Derrière la lanceuse d’alerte de Facebook, la censure

Les positions de la lanceuse d’alerte de Facebook vont être utilisées pour davantage de censure et de contrôle sur internet.

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Derrière la lanceuse d’alerte de Facebook, la censure

Publié le 6 novembre 2021
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Par Yannick Chatelain.

« The More You Use Facebook, the Worse You Feel » (Plus vous utilisez Facebook, pire vous vous sentez).

Oui, Facebook nous déprime autant que l’usage abusif des réseaux sociaux où les usagers se mettent bien souvent en scène dans une course à l’échalote de la vie la plus merveilleuse qui soit…  

En 2017 deux chercheurs – Holly B. Shakya alors Assistant Professor of Global Public Health at UC San Diego et Nicholas A. Christakis qui dirigeait The Human Nature Lab à Yale et était le Co-Directeur du Yale Institute for Network Science le démontraient en 2017

La facebook depression avait donc depuis 2017 ses lanceurs d’alerte qui n’étaient nullement des salariés de la firme en charge du développement d’algorithmes visant un objectif commun à toutes les entreprises quelles qu’elles soient : la fidélisation…

Les résultats de ces chercheurs ont entre autres montré que «  le fait d’aimer le contenu des autres et de cliquer sur des liens prédisait de manière significative une réduction ultérieure de la santé physique, de la santé mentale et de la satisfaction de vivre » 

Certains chercheurs ont nié une possible altération de la santé liée à un usage abusif de Facebook malgré le nombre d’études allant dans ce sens. 

La « lanceuse d’alerte » Frances Haugen, ancienne chef de produit Facebook ayant travaillé dans la division d’intégrité civique de l’entreprise, a fait fuiter des dizaines de milliers de pages de recherches internes sur l’entreprise. Selon elle, celles-ci démontrent que l’entreprise a fait preuve de négligence dans l’élimination de la violence, de la désinformation et d’autres contenus préjudiciables de ses services, et qu’elle a induit les investisseurs en erreur au sujet des efforts que la société disait s’engager à faire.

En outre, dans une interview avec le Washington Post, Haugen a déclaré s’être rendue compte que la société ne divulguait pas d’informations importantes sur les méfaits de ses produits au public et aux décideurs chargés de la réglementation, créant une situation constituant une menace pour la démocratie. 

Une dangereuse dérive menant vers plus de censure sur Facebook et sur internet

Toutes les controverses ayant parsemé le parcours de Facebook à propos de son usage – entre autres- des données personnelles des utilisateurs, n’en font certes pas un parangon de vertu. Toutefois, comme je le souligne, la nocivité potentielle des réseaux sociaux est connue de longue date. Il est de fait plutôt rassurant que l’entreprise en ait conscience, s’en préoccupe et puisse agir, et peut-être que ces révélations ont eu pour effet d’accélérer la mise en œuvre prochaine d’alertes visant à  inciter les usagers à faire une pause Instagram quand ils passent trop de temps sur l’application, comme l’a annoncé Nick Clegg, vice-président des affaires publiques de l’entreprise, le 10 octobre dans une interview accordée à CNN

Pour autant, par-delà le caractère potentiellement nocif d’un usage abusif des contenus, dans cette période de crise sanitaire, tout contre-discours est bien rapidement taxé de complotiste et/ou de désinformation dès lors qu’il ne suit pas la ligne de la pensée dominante, qu’il ne va pas dans le sens de ce que le pouvoir et les médias se plaisent à nommer la doctrine, cet ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits, orienter ou diriger l’action.

À l’aune de cet état de fait il m’apparaît pour le moins très hasardeux de prétendre désigner une société privée comme devant être la garante de ce qui relève de l’information ou de la désinformation. Les États ne sont pas les derniers à désinformer, les gouvernements ne sont pas a priori et pas plus que tout citoyen les détenteurs de la vérité vraie.

C’est là une exigence bien douteuse qui pourrait vite dériver en atteinte dangereuse à la liberté d’expression et à la liberté d’opinion passant sous le contrôle des États. Ainsi et paradoxalement, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, les desideratas de cette « lanceuse d’alerte » pourraient devenir alors une véritable menace pour la démocratie. 

Plus avant encore, lors du Websubmit le 1er novembre Frances Haugen a demandé la démission de Mark Zukerberg. Elle a également suggéré à l’entreprise américaine d’investir davantage sur la « sécurité » avant le métavers, la nouvelle priorité du groupe désormais baptisé Meta (pour méta-univers). Celle qui bénéficie d’une tribune extraordinaire qu’auraient pu envier de nombreux et véritables lanceurs d’alertes, considère le PDG actuel comme un frein à ce changement de politique.

Elle sera auditionnée le 10 novembre à l’Assemblée nationale… il est à espérer que cette audition ne sera pas suivie de nouvelles lois, tant le nombre de lois encadrant les réseaux sociaux et l’Internet est déjà conséquent et que les faire appliquer serait un minimum nécessaire et suffisant ! 

Je note par ailleurs que si cette « lanceuse d’alerte » surmédiatisée se voit dérouler un tapis rouge pavé de roses par les États dont la France, et par des médias acquis à sa cause…  sa trajectoire est étonnamment bien éloignée de celles de lanceurs d’alertes comme Snowden, Assange, Chelsea Manning… qui ont vu leur vie broyée sous les yeux de ces mêmes États alors bien silencieux, bien peu soucieux de leur calvaire et a fortiori peu enclins à les recevoir en grande pompe… D’autres, à l’instar de James Dunne en France ont eu à faire face à de nombreux procès… Bizarre ! 

Vers « l’hygiène démocratique du statut de l’information » pour demain une opinion et une pensée hygiénique ?

Concomitamment à cette pseudo affaire qui, de mon point de vue, non seulement n’en est pas une, mais pire, est un camouflet aux véritables lanceurs d’alerte et s’apparente davantage à une campagne de propagande bien orchestrée, se prépare une campagne qui pourrait malheureusement faire émerger de nouvelles lois induisant une censure augmentée de la firme cible, par principe de précaution : le digital act européen ou Digital Services Act (DSA).

Cette nouvelle législation numérique part d’un postulat pour le moins radical : « mettre fin à l’irresponsabilité des géants du numérique » et « mettre à disposition des usagers des instruments juridiques efficaces pour lutter contre les discours de haine et leurs auteurs… »

Cette autre initiative douteuse va au mieux engorger les tribunaux, au pire elle laissera libre à qui le voudra de tenir des propos parfaitement stupides retranché derrière sa communauté d’appartenance quelle qu’elle soit, ou en étant au diapason avec la pensée dominante du moment avec un risque minimisé de trouver des contradicteurs « par le risque de poursuite ».

Une chose est avérée au travers de ces deux faits que j’évoque : la censure et l’autocensure ont un avenir prometteur et ce au détriment de cette prétention à défendre les éléments fondamentaux dans une démocratie, la liberté d’opinion et la liberté d’expression. 

Conclusion

À l’aune des faits évoqués, dans une époque où les paroles comme les écrits restent, ce n’est pas sans une grande inquiétude que je relis les mots qu’avait tenus le président de la République le 18 janvier 2019 à Souillac devant une assemblée de maires.

Ces mots avaient le mérite de la clarté. Emmanuel Macron avait alors appelé à une « hygiène démocratique du statut de l’information ».

Toujours plus de censure et d’autocensure pourrait indéniablement servir cette hygiène… Que ce soit au service de la démocratie… on pourra m’accorder que rien n’est moins sûr. À trop vouloir le bien, et ce jusqu’à l’outrance, il se pourrait fort que ce bien escompté et vendu comme tel aux citoyens se range un jour prochain du côté du mal.   

« Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction, néanmoins, de deux ou trois censeurs. » Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais 

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  • Il faut rappeler la tentative de « Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication », issu du rapport Mc Bride que souhaitait imposer M’Bow, directeur de l’Unesco de ’74 à ’87, avec les meilleures intentions du monde.

    Il s’était vite transformé en auberge espagnole où chaque nation, mais surtout chaque bloc, avait cherché à imposer sa vérité de l’information, ce qui avait conduit à enterrer le rapport fin des années ’90, le risque de l’éclatement de l’Unesco ( et de l’ONU ) étant alors réel.

    Vouloir créer un « Nouvel Ordre Moral de l’Information et de la Communication » me paraît également et heureusement voué à l’échec

    • Plus tant que ça, désormais… Hélas il y a eu une concentration importante des médias un peu partout et la pluralité qui dans les années 90 (avec une forte tension entre les communistes et associés et les « anti-communistes » avec une racine libérale) n’existe plus tellement : il n’est qu’à voir avec quelle unanimité l’occident s’est livré à ses délires anti-COVID, des confinements (pourtant jamais essayés avant) à la vaccination ne masse (avec des vaccins de technologie nouvelle et encore en phase de test) ainsi que les chantages/fichages des « pass » qui sont quand même présents sous une forme ou l’autre un peu partout. Etrange non ?

      Dans ces conditions, personnellement je ne suis pas aussi optimiste que vous et je vois bien le « Nouvel ordre moral de l’information et la communication » se mettre officiellement en place (officieusement c’est déjà bien avancé).

  • Il est clair qu’une « lanceuse d’alerte » reçue en grande pompe dans toutes les instances et qui bénéficie d’une couverture favorable dans la presse mainstream, c’est plus que suspect…

    • ce n’est pas suspect c’est risible.. c’est le procés de facebook par des « concurrents »..

      c’est comme un média public qui OSE parler de fiscalité…

      symptômes de l’etat d’une société.

  • Mark Zuckerberg est une personne très intelligente et naïf de ne pas penser qu il peut aisément utiliser cette histoire et le retourner à son avantage.
    Une inflation de lois visant non pas Facebook mais tous les sites internet obligeant à une Litanie de obligations faisant mécaniquement augmenter l s barrières a l entree et donc conforter sa position et parts de marché….

    • pas nécessairement, en premier lieu n’interet de zuckerberg et l’interet de facebook ne sont pas deux choses identiques;… zuckerberg peut être gagnant si il SPECULE correctement sur ce qui va advenir à facebook, en bien ou en mal..
      facebook rend des services et satisfait ses utilisateurs…
      le risque pour facebook… c’est
      le désintérêt du public..la concurrence donc
      mais encore le risque politique..
      avec les deux possibilités la création des règles qui pèseraient sur facebook et sa concurrence.. ou des règles sur facebook seul…

      ce qui est naif mais simplement faux est , je répete, de dire que l’interet de zuckerberg et l’intert de facebook sont deux choses égales..

      fakebook n’est pas un être doué de sa consciente propre… si vous « coulez » facebook, vous affectez ses employés… pas nécessairement zuckerberg. son lien est surtout capitalistique il peut le couper en un instant..

      facebook n’est ni mauvais ou bon, c’est savant tout un mot, mettre bas facebook …c’est interdire d’ecrire panzani sur un paquet de pâtes.. dérisoire et hypocrite…

      je peux quitter facebook pour un autre réseau social…l’enjeu réel est le controle politique des réseaux sociaux EN GENERAL…

      c’est pas panzani le vrai sujet mais la composition des pates.

      • Mon propos refletait Zuckerberg en tant que ceo de Facebook dont la rémunération est objectivement lié aux performances donc l avenir de Facebook.
        Speculer sur la destruction de son entreprise est assez peu probable.

    • En effet, c’est comme les grosses banques demandant une régulation contraignantes des transactions financières internationales. C’est pas tant qu’elle aient peur d’elles même que le fait qu’elle savent très bien qu’elles peuvent survivre à ça et même s’en servir pour offrir des « nouveaux services » quand les petites elles ne pourront pas suivre.

  • Tout pouvoir politique à besoin de tenir les médias. Ce n’est pas nouveau. Donc légiférer en se sens n’est pas surprenant.
    On peut d’ailleurs légitiment penser qu’après les médias, ils légifèreront sur les crypto monnaies.

  • C’est un bon article qui remet à leurs places les GAFAphiles souvent présents ici. Du reste ces quasi monopoles sont « cul et chemise » avec les Etats : à nous les monopoles, en échange un peu de taxes et beaucoup de censure.

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