[Exclusif] Valérie Pécresse : « Notre État étouffe sous les normes et la bureaucratie »

Valérie Pécresse by Jacques Paquier (Creative Commons CC BY 2.0)

Valérie Pécresse révèle pour Contrepoints plusieurs axes de son programme pour la présidentielle.

Entretien exclusif avec Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, fondatrice du mouvement Soyons Libres et candidate à la primaire du parti Les Républicains. Personnalité majeure de la droite française, elle révèle pour Contrepoints plusieurs axes de réformes.

Alexandre Massaux : Si vous êtes élue présidente de la République, quelle serait la première mesure que vous mettriez en place ?

Valérie Pécresse : Après ce quinquennat pour presque rien d’Emmanuel Macron, il faut urgemment lancer un ensemble de réformes pour baisser le poids de la sphère publique, compte tenu du niveau des déficits et de la dette qui s’est envolée. La priorité c’est de remettre de l’ordre dans nos comptes publics.

Si je suis élue présidente de la République, j’engagerais dès le début de mon mandat 4 grandes réformes structurelles pour baisser les dépenses et réduire la pression fiscale : la retraite à 65 ans, la dégressivité des allocations chômage pour tous les salariés au-dessus de deux SMIC, la débureaucratisation du pays et une décentralisation de nombreuses compétences, notamment aux régions qui se verront confier par exemple Pôle emploi, ou la rénovation urbaine.

Le pilotage des finances publiques a été complètement abandonné. Ce sont près de 10 ans de dérive budgétaire auxquels il faut mettre fin. Sur les deux quinquennats Hollande et Macron, ce sont plus de 1000 milliards d’euros de dette supplémentaire, soit 15 000 euros de plus pour chaque Français ! J’ajoute que la trajectoire financière communiquée cette année à Bruxelles n’est pas crédible et les promesses de campagne d’Emmanuel Macron vont coûter environ 20 milliards d’euros de dépenses supplémentaires dans le budget 2022.

Lors de ma prise de fonction, je lancerai donc une grande Opération Vérité sur le « quoi qu’il en coûte » car ces nouvelles dépenses à crédit sont autant de promesses d’impôts futurs. Nous n’avons plus le choix, nous devons atteindre les 45 milliards d’euros d’économies au terme du mandat en 2027.

AM : Vous avez annoncé la volonté de supprimer plus de 150 000 postes de fonctionnaires. Quelle réforme de l’État et quelles mesures économiques souhaitez-vous impulser ?

VP : La suppression de 150 000 postes de fonctionnaires n’est pas un objectif en soi mais le résultat d’une réforme profonde de l’État que je propose aux Français autour d’un triptyque : dénormer, débureaucratiser, décentraliser. 200 000 postes seront supprimés dans les fonctions non essentielles de l’administration administrante (État et collectivités locales) quand 50 000 postes seront créés dans les missions prioritaires de l’État : protéger, éduquer et soigner. Il ne s’agit donc pas de dégrader le service public mais de le rendre plus efficace car les dépenses doivent baisser.

Et c’est possible : grâce à la numérisation, les effectifs de Bercy ont été réduits de plus de 50 000 postes en 20 ans. Supprimer 150 000 postes signifie réduire les effectifs de 0,5 % par an, c’est possible dans toute grande organisation. Je rappelle que nous l’avons fait avec la Révision Générale des Politiques Publiques lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy en supprimant près de 150 000 emplois publics et je l’ai fait aussi dans ma région avec deux milliards d’économies réalisées en 5 ans et la baisse de 10 % du nombre de fonctionnaires au siège. 

Actuellement, notre État étouffe sous les normes et la bureaucratie. Je veux libérer les énergies de ceux qui innovent et créent. Il n’y a qu’une solution : un vrai choc de simplification. Dès les premiers mois de mon mandat, je mettrai en place un « comité de la hache » qui divisera par deux les codes et supprimera 500 des 1500 structures para-étatiques. Je mettrai également fin aux doublons administratifs grâce notamment à la décentralisation.

Tous devront se soumettre à cette revue des organisations : aucun ministère ne sera épargné par cette débureaucratisation de l’État. Nous sommes champions du mondes des impôts mais pas des services publics. Grâce à ma réforme de l’État, nous aurons de meilleurs services publics et nous pourrons engager des baisses d’impôt. 

AM : Quelles sont les principales critiques qui peuvent être adressées au gouvernement en matière de gestion de la crise sanitaire ? Y a-t-il selon vous des éléments qui ont été bien gérés par celui-ci ? Quelle politique mènerez-vous en la matière si vous êtes élue ?

VP : Je ne peux légitimement pas me satisfaire de la gestion de la crise sanitaire lorsque le Conseil d’Analyse économique classe la France 26ème sur 38 pays sur la question. L’exercice vertical du pouvoir et le mépris vis-à-vis des collectivités ont conduit à l’impréparation du gouvernement face à la deuxième vague qui a étalé au grand jour ses carences dans la gestion des masques ou de la vaccination. Malgré la défiance du gouvernement, les Régions se sont organisées pour pallier son impuissance et distribuer plus de 30 millions de masques, notamment en Île-de-France. 

Nous devons apprendre de cette crise pour rendre notre système hospitalier plus réactif. Les Régions ont prouvé qu’elles avaient de vrais capitaines dans la tempête : je leur confierai la présidence de l’ARS afin que notre système de santé soit plus adapté à chaque territoire.

Notre système hospitalier étouffe sous les carcans administratifs, avec 30 % de coûts administratifs de plus qu’en Allemagne. Je débureaucratiserai l’hôpital en profondeur en supprimant des fonctions de l’administration administrante ainsi que les doublons administratifs pour qu’il retrouve sa principale mission : soigner.

J’ai aussi alerté sur l’explosion des déserts médicaux : nous sommes sous le seuil des 100 000 médecins généralistes. Il y a urgence ! Nous créerons davantage de maisons de santé pluridisciplinaires avec des généralistes et des spécialistes, ainsi que des passerelles vers le second cycle des études médicales pour les paramédicaux et nous orienterons les jeunes internes vers la médecine libérale dans les déserts médicaux grâce à des incitations financières comme le financement de leurs études.

AM : Dans le journal Le Point vous avez déclaré que « Je suis deux tiers Merkel et un tiers Thatcher ». Quels aspects partagez-vous avec ces deux femmes politiques ?

VP: Plus qu’un partage, ces deux femmes d’État nous laissent un héritage. Par leurs capacités à faire, par leur engagement, elles ont démontré que le leadership au féminin, ça existe et ça marche. 

Avec Angela Merkel, je partage la volonté de réformer et de concerter. À l’opposé de l’exercice solitaire et centralisé du pouvoir actuel qui a mené à un dénigrement systématique des territoires et des corps intermédiaires, je rétablirai le dialogue en redonnant du pouvoir aux territoires grâce à la décentralisation de blocs de compétences et à la spécialisation accrue des collectivités locales.

En concertation avec les corps intermédiaires, j’engagerai les réformes profondes dont notre pays a besoin avec la réforme des retraites et de l’assurance chômage que j’évoquais plus tôt. 

Avec Margaret Thatcher, je partage la fermeté, la capacité à ne rien lâcher et à décider. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, j’ai mis en œuvre la réforme la plus difficile du mandat avec la loi sur l’autonomie des universités.

Comme Margaret Thatcher en son temps, je n’ai jamais eu la main tremblante face à la rue, j’ai tenu et le résultat est là : cette réforme des universités différée pendant 20 ans a été mise sur les rails et a donné satisfaction !

AM : Il y a actuellement beaucoup de discussions sur l’Union européenne avec la Pologne et les prises de positions des candidats sur cette question. Quelle politique européenne souhaiteriez-vous impulser si vous êtes présidente ? Souhaitez-vous une « souveraineté juridique » comme le propose Michel Barnier ?

VP : L’Europe doit cesser d’être naïve notamment sur l’immigration et l’industrie comme elle l’est depuis 20 ans. Je crois en l’Europe mais une Europe conquérante et protectrice qui défend nos frontières et nos fleurons industriels face à la concurrence déloyale. C’est encore loin d’être le cas.

Les difficultés inadmissibles que rencontrent actuellement nos pêcheurs français à l’issue du Brexit démontrent l’incapacité de l’Europe à régler certains problèmes. Je proposerai aussi une taxe carbone aux frontières pour lutter contre le dumping social et environnemental ainsi qu’une préférence européenne dans la commande publique.

Tous les États membres de l’Union européenne, y compris la Pologne, doivent respecter leurs engagements et ne pas s’écarter des principes fondamentaux de l’État de droit. Nous l’avons décidé il y a 60 ans, l’Europe exerce son magistère dans le cadre des traités qui sont au-dessus de nos lois.

Mais l’Europe doit rester l’Europe des nations. Il existe, dans nos pays, une identité constitutionnelle qui prime sur la juridiction européenne et nous autorise à agir juridiquement et politiquement dans l’intérêt de nos peuples tant que ne sont pas remis en cause les principes de l’Union.

Notre souveraineté nous autorise à pallier l’impuissance de l’Union quant à la protection de nos frontières en mettant un terme à l’immigration incontrôlée : c’est le but du projet de loi constitutionnelle que je présenterai aux Français sitôt élue. 

Entretien réalisé par Alexandre Massaux, secrétaire de rédaction de Contrepoints

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