Électricité : on va finir par se fournir en Russie et en Chine

Le manque de vision de nos décideurs français sur le nucléaire risque de nous rendre dépendant de la Russie et de la Chine pour l’énergie.

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Vladimir Putin and Xi Jinping by MEAphotogallery (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0)

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Électricité : on va finir par se fournir en Russie et en Chine

Publié le 6 novembre 2021
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Par Michel Gay.

La Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) a fait fuiter sur internet un document (rédigé conjointement avec le ministère de la Transition écologique et Bercy) faisant apparaître qu’EDF pourrait ne pas savoir construire de nouveaux réacteurs nucléaires dans les délais et coûts annoncés. 

C’est à se demander si, pour ce gouvernement qui ne semble pas faire confiance à son électricien national dont il est actionnaire à 83 %, il ne serait pas préférable pour la France d’acheter ses futurs réacteurs nucléaires clés en main à la Chine ou à défaut son gaz à la Russie, via l’Allemagne et son nouveau gazoduc Nordstream 2.

Une décision attendue sur le nucléaire

Suite à sa présentation du plan d’investissement France 2030 le 13 octobre 2021, Emmanuel Macron va se prononcer « dans les semaines qui viennent […] sur l’opportunité de construire de nouveaux réacteurs nucléaires » et sur la stratégie à adopter.

Le président s’appuiera notamment sur l’étude « Futurs énergétiques 2050 » présentée le 25 octobre 2021 par RTE, et sur un « futur » document de l’administration intitulé « Travaux relatifs au nouveau nucléaire PPE 2019 – 2028 » (déjà « fuité » sur internet et daté d’octobre 2021) qui fait le point sur les « coûts, opportunités, risques et calendriers » du programme de construction des futurs réacteurs nucléaires en France.

Le rapport officiel sera rendu public « dans quelques jours ou quelques semaines », a annoncé la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, lors d’une conférence de presse le 26 octobre 2021. 

La Russie et la Chine à la rescousse ?

Va-t-on demander aux Chinois ou aux Russes de venir construire en France les centrales nucléaires qu’EDF ne serait plus capable de construire ?

Bien entendu, ces pays « amis » entretiendraient ensuite les installations, ce qui constituerait un abandon gravissime de souveraineté.

Ce document de travail a probablement « fuité » par hasard fort opportunément « d’un ministère » pour déconsidérer la capacité du pays à refaire des projets nucléaires avant que le président Macron ne donne ses directives. Si tel était bien l’objectif, ce serait une attitude répréhensible (trahison ?) de ce ministère.

Ainsi, ce texte de la DGEC souligne des risques extrêmes qui seraient ignorés par EDF mais qui n’ont pas ou peu de réalité : 

EDF ne s’est pas penché sur certains risques de surcoûts. Les conséquences de recours juridiques ou de « troubles à l’ordre public » perturbant la réalisation des chantiers pourraient coûter très cher.

Les recours juridiques des ONG anti-nucléaires sont probables, mais ne sont pas susceptibles de bloquer les chantiers après délivrance des permis de construire et des DAC (Décrets d’autorisation de création).

Par ailleurs, les « troubles à l’ordre public » ne concerneront pas les deux premiers sites (Penly et Gravelines) qui bénéficient d’un appui local des politiques et des populations habituées au nucléaire depuis des décennies et à ses emplois qualifiés pérennes. 

Pour le troisième site, non encore défini mais qui pourrait être celui de Tricastin, les conclusions seront les mêmes. 

Il n’y a eu aucune opposition populaire lors du lancement de du nouveau réacteur EPR à Flamanville.

Donc ces risques mis en exergue n’ont pas de réalité. 

Les auteurs citent également « la détection tardive d’écarts sur les fabrications, comme sur le chantier de l’EPR de Flamanville, les événements climatiques, météorologiques ou pandémiques, ou encore les évolutions probables de l’inflation, du coût du travail et des matières premières ».

L’hypothèse de détection d’écarts tardifs sur les fabrications ne tient pas compte de la réorganisation réalisée suite au retour d’expérience de Flamanville et déjà mis en œuvre sur les réacteurs en construction au Royaume-Uni. 

De plus, deux EPR fonctionnent parfaitement en Chine et amènent des enseignements.

Par ailleurs, des événements climatiques, météorologiques ou pandémiques peuvent intervenir mais concernent tous les types de projets, pas seulement nucléaires. Sur ce fondement, plus aucun grand projet ne pourrait être entrepris de peur de subir des « aléas » !

De plus, les évolutions probables de l’inflation, du coût du travail et des matières premières ne sont pas propres aux chantiers nucléaires et concernent toute l’économie. 

Enfin, le nucléaire utilisant peu de métaux spéciaux et de matières premières par kilowattheure produit est beaucoup moins sensible que l’éolien et les panneaux solaires aux matériaux critiques, à leur rareté, et donc leurs coûts.

Ces mêmes auteurs accueillent avec suspicion l’annonce d’EDF selon laquelle un engagement sur trois paires d’EPR2 permettrait de faire des économies par effet de série. 

Ils notent « un recouvrement entre les chantiers des paires successives peut conduire à ce qu’un défaut de fabrication qui ne serait pas détecté rapidement ait un impact multiplié d’autant plus qu’il y a de réacteurs commandés ».

L’effet de série est une réalité observée lors de la construction du parc actuel. Une série de six réacteurs permet de réduire les coûts de 20 à 30 % par rapport à un réacteur unique. 

Le risque de faire des erreurs en série est faible en travaillant dès le début à partir du retour d’expérience de Flamanville. Cette situation ne s’est pas produite lors de la construction du parc actuel qui a été engagé avec de très longues séries (les réacteurs étaient commandés par douzaines !).

Ce document de la DGEC fait appel à des contorsions intellectuelles de ronds-de-cuir travaillant peut-être sur injonction de leur hiérarchie afin de charger la barque nucléaire des risques les plus invraisemblables pour dénigrer par avance le choix en préparation du président de la République pour le nucléaire.

En appliquant ces hésitations et tergiversations au reste de l’économie, plus aucun projet ne verrait le jour. Ce document de la DGEC est un pitoyable abandon de toute ambition et de volonté. 

La trahison de l’industrie française par un ministère (une ministre ?) qui semble avoir donné des instructions politiques pour torpiller le nucléaire est également scandaleux. 

 

Voir les commentaires (18)

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  • La seule chose certaine est que la France n’a plus d’industries capables de fabriquer des pièces complexes.
    Et c’est encore plus vrai avec les dernières normes draconiennes imposées au nucléaire.
    Il n’est même pas sûr que les Chinois sachent faire ces pièces en respectant ces normes.

  • Je ne savais pas qu’il y avait une « Direction du climat » . Nos fonctionnaires sont décidément très forts, ils savent diriger le climat. Seul problème, celui-ci ne semble pas leur obéir.

  • Il, elle, eux, ne veulent pas de nucléaire, donc, tous les prétextes seront utilisés pour empêcher la construction de nouvelles centrales.

  • oui oui oui…

    un long , très long constat de la nuisance des politiques…

    mais par ailleurs..un discours où l’argumentation pour ce faire est éminemment idéologique…

    pour faire tenir le machin debout on mythifie le passé ce moment où l’action politique fut non seulement raisonnable mais « idéale »… »le programme électronucléaire français et le constructive électrique »..

    c’est constater la faillite de led nat et de la secu… en la mettant sur le compte de « mauvais politiques »..

    la fission est un moyen sûr et efficace de produire de l’electricité donc une option tout à fait solide pour quiconque veut de l’electricté… elle a aussi des atouts..si on pense certaines choses.. sur le CO2 ou la pollution par les particules..

    il n’y a RIEN de determinant néanmoins ce n’est pas blanc ou noir , faillibilité, dépendance, pollution.. ne seront jamais éliminées mais réduites.. à un certain coût..appreciation subjective est inévitable.. sinon le communisme ou le plan « marcherait.

  • Bons arguments de réfutation c’est clair et net.
    Ces décideurs ont la trouille au ventre ils devraient être les premières lignes en cas de coupures d’électricité

  • On apprend aussi de ses erreurs. Si aucun enseignement n’était tiré des divers chantiers d’EPR, ce serait vraiment à désespérer.

    Mais je ne verrais pas de déshonneur à se faire aider par les Chinois. Ce sont eux qui ont fait le mieux, et c’est nous qui leur ont transféré la technologie.

    • Les chinois on fait mieux parcequ’ils n’ont pas de baton dans les roues, si les chinois construisent ici une centrale ça va durer 100 ans ou n’importe qui d’autre.

      • construire une centrale qui peut durer 100 ans.. c’est spéculer sur sa rentabilité sur 100 ans et donc la concurrence sur 100 ans… ce n’est pas un hasard… si le nucléaire en tout cas celui qui existe …aime l’interventionnisme politique mais pas n’imorte lequel..il faut justifier que..le marché c’est un problème.

        • Pas durer 100 ans mais 100 ans a se construire.. C’est moins qu’une cathédrale, vive le modernisme…. Sinon, aucune raison qu’elles ne durent pas aussi longtemps si elles sont construite pour… Quand a la rentabilité… La fusion c’est pour la St glin glin donc…

  • La (haute) trahison est la norme chez nos dirigeants depuis bien longtemps. Point d’orgue avec ce qui nous sert de président en ce moment.

  • Comment s’étonner du sabotage permanent du nucléaire quand on confie des ministères importants à des antinucléaires viscéraux comme les écolos. En Belgique, c’est encore pire : c’est le ministère de l’énergie, confiée à une radicale écolo, par ailleurs parfaitement incompétente en matière d’énergie.

  • Avec le temps Absurdum convient que ses capacités sont trop modestes par rapport à une concurrence mondiale qui lui est bien supérieure. Il y a déjà longtemps que Greta l’a ridiculisé devant l’ONU. Réaliste il se met à l’abri derrière meilleurs que lui… C’est plus sûr et plus sage de penser à laisser la place, surtout après l’échec définitif de la transition écologique de Merkel qu’il a suivi sans discernement…

  • Si les choses foirent, comme elles le feront, ce ne sera pas suite à un risque mal évalué.
    Ce sera par design.

  • Je rejoins l’auteur sur les 5 derniers alinéas de l’article.
    La seule solution est d’éliminer dès le premier tour l’imposteur en fin de stage de président.
    Après quoi il conviendra de modifier ou supprimer la DGEC car il est aberrant que la politique énergétique du pays soit soumise à une direction du climat !
    Et même si Macron prend des décisions sur le nucléaire, on en prendra d’autres l’an prochain. Après tout 5 mois de retard ne sont pas rédhibitoires sur les délais de construction des centrales.
    Quant à l’appel à l’aide aux US ou aux Chinois, il vaut mieux l’oublier au profit d’un retour en France de notre savoir-faire. Si on prolonge la durée de vie de nos centrales existantes, on a le temps de construire de nouveaux EPR. Qui plus est, il faut sans tarder relancer ASTRID pour préparer la relève avec les réacteurs de génération IV. N’oublions jamais qu’avec nos réserves en uranium appauvri nous avons deux millénaires d’électricité devant nous grâce aux surgénérateurs.

  • Cela s’appelle du défaitisme.
    Si lors du lancement du Plan Messmer, nous avions eu ce genre de remarques de la part de l’Etat, nous n’aurions pas construit 58 réacteurs impeccables en moins de 25 ans.
    EDF a eu un plein soutien moral de l’Etat à défaut d’avoir un soutien financier.
    Si la France et l’Etat affichent une confiance pleine et entière à l’industrie nucléaire, nous saurons construire 30 réacteurs en 30 ans. Mais la confiance s’affiche et maintient dans la durée.

    • Oui, mais la donne était différente:
      A l’époque on avait un gouvernement compétant, qui se souciait plus de l’avenir moyen et long terme du pays que de sa réélection. Il est apparu une menace de manque d’énergie qui les a poussé à charger des ingénieurs compétents de résoudre le probleme.

      Actuellement, la vision long terme d’un gouvernement c’est l’élection suivante, et leurs décisions sont largement influencées par l’image médiatique et la nécessité de nourrir leurs copains de subventions. Petite précision: C’est nous qui mettons ces gens au pouvoir, à bon entendeur…

  • Réflexion hors sujet : j’ai été ébahie d’entendre le président et la presse attendre le résultat de l’étude de RTE.
    Comme s’il fallait demander au chauffeur de taxi la meilleure méthode pour traiter le pétrole de nos véhicules.
    En quoi RTE avait-il son mot à dire ? Il n’aurait dû être consulté QUE sur le surcoùt des lignes qui faut ajouter, doubler pour acheminer le courant. RTE ne peut qu’être favorable à l’éolien, ce sera plus de travail pour lui ! (mais quel coùt pour nous au final ?)

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