Développement des pays : une question de politique, pas d’argent

Le développement des pays dépend du sérieux des politiques menées. Une bonne politique mène à de bonnes finances.

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9th BRICS Summit Xiamen International Conference Centre in China by GovernmentZA (Creative Commons CC BY-ND 2.0)

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Développement des pays : une question de politique, pas d’argent

Publié le 2 novembre 2021
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Dans mon livre Le mythe du fossé Nord-Sud paru en 2005, je dénonçais tous les clichés sur le sous-développement, ignorant la situation concrète des pays pauvres, faussant l’analyse et donc les remèdes.

Il semble que ce texte n’a pas vieilli. Le voici tel quel en première partie. J’analyse ensuite dans une deuxième partie ce qui est survenu depuis et qui la confirme.

Les idéologues contre le développement des pays

Les vrais problèmes du développement n’intéressent pas les idéologues car ils ne permettent pas d’attaquer le capitalisme ou le libéralisme, alors que c’est cela que cherchent d’abord les soi-disant défenseurs du Sud.

Certes, les plus sincères sont persuadés que nos sociétés sont profondément injustes, voire haïssables. Mais les accuser de la pauvreté de certains pays est une fausse piste qui ne fait que conforter les vrais responsables et perdurer des régimes bien pires que nos démocraties imparfaites.

Le résultat concret est que les peuples les plus pauvres voient leurs bourreaux parader dans les forums en s’appuyant sur des idéologies ne tenant aucun compte des succès des pays plus sérieux.

Il est navrant de voir ces idées diffusées et enseignées par des personnes de bonne volonté. Se souviennent-elles qu’une mode intellectuelle très voisine régnait naguère à la Sorbonne, et qu’un étudiant attentif expérimenta « un autre développement » s’écartant délibérément de ce modèle occidental honni par ses maîtres ?

On a reconnu Pol Pot qui élimina un tiers de la population cambodgienne dans l’horreur que l’on sait. Il ne faisait pourtant que « réorienter la population vers les cultures vivrières » et autres belles formules virant au cauchemar puis à la terreur au fur et à mesure de l’application concrète.

Les discours anticoloniaux et de réforme agraire du Zimbabwe conduisent progressivement au même résultat, sous les vivats du sommet de Johannesburg.

Le développement des pays, c’est trivial

Il est vrai que les recettes éprouvées du développement sont d’une banalité méprisable pour bien des intellectuels : analyser les réussites occidentales et donc généraliser une scolarisation laïque, veiller à l’ouverture économique et intellectuelle sur l’étranger, et donc voir arriver les multinationales et les idées démocratiques.

Les premières vont casser les féodalités économiques locales, les secondes les féodalités politiques, qui sont souvent les mêmes. On comprend l’intérêt pour certains d’éviter de tels sujets !

Si l’on ajoute que tout cela ne marche vraiment que dans un État de droit qui veillera à des choses aussi triviales que le respect des contrats et le paiement des fournisseurs, on voit tout l’intérêt de discours déconnectés de ces réalités sordides.

Culpabiliser pour encaisser

Ces discours culpabilisent le Nord et l’amènent à ouvrir sa bourse, mais l’argent de l’aide est perdu s’il n’est pas distribué par un organisme efficace à un gouvernement compétent le diffusant à des citoyens entreprenants et sérieux, telle l’Allemagne du plan Marshall.

Toutefois, ce pays idéal n’aurait pas besoin d’être aidé, ses exportations étant bien supérieures à ce qu’on pourrait lui offrir.

C’est d’ailleurs ce qui se passe, nous l’avons vu, pour la majorité des populations de ce qu’était le Sud il y a 50 ans : l’Inde et la Chine –qui regroupent à elles seules la moitié de la population du Sud – progressent depuis leur libéralisation bien plus vite que le Nord (respectivement 6 et 8 % par an, contre 0 à 3 % au nord, suivant les pays et les années).

Même si ces chiffres sont imparfaits, on voit l’ampleur du progrès… et aussi, considérant le chemin qui leur reste à parcourir, à quel point ces économies étaient tombées bas à leur époque socialiste.

Des hommes et un gouvernement compétents ont toujours trouvé eux-mêmes l’argent du développement.

Inversement, il y a des pays où l’argent tombe du ciel : aide, crédits, hausse des cours des matières premières et – don suprême des dieux – découverte pétrolière.

Or qu’arrive-t-il ? On ruine des économies qui progressaient honorablement (Mexique, Nigeria), on permet la survie de systèmes politico-économiques désastreux (Tanzanie, Kenya, et des pays plus proches que, par pure amitié, nous ne citerons pas).

Une mauvaise décision de gestion en matière agricole, commerciale, industrielle ou militaire pèsera plus lourd que les rares mesures réussies d’aide financière.

S’endetter ou « coopérer » pour résoudre un des « vrais problèmes » évoqués dans notre deuxième partie sera fécond ; le faire pour importer sa nourriture alors qu’on détruit son agriculture, ou pour lancer des projets de prestige sur lesquels sont prélevés de confortables commissions, ne font qu’enfoncer le pays.

Bref, comme le disait le baron Louis, ministre des finances de Louis XVIII, « faites-moi de la bonne politique et je vous ferai de bonnes finances » : le développement n’est pas une question d’argent.

Seize ans plus tard, une démonstration sur le développement des pays toujours d’actualité

En 2005, date de la rédaction de ce qui précède, la Chine avait commencé son rattrapage, qu’elle a continué depuis. C’est bien l’illustration qu’il n’y a pas de fossé Nord-Sud. C’est-à-dire pas de fatalité à rester sous-développé parce que le système mondial favoriserait les pays riches, comme on le disait à l’époque, et comme beaucoup de pays africains le disent encore aujourd’hui.

Et pourtant la Chine partait de très bas après le massacre par Mao de sa population, de son économie et de sa culture. De bien plus bas que beaucoup de pays africains !

Le fait qu’un gouvernement sérieux trouve toujours de l’argent s’est vérifié pour la Chine. On peut en effet reprocher beaucoup de choses au gouvernement chinois (son autoritarisme, sa corruption…) mais pas son manque de sérieux.

Il a donc bénéficié d’abord d’une aide occidentale en tant que pays pauvre. Puis la Chine a gagné elle-même l’argent nécessaire à son développement par ses exportations et aussi, ce qui est moins connu, par l’épargne du reste du monde et notamment des États-Unis : souscription aux augmentations de capital des entreprises chinoises cotées à Shanghaï, puis à Hong Kong, puis à New York.

L’actualité récente conduit à se demander si le gouvernement chinois n’est pas en train de tuer les capitalistes qui ont permis de se développer faisant perdre à ces épargnants du monde entier des centaines de milliards de dollars. Ce serait alors un manque de sérieux…

La preuve par le pétrole

Que sont devenus depuis 15 ans les pays pétroliers qui ont été, eux, couverts d’argent ? Je parle des États ayant une certaine population, et non des États fantômes comme les Émirats, le Koweït, le Qatar, et dans une moindre mesure l’Arabie.

  • Le Mexique est gouverné par les trafiquants de drogue, et le nombre de morts, notamment de journalistes, devient hallucinant.
  • Le Nigéria s’écroule entre corruption, Boko Haram et ses rivaux djihadistes, des bandits rançonneurs et des minorités séparatistes.
  • Le Venezuela a vu sa population fuir dans toute l’Amérique latine et ceux qui restent ont du mal à se nourrir.
  • L’Algérie est plus que jamais sous l’autorité inefficace de militaires prédateurs.

Tous ces pays ont pourtant eu beaucoup d’argent… mais le développement des pays n’est pas une question d’argent !

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  • Les pays dit en voie de développement ne veulent pas d’aide. Ils veulent de l’argent.
    Quand on a dit ça, on a tout dit.

    • Ils veulent de l’argent en effet, mais aussi la liberté d’utiliser leurs ressources naturelles à leur guise quand ils en ont, y compris fossiles.

    • De ce jour ou d’hier : La france, peu endettée, vient de transformer des dettes de la Cote d’ivoire en « subvention » pour la modique somme de 1,8 milliards d’euros.

  • Les ennemis du développement des pays qui sont en voie de développement :
    1. L’argent de l’aide au développement (souvent recyclé en contrats, consultants et corruption).
    2. Les ONGs internationales (déséquilibrent les choix économiques et accaparent les ressources humaines et autres locales).
    3. L’exploitation des ressources naturelles, en particulier par des internationaux (quand c’est par des nationaux, ce n’est pas forcément mieux, mais au moins certains acquièrent ces compétences).

    Ces trois éléments assurent que les pays concernés ne se développeront pas. Comme en outre ils apportent une grande satisfaction aux « internationaux » (financière et/ou morale) c’est mal barré.

  • Quand l’élite n’a pas besoin du peuple pour s’empifrer, le pays est à l’abandon.

  • « Les vrais problèmes du développement n’intéressent pas les idéologues … »

    En pure logique libérale, je dirais que chacun fait ce qu’il lui plait. En revanche, cela me gêne d’avoir un (pays) voisin où la vie humaine n’a pas la même côte et où le respect des autres est différent du mien : les échanges sont difficiles et on doit se protéger (guerre, flux migratoires …), ce qui (me) coûte cher en ressources, en liberté et en « compromis éthiques ».

    Je ne suis pas d’accord sur un plan éthique avec ce qui se passe dans beaucoup de pays (faim, injustices, organisation sociale …) mais si on veut prendre un peu de recul dans l’analyse, il faut se détacher des considérations personnelles d’intérêt immédiat, de prosélytisme idéologique et de réactions émotives.

    Bien que cela soit orthogonal au concept libéral, je veux une progression de l’humanité : réduction de la misère, des conflits et de l’oppression par une nécessaire uniformité de conception de cette humanité détachée de toute autre idéologie (religieuse, politique, malthusienne ou écologique).

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