les paroles du ministre pouvaient être perçues à l’intérieur de la maison Éducation nationale comme une remise en cause des professeurs dans leur rapport à la laïcité, elles avaient sans doute pour principal objet d’envoyer un message très clair de fermeté sur la laïcité à l’adresse de la population française en montrant la résolution du pouvoir actuel à affronter et à sanctionner à la fois les quelques éventuels enseignants réticents à transmettre le message laïc que la doxa actuelle pourrait qualifier d’islamo-gauchistes et les élèves et leurs parents aux prises de position ouvertement islamistes.   

La réactivation du combat laïc par le président Macron et le ministre Blanquer permet ainsi au futur candidat Macron à sa réélection de parler à la fois à un électorat de gauche encore souvent attaché à cette valeur de la République et à un électorat de droite de plus en plus travaillé par le discours identitaire.

La politique des prochaines années nous dira si ce combat n’était qu’une opportunité utilisée pour une (ré)élection présidentielle ou au contraire une idée forte du programme politique du camp macronien.      

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  • MACRON est tellement instable qu’il est capable de dire tout et son contraire dans la même journée. Homme qui n’a aucune conviction politique, il tangue toujours de la droite vers la gauche, aucune boussole, que des discours politiques sans aucun acte derrière.. Inadmissible président toujours en campagne électorale, seule sa réélection 2022 le préoccupe.. Narcissique, prétentieux. Dehors en 2022.

  • Ce qui m’étonne toujours, c’est que l’on puisse encore accorder une quelconque pensée, conviction ou ligne directrice à ce personnage qui dit tout et son contraire d’un jour à l’autre et selon son interlocuteur du moment, rate lamentablement tout ce qu’il entreprend, étouffe à coups de milliards les conséquences de ses ratages et qui, pour se maintenir au pouvoir, instille les peurs irrationnelles dans son pays qu’il est en train de conduire à une forme de totalitarisme.
    Je pense que l’on a donc la réponse à la question posée par l’auteur dans sa dernière phrase…

    • il n’est pas en train de le conduire…donc pas le conduire vers le totalitarisme…

      les institutions de ce pays exigent que le président ait le pied sur le frein pour ne pas aller vers le totalitarisme ou la démocrature si on a soif de néologisme qui sonnent bien…

      « à mon age je n’ai pas l’intention de commencer une carrière de dictateur.. »
      en france le president est bel est bien élu pour dicter , ne pas agir comme un dictateur est une question de caractère ou de choix…

  • le vice, tout le monde semble comprendre ce qu’est la laïcité..

    mais la différence de sens qu’on peut lui donner en fait une bannière guère plus explicite qu’un « je suis charlie  » ou un gilet jaune…

    mais aussi c’est quoi la liberté religieuse en France..quand par ailleurs on se permet de combattre des sectes…et non de foutre certains disciples en taule selon les crimes éventuels qu’ils aurait commis.

    c’est quoi une religion monsieur le « constitutionnaliste? » et tant que vous y êtes l’ordre public, une crise sanitaire..intérêt de l’état..ou autres finesses.

    L’état est supposé neutre..vis à vis des religions sauf qu’il s’accorde le droit de les définir..
    Et nous pensons vivre dans un pays cartesien..et libre..

    • Une religion est une secte qui a réussi.

      • @JR ce serait bien de ne pas répéter toutes les aneries qu’on entend , non ? Reprenez les definitions d’une secte et vous verrez que certaines n’en sont pas .

        • attention vous inversez..une secte n’est pas nécessairement beaucoup de religions sont bien de sectes non.

        • premiere définition de secte
          Groupe organisé de personnes qui ont une même doctrine au sein d’une religion.

          je répète débat pourri..

        • L’islam punie de mort en cas d’adhésion à une autre religion.
          Obligations des 5 prières par jour, obligations de la mosquée 1 fois par semaine,….
          Exactement comme le christianisme il y a 300 ans (menace d’excommunication…).
          L’adepte d’une secte est puni lorsqu’il en sort. Et la secte bourre le crâne d’obligations morales qui culpabilise l’adepte s’il ne s’y plie pas.
          Apprenez les religions avant de qualifier les remarques des autres d’aneries.

  • Bien évidemment, accorder la moindre valeur aux propos et aux engagements d’un politicien en campagne, a fortiori quand il s’appelle Emmanuel Macron, c’est se préparer des lendemains qui déchantent.
    Sur ces thématiques de laïcité et de lutte contre l’islamisation rampante, la question centrale est: quel prix est-on prêt à payer? Réaffirmer fermement que le prosélytisme n’a pas sa place et que certaines attitudes ne sont pas acceptables, c’est engager une confrontation avec les élèves et les parents les plus « remontés ». C’est prendre le risque d’exposer les enseignants à des représailles, voire d’enflammer certains quartiers. Ce qui est la terreur des politiciens en campagne…

  • C’est pas un peu dépassé cette histoire de laïcité ?
    Parler de laïcité après être allé voir le pape…. C’est bizarre. Ou la Greta la papesse de l’écologie….

  • 4 ans de formation à la laïcité , fichtre ! Quand on est obligé d’expliquer ou de se former à quelquechose c’est que ça n’existe plus. Quelques petites remarques : la laïcité est un object politique français , ça n’existe nul part ailleurs . Pourtant quand on se baladait (il y a 30 ans) partout en Europe et US on avait l’impression d’une « laïcité » générale , un miracle sans doute ? Je suis chrétienne et suis attachée à la laïcité , mais être chrétien, n’est ce pas justement cela ? La France , en inventant ce concept n’a t elle pas enfoncé une porte ouverte ? D’un autre côté en i3lam , tout est religion, la religion est invitée à regler le quotidien. La laïcité heurte frontalement les fondements de cette religion. Beaucoup de musulmans sont favorables à la laïcité, cet espace public leur offre une liberté .

  • Macron est un woke qui ne s’assume pas

  • Rien pendant 4 ans et subitement il s’en préoccupe, difficile de cerner ce personnage qui ne s’intéresse qu’à sa réelection mais pourquoi faire, pire que ce bilan lamentable ?

  • L’éducation nationale est le foyer de la gauche. Et de l’islamo-gauchisme.
    Donc l’enseignement objectif de la laïcité est loin d’être acquis.
    Tout comme celui d’autres matières par ailleurs (économie, politique…).

    • @JR Beaucoup de « théoriciens » de l’ed nat sont encore coincés dans leur vieille vision de guerre contre le catholicisme à la manière de géopolitiques qui seraient restés coincés à la guerre froide. Au moins ces derniers connaissaient leur « ennemi » , alors que nos théoriciens sont des incultes en matière de religion , cela n’aide pas … apèrs je soupçonne certains de faire feu de tout bois pour attaquer leur ancien ennemi et donc de voir dans l’i3lam un allié objectif, les fous , je me marre , les sans dieu seront les premiers à dégager …

      • Val,

        Ne pas être croyant n’implique pas que l’on soit hostile aux religions. À condition qu’elles ne cherchent pas à imposer leurs contraintes et autres interdits irrationnels. Les questions morales sont d’un autre ressort.

  • Quelqu’un peut-il expliquer la différence entre la laïcité pratiquée en France et la liberté religieuse pratiquée dans les autres démocraties?

    • @Jacques par ex en Belgique on peut faire le caté dans un lycée public (ce qui est le cas au lycee français de bruxelles ) . En France l’espace public doit respecter la stricte neutralité (d’où les lois sur le voile )

  • En France la laïcité serait-elle teintée d’athéisme ? D’aucuns seraient tenté de les confondre . . . .

    • @Zelectron Oui la laïcité c’est le christianisme sans dieu , ils ont jeté le bébé et gardé l’eau du bain 😉 🙂

      • Votre besoin de croire ne concerne que vous. C’est votre bébé.

        • quelle tolérance !

          • Oui, admettre que chacun ait le droit d’avoir ses croyances et de les exprimer publiquement c’est de la tolérance (ce que certains « laïques » ont de la peine à admettre). Ne pas accepter que des croyants veuillent contraindre autrui à se soumettre à leurs obligations et interdits n’est pas de l’intolérance.

  • La seule politique nécessaire est celle qui nous conduirait à une indépendance énergétique, tout le reste est pipeau.
    Pourquoi essayer de contenter telle ou telle ONG, si on e compte que sur les énergies renouvelables, à terme la laïcité ou autre ne deviendront que des discussion de bistrot pour une population colonisée par nos « amis » chinois.

  • « d’envoyer un message très clair de fermeté sur la laïcité […] 4 ans de formation […] ou une idée forte du programme politique du camp macronien »

    On peut écrire ça sans éclater de rire ?

  • Un type commet un meurtre atroce. Réponse des institutions : il faut former les profs à la laïcité. Une façon d’éluder la question de savoir comment prévenir ce genre de crime ? Alors on croit prévenir des crimes avec une dissertation philosophique ? Ça ouvre des perspectives, remplaçons la police par des Brigades d’intellectuels . Criminalité routière : hop des leçons d’urbanisme. Crimes sexuels : vingt jours de cours sur les études de genre. Braquage de banque : des cours sur l’histoire de la monnaie à travers les âges. Comme le monde va être beau !

  • Pas eu le courage de faire mieux que de survoler cet article. Comment peut-on être à ce point décalé du monde réel…

  • Former les enseignants à la laïcité, c’est bien. Contraindre l’islam de France à s’organiser pour respecter clairement les lois de la république, ce serait mieux. Mais la première proposition est plus facile à réaliser que la seconde. Comme d’habitude Macron est fort avec les faibles et faible avec les forts.

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