Pass sanitaire : les Anglais l’abandonnent, Macron persiste

Boris Johnson in Times Square By: Think London - CC BY 2.0

La question du pass sanitaire a suscité une forte opposition au sein même de la majorité conservatrice de Boris Johnson, qui y voyait une mesure pénalisante pour l’économie et attentatoire aux libertés publiques.

Par Frédéric Mas.

Le gouvernement britannique a annoncé ce dimanche 12 septembre qu’il renonçait, au moins pour le moment, à introduire un passeport vaccinal conditionnant l’accès aux lieux de passage les plus fréquentés comme les boutiques, les cinémas et les boîtes de nuit, et cela en raison du succès de sa campagne vaccinale.

Le secrétaire d’État à la santé Sajid Javid a déclaré au micro de la BBC n’avoir jamais aimé « l’idée de dire aux gens de devoir montrer leurs papiers […] pour faire ce qui est simplement une activité courante ». Cette réticence toute libérale et british devant le flicage ordinaire pourrait étonner plus d’un de ses confrères français. Il a cependant ajouté que l’option était toujours sur la table, qui pourrait se combiner avec d’autres mesures.

Levée de certaines mesures d’exception

Le Premier ministre britannique Boris Johnson devrait annoncer mardi au cours d’une conférence de presse l’abandon du pass vaccinal, ainsi qu’un certain nombre de mesures d’exception permettant à l’État de confiner l’économie nationale.

Les pouvoirs qui devraient être abrogés en vertu de la loi sur le coronavirus comprennent ceux permettant la fermeture de l’économie, l’obligation de restrictions sur les événements et les rassemblements, le pouvoir de fermer temporairement ou de restreindre l’accès aux écoles, et les pouvoirs de détention des personnes contagieuses.

Selon Reuters, le gouvernement prévoit d’introduire un programme de rappel du vaccin dans le courant du mois.

En France, alors que la couverture vaccinale est meilleure qu’au Royaume-Uni, le gouvernement français a fait le choix d’adopter le pass sanitaire, d’en étendre l’usage à la vie quotidienne et envisage de le prolonger au-delà du 15 novembre, date à laquelle il devrait prendre fin. Alors que le gouvernement britannique organise petit à petit la sortie de l’état d’exception, la question semble avoir totalement disparu du débat public en France, qui reste plus que jamais suspendu aux déclarations arbitraires de l’exécutif.

La question du pass sanitaire a suscité une forte opposition au sein même de la majorité conservatrice de Boris Johnson, qui y voyait une mesure pénalisante pour l’économie et attentatoire aux libertés publiques. La discussion fut rude, et n’est pas finie, mais eut le mérite d’exister. En France, l’exécutif, appuyé par ses relais dans les médias, a préféré hystériser le débat en désignant à la vindicte populaire les citoyens opposés au dispositif, les associant aux étiquettes infamantes « antivax » et « complotistes ».

Pass sanitaire : liberté vs. principe de précaution

Là où, par pragmatisme, l’Angleterre a choisi la liberté, la France a opté pour le principe de surveillance généralisée « quoi qu’il en coûte », sur le plan éthique, politique et économique.

Non seulement le principe du pass sanitaire et la discrimination politique qu’il entraîne interroge sur le plan de l’égal accès au droit (isonomie) et à la protection de la vie privée, mais il devrait coûter des centaines de millions au contribuable pour des résultats tout à fait incertains, étant donné qu’il n’empêche en rien la circulation du virus.

Les hôpitaux devront ainsi débourser près de 60 millions par mois pour organiser les contrôles dans leurs établissements, tandis que la SNCF prévoit le coût de l’opération à au moins une centaine de millions.

Sans compter, bien entendu, l’obligation faite désormais aux commerçants d’intégrer ces mesures à leurs pratiques courantes, qui comportent désormais un volet supplétif de police. Et nous ne sommes qu’au début de l’évaluation des dégâts, qui, soyons en certains, ne se fera qu’une fois l’élection présidentielle passée.

Face au modèle autoritaire et socialiste français qui a fait école partout dans le monde, de l’Écosse à New York en passant par l’Italie, l’Angleterre va-t-elle faire figure de contre-modèle libéral ? L’avenir nous le dira, affaire à suivre.

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