Edward Snowden : d’espion à exécuter à grand homme 

C’est un volte-face radical de Trump à l’approche des élections américaines : si grâce de Edward Snowden il devait y avoir, cela réconcilierait l’Amérique avec ses valeurs essentielles.

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Edward Snowden Wired Magazine by Mike Mozart on Flickr (CC BY 2.0)

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Edward Snowden : d’espion à exécuter à grand homme 

Publié le 20 août 2020
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Par Yannick Chatelain.

Washington (Reuters) – Le président américain Donald Trump a déclaré samedi 15 août 2020 qu’il « envisageait de gracier Edward Snowden, l’ancien contractant de la NSA américaine, dont les fuites spectaculaires ont secoué la communauté du renseignement américaine en 2013 ».

Edward Snowden est une figure aussi emblématique qu’embarrassante pour les gouvernements américains qui se sont succédé depuis ses révélations sur les pratiques inconstitutionnelles de la NSA en 2013.

Il est le symbole même de la trahison par un pouvoir des fondements mêmes sur lesquels il repose ! Pire encore, le lanceur d’alerte a trouvé refuge en Russie.

La culture américaine est fondée sur la notion de trust telle que définie par John Locke. Ce dernier était convaincu qu’aucun régime n’était à l’abri d’une dérive vers le despotisme.

Dans l’approche culturellement ancrée de Locke le peuple américain donne sa confiance et son consentement à l’autorité, à un pouvoir qui in fine ne le possède pas réellement, puisqu’il s’expose en cas de dérive à une résistance légitime ! Une résistance éventuellement menée par les armes.

Edward Snowden : le trust rompu

Le droit pour un Américain de porter une arme n’a pas été initié pour encourager les tueurs de masses, tant s’en faut, quand bien même la remise en cause de ce droit fait régulièrement la Une à la suite de faits divers sordides.

Ce droit de porter une arme est inscrit dans le Deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique. Il se trouve dans la Déclaration des Droits (Bill of Rights) et fait partie des dix amendements écrits et votés le 15 décembre 1791. Il reconnaît la possibilité pour le peuple américain de constituer une milice « bien organisée » pour contribuer « à la sécurité d’un État libre », et il garantit en conséquence à tout citoyen américain le droit de porter des armes.

L’affaire Edward Snowden – traitre pour les uns, héros pour les autres – avait dès son origine tous les atours pour acter d’une violation grave du trust tel que défini par Locke. Cette trahison avérée et révélée au peuple américain par Edward Snowden aurait pu légitimer – dans une lecture lockéenne –  une prise des armes par le peuple américain contre le pouvoir en place.

Pour autant, nulle milice organisée ne s’est constituée pour faire tomber un État objectivement pris en défaut. Les Américains n’ont pas pris les armes, tandis que l’État pointait Edward Snowden comme un élément déviant à abattre ; et il a été suivi dans son jugement par une grande majorité de l’opinion américaine.

Un officiel du Pentagone avait alors déclaré en janvier 2014 qu’il « adorerait lui mettre une balle dans la tête » ! Une telle déclaration révélant une lecture étrange du bill of rights et une conception bien particulière d’un État libre.

De Trump 2013 à Trump 2020

L’approche de Donald Trump concernant Edward Snowden n’est pas totalement nouvelle. Hormis l’absence de demande d’amendement elle s’inscrit dans la même logique que sa proposition du mercredi 19 février 2020 lorsqu’il avait offert sous condition la grâce au fondateur de Wikileaks si ce dernier affirmait que la Russie n’était pas impliquée dans la fuite d’e-mails internes au Parti démocrate américain.
Le samedi 15 août 2020, dans le New Jersey, interrogé sur la possibilité d’une grâce d’Edward Snowden, le président américain a déclaré :

Beaucoup pensent qu’il devrait être traité différemment et d’autres pensent qu’il a fait des choses très mauvaises […] Je vais y jeter un œil très sérieusement.

À l’approche des élections américaines c’est un volte-face pour le moins radical au regard des propos qu’il tenait régulièrement à son sujet, et notamment sur twitter, le qualifiant de traitre, le désignant même, le 30 octobre 2013 comme « … un espion qui devrait être exécuté… » Le 17 août 2020, Trump allait même plus loin en déclarant que par cet acte, il gracierait « quelqu’un qui est très, très important. »

Ces  propos successifs ont de quoi surprendre la communauté internationale !

Le pari politique de Donald Trump

À l’approche des élections, politiquement et quoi que l’on pense de l’homme et de ses déclarations souvent déconcertantes, cette assertion est stratégiquement et politiquement porteuse d’espoir pour Edward Snowden, quand bien même les arguments ne sont pas développés : implicitement, si grâce de Snowden il devait y avoir, cela réconcilierait l’Amérique avec ses valeurs essentielles.

Comme le soulignait Snowden, prenant acte des propos de Donald Trump :

« La dernière fois que nous avons entendu la Maison Blanche envisager une grâce, c’était en 2016, lorsque le même procureur général qui m’a inculpé a admis que dans l’ensemble mon travail pour dénoncer le système inconstitutionnel de surveillance de masse était d’utilité publique. »

La nouvelle posture de Trump suggère de revenir aux fondamentaux, de s’amender,   tout du moins d’amender ses prédécesseurs qui ont laissé renier l’un des principes fondateurs des États-Unis : le trust.

Cette assertion non développée sera-t-elle comprise par une opinion publique américaine qui demeure partagée ? Rappelons qu’en 2013, elle détestait majoritairement Edward Snowden.

A-t-elle fait depuis le même cheminement que Trump ? A-t-elle évolué ? En a-t-elle tiré les mêmes enseignements ? Cette nouvelle posture sera-t-elle porteuse pour le président sortant ? C’est vraisemblablement le pari fait par Donald Trump et ses conseillers.

Quel que soit l’impact sur l’électorat que présuppose Donald Trump et son équipe, la grâce d’Edward Snowden permettrait aux États-Unis de renouer avec un trust qui a été rompu depuis plus de huit ans ! Elle permettrait de redonner de l’honneur à un peuple qui n’a pas osé se soulever lorsqu’il se devait (si nous suivons la logique lockéenne) de « prendre les armes », non pas pour la haute trahison d’un homme cloué au pilori, tant par ses compatriotes que par le pouvoir, alors qu’il ne faisait qu’honorer son devoir d’alerter ses concitoyens de la haute trahison en cours et à l’abri des regards du pouvoir alors en place.

L’État, selon mes idées, est une société d’hommes instituée dans la seule vue de l’établissement, de la conservation et de l’avancement de leurs intérêts civils. John Locke

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  • Ces soubresauts sont à voir avec l’arrière-plan de l’Etat profond US, dénoncé par Eisenhower ou Kennedy. Trump, quoiqu’on pense des excès du personnage, a décidé de s’attaquer à dette structure de pouvoir qui agit en dehors des règles démocratiques. Et depuis longtemps…

  • Comme chacun sait, ici, dans une autre version, le droit de porter des armes concerne les gens constitués en milices pour lutter contre le colonisateur britannique.

    Pour ce qui est de les prendre contre le Gouvernement en place, qui décide qu’il a trahi la confiance mise en lui ? L’avant-garde avancée du Prolétariat ? Ceux qui ont les armes ? Le moins serait qu’il y ait débat au sein de la population, suivi d’un vote conforme aux procédures démocratiques en garantissant la sincérité.

    • « Comme chacun sait, ici, dans une autre version, le droit de porter des armes concerne les gens constitués en milices pour lutter contre le colonisateur britannique. »

      Il ne s’agit pas de lutter contre le colonisateur britannique en particulier mais contre toute force armée susceptible de s’attaquer à la liberté individuelle. Et les rédacteurs de la constitution avaient été clairs à l’époque concernant le fait qu’ils avaient tout aussi peur de l’Etat qu’ils mettaient en place que des invasions extérieures. Les milices sont supposées lutter contre toute menace sur le premier amendement. L’esprit du second amendement se résume à donner aux citoyens les moyens de défendre le premier.

      Prendre les armes contre le gouvernement en place est une decision grave qui suivra un processus dont nul ne connait le déroulement. Mais si les armes ont toutes été saisies on connait le déroulement: Quand il n’y a plus d’armes à prendre on peut être certain que le processus sera juste inexistant.

    • Les armes sont justement là pour permettre au vote de ne pas outrepasser ses prérogatives. La démocratie ne garantit pas la liberté. Les personnes armées seules peuvent protéger la liberté comme la détruire, mais le monopole des armes détruit la liberté à coup sûr.

      « La démocratie, c’est deux loups et un agneau votant ce qu’il y aura au dîner. La liberté, c’est un agneau bien armé qui conteste le scrutin. »

      B. Franklin

  • Un article qui utilise des sources françaises sur Trump est forcément construit sur du sable…

    L’auteur, je cite  » le désignant même, le 30 octobre 2013 comme « … un espion qui devrait être exécuté… »  » aurait mieux fait d’aller lire le tweet en question.

    Trump en octobre 2013 écrivait : « Obamacare est un désastre et Snowden est un espion qui devrait être exécuté MAIS s’il pouvait révéler les traces d’Obama, alors je pourrais devenir son plus grand fan ».

    Cela fait longtemps que Trump a relativisé la trahison factuelle de Snowden par rapport aux bénéfices du « trust ».

    • Merci pour cette importante précision. Ca change en effet radicalement le perception de girouette qu’on pourrait avoir à propos de Trump sur ce sujet. Merci beaucoup.

      • Totalement d’accord avec vous. On pourrait aussi ajouter que le Trump de 2013 n’avait pas accès à tous les détails du dossier, pas plus qu’il n’avait la même expérience de la malveillance et des visées liberticides du Deep State

  • Les commentaires sont fermés.

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