Canada : les non-vaccinés ne pourront plus sortir du pays

Justin Trudeau speaks at the University of Waterloo by Mohammad Jangda (Creative Commons CC BY-SA 2.0) — Mohammad Jangda,

Les non-vaccinés ne pourront bientôt plus quitter le Canada. Cette situation concerne les Canadiens, mais aussi les résidents étrangers.

Par Alexandre Massaux.

Le gouvernement fédéral canadien vient de rendre obligatoire la vaccination pour voyager en train, en navire ou en avion à partir du 30 novembre. Les deux doses d’un vaccin reconnu seront nécessaires pour pouvoir voyager. Toute personne de plus de 12 ans est concernée par cette mesure.

Mais comme le rappelle Radio-Canada : cette obligation signifie que les Canadiens non-vaccinés ne pourront pas quitter le pays, mais elle concerne également les résidents étrangers. De plus, les tests PCR ne sont pas acceptés.

Cette décision est à la fois illogique et révélatrice du tournant autoritaire du Canada.

Où est la logique ?

Obliger la vaccination pour entrer dans un pays peut être motivé par le souhait de protéger la population locale. Ce choix peut être critiqué, mais il a une certaine logique. À l’inverse, interdire aux personnes non-vaccinées de quitter le pays semble déconnecté de toute logique médicale liée à la protection du Canada. Si le gouvernement fédéral les considère comme une menace ne vaudrait-il pas mieux les laisser partir ? 

Nous pourrions penser que c’est par crainte que ces personnes reviennent avec le virus. Mais dans ce cas-là, pourquoi interdire la sortie du Canada aux étrangers non-vaccinés ? Ces derniers doivent de toute façon suivre un protocole sévère s’ils reviennent.

De plus, 71 % de la population canadienne est complètement vaccinée, ce qui place le pays parmi les plus avancés mondialement dans la campagne de vaccination. Cette mesure ne peut donc pas s’expliquer par un retard dans ce domaine.

Plus problématique : des résidents étrangers pourraient être bloqués au Canada à l’expiration de leur permis de séjour, ce qui les placerait en situation irrégulière sans avoir la possibilité de quitter le pays.

Une logique de plus en plus autoritaire

Cette interdiction de quitter le territoire pour une partie de la population, sans décision de justice, n’est pas sans faire penser au système du passeport intérieur de l’URSS, créé sous Staline et ayant disparu avec la chute du régime, lequel rendait difficile de se déplacer dans le territoire soviétique, mais aussi et surtout d’en sortir. Ce système permettait aux dirigeants soviétiques d’exercer un contrôle social sur la population.

Mais surtout, rares sont les pays qui de nos jours interdisent aux étrangers le retour dans leur pays d’origine en l’absence de délit et de décision de justice. La liberté de quitter un pays est reconnue par le droit international. Si des restrictions à celle-ci sont permises, elles doivent respecter le principe de proportionnalité. Il semble exagéré de considérer que celui-ci est respecté dans le cas du Canada. Les ambassades vont avoir du travail durant les semaines et mois à venir. Il n’est pas certain que les Européens, entre autres, apprécient que leurs ressortissants soient bloqués.

Vers une perte d’attractivité du Canada ?

La multiplication de mesures et l’ambiance de plus en plus pesante au Canada risquent de ternir sa réputation. Trudeau qui était jadis l’icône de l’ouverture au monde et des frontières ouvertes devient le Premier ministre de la fermeture.

De plus, seuls les vaccins reconnus au Canada seront acceptés. Adieux les immigrés russes et une bonne partie des immigrés asiatiques ?

Dans l’immédiat, l’annonce de cette mesure risque de provoquer une panique surtout chez des jeunes et pourrait aboutir à une émigration assez importante.

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