Et la mascarade sécuritaire du pass sanitaire se prolonge…

Le pass ne doit pas être suspendu provisoirement et semi-aléatoirement sur le territoire, mais bien aboli purement et simplement. Le flicage généralisé doit cesser.

Par Frédéric Mas.

L’entourage du Premier ministre a annoncé à l’AFP que le pass sanitaire devrait se prolonger au-delà du 15 novembre, date à laquelle la loi exigeait un vote pour perdurer.

Pour Olivier Véran, « Il nous faut une loi qui dans la durée sans nous imposer d’utiliser l’outil, nous permet de l’utiliser si la situation l’exige ».

Selon le ministre de la Santé : « le gouvernement pourra aussi bien « l’actionner quand il le faut » et « l’alléger lorsque c’est possible » en fonction des circonstances sanitaires.

Pour faire passer la pilule de la prolongation du dispositif de surveillance, le gouvernement annonce en même temps sa possible suspension -temporaire- dans certains cas, sans toutefois abolir l’outil lui-même.

La discussion se fera en conseil de défense sanitaire, loin des regards et des discussions publiques. Il n’est donc toujours pas question de débattre sérieusement des raisons visant à conserver ce passeport intérieur liberticide et coûteux, qu’André Comte-Sponville estimait ce lundi « mauvais pour la liberté, l’égalité et la fraternité ».

 

La Cnil et le conseil constitutionnel avaient mis en garde sur les usages d’un dispositif dangereux pour la vie privée, la protection des données de santé et les libertés individuelles.

Liberticide

Le 21 juillet dernier, la Cnil mettait en garde contre la « banalisation » d’un pass qui interdisait à une partie de la population l’accès à des lieux de la vie courante et de transports, créant de facto une citoyenneté de seconde zone :

« Le législateur doit tenir compte du risque d’accoutumance et de banalisation de tels dispositifs attentatoires à la vie privée et de glissement, à l’avenir, et potentiellement pour d’autres considérations, vers une société où de tels contrôles seraient la norme et non l’exception. »

Il semblerait qu’une majorité passive de la population se soit accoutumée et que la société de contrôle redoutée soit désormais envisagée par l’exécutif comme une option possible, pour prévenir d’une nouvelle crise sanitaire. Ou pas.

Dans une décision assez décevante pour les défenseurs de l’État de droit, le conseil constitutionnel avait tout de même jugé le 5 août 2021 que le pass respectait à la fois l’impératif de protection de la santé et de libertés publiques sous certaines conditions :

« Les mesures contestées doivent être strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu’elles ne sont plus nécessaires. »

De la bouche même d’Olivier Véran, nous vivons aujourd’hui « une période de décroissance [de] vague épidémique ».

Alors que la Grande-Bretagne suspend ses lois sanitaires les plus lourdes, la France renforce les siennes à situation sanitaire équivalente. Le pass ne doit pas être suspendu provisoirement et semi-aléatoirement sur le territoire, mais bien aboli purement et simplement pour bloquer limiter ses atteintes aux droits des individus. Le flicage généralisé doit cesser.

Coûteux

Le pass sanitaire a obligé l’Hôpital, les services publics mais aussi toute la société civile à dépenser des millions pour embaucher des vigiles et des bornes de vérification du précieux sésame. Ce sont 60 millions par mois dilapidés pour les hôpitaux qui n’iront pas vers les soignants, des centaines de millions dans les infrastructures pour financer des sociétés de gardiennage et des organes de police intérieure.

L’éternelle leçon libérale sur l’État n’a pas été écoutée : à chaque fois que l’État rogne les libertés publiques au nom du caractère exceptionnel de la situation, il est quasi-impossible de faire machine arrière et de récupérer les libertés perdues.

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